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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 00:25
mrs-dalloway-1.jpg

Le livre :

Mrs Dalloway a une bonne cinquantaine d'année, marié à Richard Dalloway, un homme politique à la réputation installée, elle organise une soirée chez elle, pour recevoir tout le grand Londres, même le Premier Ministre sera de la partie. Elle va retrouver son ami, Peter Walsh, l'homme qui était fou amoureux d'elle, et qui revient des Indes, à la suite d'un mariage malheureux, ainsi que Sally Seton.
En même temps, nous découvrons un couple de condition plus modeste, dont le mari Septimus est en proix à de sérieux problèmes psychologiques.
L'histoire de Mrs Dalloway et de ce couple va se rejoindre au cour de la journée.

Ce que j'en ai pensé :

Quand j'ai choisi cette lecture, je me suis demandée si c'était une bonne idée de le lire maintenant. Cela m'a pris du temps pour arriver au bout, en proix, moi-même à de nombreux doutes sur les gens.

Je connais ce livre depuis ma première année de fac. Mes études de Lettres Modernes étaient spécialisées en Littérature Comparée. C'est ainsi que j'ai entendu parlé de Virginia Woolf et que pourtant, je n'avais jamais lu un livre d'elle avant aujourd'hui. Il me faut toujours un peu de temps pour réaliser certaines de mes envies (là, cela m'a pris 15 ans ... et oui je ne suis pas une rapide).

Nous avions évoqué ce livre, parce qu'il entrait dans la thématique de nos comparaisons littéraires. Comme il s'agit d'auteurs étrangers, nous n'étudions pas le style dans sa profondeur, mais dans ses effets. Pour étudier le style de l'auteur dans sa profondeur, il faudrait lire ce dernier dans la langue original. Et en littérature comparée, le but est de comparer afin de voir de quelle manière est abordée un même sujet par des auteurs différents et de pays différents. Donc durant trois ans (Deug + Licence), nous avons étudié la pensée intérieure des personnages, en passant de Balzac à Joyce, de Thomas Mann à Schnitzsler.
Bien que nous n'ayons pas étudié Virginia Woolf durant ces trois années, il était impossible de parler de ce thème sans parler de celle qui est la référence en matière de monologue intérieur.

Tout au long de Mrs Dalloway, nous vivons à l'intérieur du cerveau des personnages. Le livre est constitué uniquement des pensées des protagonistes. Difficile au départ de suivre dans le cerveau de qui nous nous trouvons.

La journée de Mrs Dalloway débute au moment où elle part acheter des fleurs pour sa réception et s'achève avec la fin de la dite réception. Alors qu'elle se trouve au milieu St James's Park, perdue dans ses réflexions à propos de son ami Peter Walsh qui revient des Indes et de leur amie d'enfance Sally Seton, nous entrons dans le cerveau de Septimus. Leur histoire personnelle n'a rien de commun, et pourtant dans cette journée, elles vont se rencontrer de manière inattendue.

La dépression relie Clarissa Dalloway et Septimus. Elle se remet de celle-ci alors que lui est dans un état de non retour et le suicide est devenu sa solution.
Si Clarissa a répondu aux attentes de sa condition de femme et de rang, Septimus n'y parvient pas. Ce dernier a vécu la guerre, en a réchappé mais ne se remet pas de ce qu'il a vécu. Il n'est plus que l'ombre de lui-même. Malgré sa létargie de plus en plus installée, il épouse Rézia, une jeune italienne. Celle-ci ne se rendra compte de la maladie de son mari qu'une fois arrivée à Londres. Elle ne vit que pour lui, se concentre sur lui, essaye de tout son coeur de lui venir en aide.

Deux conditions sociales différentes. Une même maladie de l'esprit. Des causes différentes.
Grâce au monologue intérieur montre admirablement les travers, les disfonctionnements du cerveau dans une pareille maladie. J'ai pour habitude de dire, que qui n'a pas vécu dans ces trippes la dépression ne peut comprendre ce que c'est. Je sais de quoi je parle, j'ai vécu une dépression. Et les gens qui m'ont réellement comprise sont ceux, qui eux même, en ont vécu une.

La dépression s'accompagne de tocs (troubles obsessionnels compulsifs), chez quelqu'un de dit non dépressif, on appelle cela des tics. Peter Walsh a un tic, il ne peut s'empêcher d'ouvrir et de fermer son canif.



Mrs Dalloway montre les turpitudes de la vie qui envahissent notre cerveau, qui prennent de plus en plus de place quand on va mal, qui nous rendent malade, et qui peuvent nous tuer.

Citations :

    -"Son esprit retomba, plat comme un marais, sidéré par trois sentiments intenses ; l'intelligence des choses ; une immense philanthropie et pour finir, comme si elle en résultait, une joie délicieuse, irrépressible, comme si, à l'intérieur de son cerveau, la main d'un autre tirait des ficelles, ouvrait des volets et que lui, indifférent à ces choses, se retrouvait à l'orée d'avenues interminables où il pourrait s'aventuere s'il le voulait. Il ne s'était pas senti aussi jeune depuis des années.
    Il s'était échappé ! Il était parfaitement libre - comme lorsqu'une habitude s'effondre et que l'esprit, comme une flamme laissée sans surveillance, fléchit, se courbe et semble prête à s'envoler de son support. Je ne me suis pas senti aussi jeune depuis des années ! pensa Peter en échappant (pour une heure ou deux seulement bien sûr) à ce que précisément il était, et se sentant comme un enfant qui se sauve dehors et voit tout en courant sa vieille nurse à la fenêtre faire des signes du mauvais côté."

    -"Eh bien, je me suis amusé ; j'ai eu ce que je voulais, pensa-t-il en levant les yeux vers les corbeilles de pâles géraniums qui se balançaient. Et tout cela était en miettes - son amusement, car il l'avait à demi inventé, il le savait très bien ; inventée, cette escapade avec la jeune fille ; montée de toutes pièces comme on le fait pour les meilleurs moments de sa vie, pensa-t-il - comme on s'invente soi-même ; comme il l'avait inventée, elle ; créer un délicieux amusement avec quelque chose de plus. Mais c'était étragne, et très vrai, on ne pouvait rien partager de tout cela - qui était réduit en miettes."

    -"On ne peut pas faire naître un enfant dans un pareil monde. On ne peut pas perpétuer la souffrance, laisser se reproduire ces animaux concupiscents qui n'ont pas d'émotions durables mais seulement des lubies, des caprices qui les font tourbillonner ici et là."

    -"Nous avons tous nos moments de dépression", dit Sir William.
    Une fois que vous êtes tombé, se répéta Septimus, la nature humaine vous poursuit. Holmes et Bradshaw vous poursuivent. Ils battent le désert. Ils s'enfuient en hurlant dans les steppes. Ils vous donnent du pilori et des poucettes. La nature humaine est sans pitié.
"

    -"Il y a de la dignité chez les gens ; de la solitude ; même entre mari et femme, un fossé ; et cela, on doit le respecter, pensa Clarissa, en le regardant ouvrir la porte ; car on ne saurait s'en priver soi-même ni en priver son mari contre sa volonté sans y perdre son indépendance, son respect de soi - quelque chose qui, après tout, est sans prix."

    -"Je ne vais jamais à des réceptions" dit Miss Kilman juste pour empêcher Elizabeth de partir. "On ne m'invite pas aux soirées", et en disant ces mots elle savait que son égoïsme était la cause de son malheur ; Mr Whittaker l'avait prévenue ; mais c'était plus fort qu'elle. Elle avait tellement souffert. "Pourquoi m'inviterait-on ?"dit-elle. "Je suis laide, je suis malheureuse."Elle savait que c'était idiot. C'était tous ces gens qui passaient - ces gens avec leurs paquets, qui la méprisaient - qui la faisaient parler ainsi. Cependant, elle était Doris Kilman. Elle était diplômée. Elle était une femme qui avait fait son chemin dans le monde."

    -"Les gens qui nous sont les plus chers ne sont pas bons pour nous quand nous sommes malades."

    -"La mort est un défi. La mort était une tentative de communiquer, quand les gens sentaient qu'il leur était impossible d'atteindre ce centre qui, mystique, leur échappait ; la proximité devenait séparation ; l'extase s'estompait ; on était seul. Il y avait un enlacement dans la mort."




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commentaires

The mentalist 21/05/2009 23:41

En balade, je découvre votre blog ! esthétiquement beau ce qui ne gate rien ! j'apprécie vos articles ! je reviendrais bien vite ! euh...qu'avez vous pensé de "The Hours" ?Amitiés

Catgirl 22/05/2009 06:15


je ne crois pas avoir vu "the hours" ...

à bientot


sieglind la dragonne 22/10/2007 07:42

Rien lu d'elle (on va prendre l'excuse que j'ai arrêté avant la seconde partie du bac littéraire hein ? hé, hé)... faudra que je m'y lance... après la pile de trucs en retard qui me fait les yeux doux..Bises Cat et bonne journée

blackcat 22/10/2007 08:09

morte de rire loleuh mon article est presque plus long que le livre hein ;)bisous Dragonne

choco 19/10/2007 19:12

slt cat
551
accepte

blackcat 19/10/2007 19:14

je ne comprends pas ?

Jean-Yves 19/10/2007 08:50

Il y a aussi la cloche de Big Ben que Clarissa Dalloway écoute le matin et le soir. Ces deux tintements encadrent ses monologues intérieurs, qu'elle vit comme des moments infiniment précieux.
Je reprends ici ta citation même si elle émane d'un autre personnage : "une joie délicieuse, irrépressible, comme si, à l'intérieur de son cerveau, la main d'un autre tirait des ficelles, ouvrait des volets".
Cette "joie délicieuse" est comme une «chance» que les hommes, en général, laisse passer. Chance entre guillemets car derrière elle, se tapit l'angoisse et les désirs de suicide.
"Et tout cela était en miettes - son amusement, car il l'avait à demi inventé, il le savait très bien ; inventée, cette escapade avec la jeune fille ; montée de toutes pièces comme on le fait pour les meilleurs moments de sa vie…"
"Une fois que vous êtes tombé", pour reprendre une parole de Septimus, on approche les événements de la vie tout autrement.

PS : dommage que je ne puisse plus utiliser la couleur, les caractères gras... dans mes commentaires.

blackcat 19/10/2007 17:08

toi et moi savons bien que Septimus a raison ... une fois que l'on est tombé ... on sait ... on sait la saveur et la douleur de la vie ... je t'avoue avoir plus été dans la compréhension du personnage de Septimus ... tout en comprenant parfaitement ce que peut ressentir Clarissa.étrange que tu ne puisses plus mettre dans tes coms de gras. peut etre est ce du à la v2je n'ai pas trop regardé comment cela fonctionne. je verrais cela avec Francky.Bisous Jean Yves

Ano 19/10/2007 08:48

Excellent, j'adore cette auteur... Bisous tendres.

blackcat 19/10/2007 17:08

bisous complices Ano ;)

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