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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 01:18
levi-1.jpg

Le livre :

Décembre 1943, Milan, Primo Levi est arrêté comme résistant, puis déporté en février 44 à Auschwitz. Primo apprend les règles du Lager, il apprend que la Cheminée est le seul moyen de sortir du camp, il apprend que demain ne compte pas, seul aujourd'hui existe. Il apprend les règles des nazis mais aussi les règles des déportés.


Ce que j'en ai pensé :

Je recommence mon article. Mon premier jet était à mon sens trop personnel et pas assez axé sur Si c'est un homme.

Primo Levi nous livre, ici, ses mémoires de son "expérience", de son vécu au camps de concentration de Auschwitz, en Pologne. Il sera l'un des premiers à témoigner de son histoire de déporté, et ce, dès 1947, date à laquelle est publié son livre. Cependant, ce dernier ne connaîtra un véritable succès que dix ans plus tard.

Il y a peu Simone Veil sortait son livre Une vie. Elle-même, déportée à Auschwitz, parle de son vécu là-bas. Elle évoque aussi le retour. Lors d'une interview, S. Veil expliquait que lorsqu'elle était rentrée, les gens ne voulaient pas qu'elle parle de ce qu'elle avait vécu là-bas. Ils ne voulaient pas savoir, parce qu'il y avait ceux qui n'étaient pas revenus, parce qu'il fallait continuer à vivre, et oublier ...
Mais comment peut-on oublier ?

Primo Levi a eu besoin d'écrire son vécu au Lager, pour aussi le sortir de lui. Un besoin absolu de dire, pour se libérer.

Je pense que si Si c'est un homme n'a connu un succès que dix ans après sa parution, c'est sans doute à cause de ce refus des gens de parler de ce qui était arrivé.

J'ai trouvé dans ce livre, une vérité de ton. Il n'y a pas une volonté d'appitoyer le lecteur, mais juste une volonté de dire. Les faits, la réalité, le vécu ... Ce qui est différent des autres livres , des autres témoignages que j'ai pu lire sur la Shoah, c'est que Primo Levi ne montre pas seulement le processus de déshumanisation mis en place par les nazis (avec les règles, la hiérarchie, etc.), il montre aussi le comportement des déportés entre eux. Ce fut un choc pour moi, qui, très naïvement je suppose, avais toujours pensé que les déportés s'étaient serrés les coudes dans l'horreur.

Je savais qu'il y avait une hiérarchie (les assassins, les droits communs, les juifs ... à chacun son signe distinctif cousu à sa veste) ... mais j'ignorais qu'il y avait une hiérarchie au sein même des juifs. Un juif italien vaut moins qu'un juif polonais, etc.

J'ai été très surprise (pire que ça), de découvrir cette hiérarchie. Parce que je n'arrive pas à comprendre que des personnes, dont le seul but de leurs bourreaux est de les exterminer, puissent faire des différenciations aussi stupides à mon sens. Ne croyez pas que je les juge, j'ignore quel aurait été mon comportement à leur place.

En écrivant ces mots, je repense au journal d'Anne Frank. Je repense au regard que cette toute jeune fille portait sur les autres clandestins. Son regard était un regard d'instinct, de constat, mais pas un regard de hiérarchie.

Ce qui est terrible, c'est de constater que même aux portes de la mort, même dans l'enfer, alors qu'à priori, tous sont voués à finir "par la cheminée", on pense encore à se dépouiller, à être des hommes pas toujours très beaux du dedans.

Les derniers jours au Lager sont les plus terribles, à mon sens. Encore plus terrible que l'année que Primo Levi y a passé. Quand les nazis ont laissé le Lager d'Auschwitz, ils sont partis avec les valides, qu'ils ont tué en route. Ils n'ont laissé que les malades, les invalides, sans doute persuadés que d'ici à ce que les russes les découvrent ils seraient morts de faim, de soif, de froid, de la maladie, ou peut-être même sous les bombardements. La vie, ou plutot la survie durant ces jours est pire. J'ai pensé que Hitler avait réussi, il avait déshumanisé ces hommes, il en a fait des bêtes.
Les mots de Primo Levi sont saisissants parce qu'ils sont simples et sans fioriture. Ils disent et c'est tout.

Aujourd'hui, je pense que ceux qui sont sortis des camps de la mort, que ceux qui ont survécu à cette inhumanité, n'ont pas survécu parce qu'ils étaient les plus forts, ou les plus ceci ou cela. Je pense que ceux qui ont survécu à cette monstruosité humaine, ne le doivent qu'à leur destin. Ils ne devaient pas mourir là, leur vie était ailleurs et leur mort aussi.

A la lueur du livre de Primo Levi, je suis confortée dans l'idée que les choses qui doivent être, sont, et que ces choses ont toute une raison d'être, même les pires.

Je regrette que si la lettre de Guy Moquet soit une lecture obligée pour les jeunes en collège et lycée, ce livre ne le soit pas ...

Selon moi, l'oubli est le meilleur moyen de reproduire les actes.


Les citations de ce livre paraîtront prochainement.
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commentaires

S
C quoi ces schlag
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L
Je crois bien que ça fait douze ans que j'ai lu ce livre pour la première fois (deux fois en tout). La façon dont Primo Levi l'a écrit, évitant toute fioriture, en rend la lecture des pages encore plus insoutenable. Pourtant, rien de gore, mais... Mon Dieu, comment peut-on en arriver à de telles abjections? J'avais alors plongé dans un marasme qui avait duré plusieurs semaines, les images que mon imaginaire me suggéraient revenant sans arrêt en force. Et puis le temps a passé, j'avais oublié le titre de ce roman (dit-on "roman" ?), le nom même de l'auteur mais je n'ai jamais oublié la puissance du récit. Aujourd'hui, quelques faits divers me rapellent le climat qui régnait à l'aube des Années trente, climat qui a entraîné la prise de pouvoir de plusieurs dictateurs et l'avènement de la lâcheté. Serait-on en train de recommencer l'Histoire en se bandant les yeux? J'extrapole, j'extrapole mais le livre de Primo Levi me revient souvent en mémoire ces derniers temps et voilà que, par le plus grand des hasards, je tombe sur cet article... Si je relis ce livre, je vais encore bader, c'est sûr mais il ne faut jamais oublier. Maintenant, je ne crois pas que ce soit un bon ouvrage de référence dans les écoles: images trop dures et profond mépris pour l'Humanité pourraient donner naissance à l'effet contraire: le fanatisme rencontré à la Libération mais dans d'autres événements tels que celui éprouvé après la Révolution de 1789 pour ne citer que la France. C'est mon humble avis, je n'ai pas fait d'études
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C
<br /> depuis fort longtemps je m'intéresse à ce genre de faits historiques.<br /> j'ai d'abord été intéressé par la guerre du vietnam, mais à un autre niveau car j'étais ado<br /> puis la seconde guerre modiale. je ne cherche pas à tirer à boulet rouge sur personne, on sait ce qui est arrivé et pourquoi, je cherche juste à comprendre comment les hommes en arrivent là, et au<br /> fur et à mesure de mes lectures, des films que je visionne sur le sujet, les mêmes images, mais des points de vue différent et de nouvelles questions.<br /> l'homme ne tire pas de leçon de l'histoire et du passé, il se croit au dessus<br /> <br /> oui, je trouve aussi qu'il se passe aujourd'hui des choses similaires, oui j'ai peur de voir les occidentaux se soumettre pour du fric devant l'inacceptable ... pourtant, j'ai souvenir d'un chirac<br /> refusant d'envoyer un seul soldat en irak quitte à se mettre les usa à dox<br /> je pense qu'aujourd'hui, la politique chinoise de propagande anti français doit alerter encore plus ... les officiels doivent refuser de s'y rendre. la population de ce pays est désinformée et<br /> manipulée. et nous aussi ... les médias nous manipulent pour nous alerter, mais nous manipulent quand même.<br /> je regrette qu'aujourd'hui, l'argent domine le monde. par peur de perdre les marchés chinois, les industriels et le gouvernement va se plier sans honte aucune aux exigences du gouvernement chinois,<br /> et ça c'est honteux.<br /> il peut bien obliger les adolescents à entendre la lettre de guy moquet, il peut faire cela, et de l'autre coté, plier l'échine pour du fric. Notre cher président n'est pas à une contradiction prêt<br /> ... et moi, j'ai honte ...<br /> <br /> pour ma part, pas de jo dans ma tv ... ce sont des jeux de la honte ... tiens, en 36, c'était aussi des jeux de la honte ...<br /> <br /> je serais sportif, je n'aimerais pas aller là bas, d'ailleurs, je crois que je laisserai ma place ...<br /> <br /> <br /> "Si c'est un homme" n'est pas un roman, c'est un témoignage sur ce qu'il lui est arrivé.<br /> je pense que c'est un livre qu'il serait bon d'étudier en philosophie, donc en terminal, il cadrerait avec le programme d'histoire.<br /> <br /> les études importent peu, si tu veux mon avis, l'important c'est d'être capable de faire preuve d'esprit critique et de réflexion personnelle ;)<br /> <br /> apprendre par soi même est souvent plus enrichissant que les études ;)<br /> <br /> bonne soirée<br /> <br /> <br /> <br />
T
L'homme est terrible.D'où la Bible, les tables de la Loi.Je ne partage pas la vision angélique de Rousseau sur l'homme.Sans Lois, l'homme s'adonne à ses instincts les plus noirs, les plus cachés, au fond de chacun d'entre nous.Se souvenir...Nous sommes que...de hommes!
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C
je déteste Rousseau ... enfin, je n'ai jamais réussi à le lire en entier ...je ne suis pas d'accord avec le fait qu'il prone des choses qu'il ne s'est jamais appliqué à lui mêmeinutile de te dire que j'ai subit un vrai calvaire en fac quand il s'est agit d'étudier le promeneur solitaire avec une prof qui l'appelait Jean Jaques comme s'ils se connaissaient de longue date et tout lolet oui, nous avons besoin de règles sinon aie aie aie
D
bisous bisous ma catSaine lecture
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C
mais je n'ai que de saines lectures mon DId ;)bisous bisous
:
Petit copier/collerMerci à toutes et tous de vos message pendant ma demi  absence, je tente de vous répondre mais c'est dur dur. nous avons laisser de coté les travaux de la maison pour nous occuper du jardin car le ciel bleu et le soleil nous permettent de mettre le jardin en ordre car  après il sera trop tard  quand le froid sera là.très bonne soirée à tous avec des bigs bisous
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C
mais tu as bien raison de vivre ta vie en dehors du net :Dpleins de bisous Lili