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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 01:15
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Le livre :

Eguchi a 67 ans. La société le considère déjà comme un vieillard. Et surtout au niveau de sa virilité. Alors qu'il a toujours eu une vie amoureuse remplie, à l'aube de sa vieillesse, un de ses amis lui parle d'une maison où les hommes vieux viennent dormir auprès de très jeunes femmes que l'on a plongé dans un sommeil artificiel.
A chaque fois qu'Eguchi vient dormir auprès d'une "belle endormie", un détail de la jeune fille le renvoie à son passé érotique, sensuel, sexuel.


Ce que j'en ai pensé :

C'est avec beaucoup de pudeur et de sensibilité que Yasunari Kawabata évoque, à travers le vieil Eguchi, l'homme vieillissant dans sa sexualité. Car, bien que le mot ne soit jamais prononcé, il s'agit bien de cela. Parler de ces hommes vieillissants qui n'ont plus l'habileté, l'endurance de satisfaire une femme, parler de ces hommes à la virilité déclinante voire perdue.
Les vieux hommes se rendent dans cette mystérieuse maison pour dormir auprès de jeunes femmes. Même si on pourrait les considérer comme des prostituées, il faut savoir que les nuits qu'elles passent avec ses hommes vieillissants, elles ignorent ce qui arrivent, pour la simple raison qu'elles ont été endormies, et que rien ne peut les tirer du sommeil.
On pourrait imaginer que les hommes profitent d'elles pour leur faire l'amour. Mais il n'en est rien. Ces jeunes filles sont vierges, et le restent. Ces hommes se contentent de les regarder, de les sentir, de les caresser, et de s'endormir dans leurs bras ou à leurs côtés.

Ce qui est intéressant, c'est que Eguchi, qui n'a que 67 ans, n'est pas encore un vieillard a la virilité perdue. S'il revient dans cette maison mystérieuse, dormir auprès de belles endormies, c'est qu'il s'interroge sur sa virilité qui va peu à peu décliner. Il a le désir d'avoir une véritable relation physique avec ces jeunes femmes, une relation d'égale à égale. Le fait qu'elles dorment et que rien ne peut les réveiller le frustre énormément car il n'y a pas de partage. C'est bien là le plaisir d'une relation érotique, sensuelle, le partage. Dans ce cas, qu'est-ce sinon une simple histoire de mécanisme de soulagement physique.

Chaque fois qu'Eguchi dort avec une des belles endormies, celle-ci le renvoie à une femme de son passé ... que ce soit par les odeurs, par les rondeurs, par la douceur ... un détail le renvoie à son histoire avec les femmes. Une remontée dans le temps sur ce qui a été et qui ne sera plus.

Un moyen pour lui de faire le bilan de ce qu'a été sa vie d'homme sexué, avant qu'il ne doive accepter qu'un jour, sa virilité l'aura abandonné.

Un livre simple et émouvant sur un sujet pas forcément facile à traiter.

Citations :


    - "Ce qui l'avait fait agir ainsi, c'était une émotion surgie du plus profond de son être et qui le portait vers cette fille. Qu'elle fût endormie, qu'elle ne parla point, qu'elle ignorât jusqu'au visage et à la voix du vieil homme, bref qu'elle fût là comme elle l'était, totalement indifférente à l'être humain du nom d'Eguchi qui était là en face d'elle, tout cela lui était subitement devenu insupportable."

    - "Le vieillard se demandait distraitement comment il avait pu se faire que le sein de la femelle humaine, seule parmi les animaux, avait au terme d'une longue évolution, pris une forme si belle. La beauté atteinte par les seins de la femme n'était-elle point la gloire la plus resplendissante de l'évolution de l'humanité."

    - "La fille était effarouchée et pourtant elle lui avait permis sans fausse honte de la regarder ; peut-être était-ce dans sa nature, mais elle-même ignorait probablement la propre beauté. Car elle lui était invisible."

    - "Ce qui lui revenait à l'esprit, c'étaient les femmes de ce passé. Et ce que le vieillard se complaisait à évoquer, ce n'étaient ni la durée, brève ou longue, de ses relations avec elles ni leur beauté ou leur laideur, ni leur esprit ou leur sottise, ni leur distinction ou leur vulgarité, ni rien de ce genre. C'étaient des femmes comme par exemple la femme mariée de Kobe qui aurait dit ; "Ah, j'ai dormi d'un sommeil de mort ! Vraiment d'un sommeil de mort !"
C'étaient des femmes qui, à ses caresses, avaient répondu de toute leur sensibilité en s'oubliant elles-mêmes, qui avaient déliré, inconscientes de plaisir. Ces choses-là, plus que de la profondeur de l'amour d'une femme, témoignent sans doute de dispositions innées."



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Littérature japonaise :

Le fusil de chasse, Les yeux bruns, La danseuse.Mémoire d'une Geisha.


Les illustrations sont de Kitagawa Utamaro.
Courtisane du Yoshiwara.
1795.

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commentaires

cyril 03/12/2007 20:47

Ce que tu en dis met l'eau à la bouche... Je ne connais pas beaucoup la littérature japonaise. Peut être l'occasion de m'y plonger! Bises Cat!

Catgirl 03/12/2007 21:31

je te conseille, c'est une littérature très différente de la notre, très agréable à lire.Je l'ai découverte grâce à un ami, et je l'ai moi même fait découvrir à ma mère, et elle a beaucoup aimé.Bisous Cyril

:0095: Maître Po 01/12/2007 11:27

L'histoire est attirante. Mais c'est bien japonais, ça, les belles endormies...(tu ne t'es pas trompé de blog ? ;-)

Catgirl 01/12/2007 17:37

j'aime beaucoup cette littérature chinoise simple ...(non non je ne m'es pas gourée [ la faute est exprès sur le "es gouré", j'aime bien :P] ... :D)

Jean-Yves 01/12/2007 08:52

Faut-il rapprocher "Ah, j'ai dormi d'un sommeil de mort ! Vraiment d'un sommeil de mort !" à l'expression "la petite mort" pour désigner parfois l'orgasme ?

Catgirl 01/12/2007 17:40

non, parce que c'est la femme avec qui il a fait l'amour qui parle, je pencherais plutot sur le fait, qu'elle a vécu un moment si plein et si entier ... elle s'est donné, et a reçu, au point qu'elle s'est trouvée toute légère et a réussi à dormir comme un bébé ...j'ai connu ça il y a peu ... d'avoir partagé un moment très fort, et d'avoir dormi comme un bébé ensuite ... légère comme le vent et bercée par sa voix ...bisous

Ano 30/11/2007 15:16

Je ne connais pas mais ça donne envie (c'est le mot). Baisers.

Catgirl 30/11/2007 19:42

j'ai trouvé cela intéressant bisous

Claire Ogie 30/11/2007 13:54

J'ai lu ce livre il y a quelques années de cela. Curieuses sensations devant cet homme si proche de ces jeunes filles, elles sont très jeunes par rapport à lui. Et cet autre qui décède dans cette maison, son coeur à lâché...J'ai aussi lu "La danseuse d'Izu " de Kawabata, cinq histoires de la recherche du bonheur. A lire, vraiment ! ;-)

Catgirl 30/11/2007 19:43

j'ai d'autres nouvelles de lui à lire, et je dois, si je ne m'abuse en recevoir un autre pour nowel :Dbisous

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