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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 00:30



Le livre :

Emma est anorexique. Sa grand-mère vient de mourir d'une tumeur cérébrale. Elle se rend avec sa mère dans la maison de la défunte pour faire le tri dans les affaires de celle-ci. Emma découvre alors le journal de Jacques Desroches, un jeune français ayant activement participé au camp d'extermination de Sobibor, en Pologne.




Citations :

    -
Aujourd'hui, j'ai vomi pour la dernière fois.
Je suis allée aux toilettes, je me suis agenouillée et j'ai introduit mon index tout au fond de ma gorge. Il a suffi d'un frôlement pour que le hoquet libératur me secoue. J'ai senti le contenu de mon estomac remonter et gicler par ma bouche ouverte, y causant au passage une brûlure acide. mes yeux se sont remplis de larmes. Je me suis redressée, j'ai essuyé mes lèvres avec du papier et j'ai tiré la chasse.
Je ne sais pas si je dois essayer de suivre la chronologie des faits ou m'abandonner aux souvenirs. Peut-être  ferai-je un peu des deux, jusqu'à ce que quelque chose jaillisse. Peut-être vais-je essayer de vomir en mots ce que j'ai des mois durant vomi en silence. Nourritures à peine digérée me lacérant la gorge, me laissant épuisée, douloureuse. Nourritures avalées comme une forcenée, pour me faire taire, ou pour remplir ce vide immense au-dedans de moi. Vide trop grand pour mon corps de jeune femme. Vide qui me mangeait de l'intérieur, qui menaçait de m'engloutir. Vide qui creusait mes joues et mes côtes. Vide qui se nommait Sobibor, et que j'ignorais.
Mais je vais trop vite. Je dois refaire le chemin inverse. Pour moi. Pour les autres.

    - Un gouffre s'était ouvert entre nous. Un âbime infranchissable. J'ai su à cet instant que ma grand-mère allait me mentir, parce que j'avais entrevu un territoire de son passé auquel elle ne souhaitait pas que j'aie accès. Il y avait tant de choses que j'ignorais de ce chaos qu'avait été sa jeunesse : la guerre, la fuite, l'exil. Mais jamais jusqu'alors elle n'avait refusé de me répondre. Et encore moins fait semblant d'avoir oublié.

    - Je dirai en temps voulu comment je suis entrée en possession du journal de Jacques Desroches. Au début, je l'ai lu par curiosité, avec le sentiment de commettre une simple indiscrétion. Sans le savoir, j'étais comme la femme de Barbe-Bleue : j'ignorais quel monstrueux placard je venis d'ouvrir. Ce récit, je l'ai lu et relu. Je m'en suis remplie jusqu'à la nausée, sans faiblir.
Pour comprendre...
Pour comprendre quoi ?

    - [journal de J. Desroches] Tout est fait pour rassurer les arrivants, car il est impératif qu'ils ne se doutent de rien ! La rapidité d'exécution est une des clés de notre réussite.
En traversant le camp 1, ils peuvent apercevoir des jardins joliment entretenus, des ateliers. Les gardes les invitent à laisser leur sacs et affaires personnelles puis leur conseillent de bien repérer l'endroit où ils les déposent afin de pouvoir les retrouver plus tard. L'Oberscharfürher Hermann Michel, suppléant de Strangl, accueille les nouveaux venus et s'excuse pour les pénibles conditions de transport qu'ils ont eu à supporter. Il leur explique avec beaucoup de conviction qu'ils viennent d'arriver dans un camp de transit et qu'ils vont être rapidement déplacés vers l'Est.

    - [Journal de J Desroches] une fois les Juifs déshabillés et leurs vêtements soigneusements pliés, deux cas de figure se présentent. Les vieillars, les handicapés, les malades, tout ceux qui sont incapables de marcher sont rassemblés à part afin d'être conduits au Lazarett, l'hôpital deu camp. Ils sont en réalité conduits en charrette jusqu'aux fosses. Là, ils sont liquidés d'une balle dans la nuque et ensevelis.

    - [Journal de J. Desroches] J'avoue n'assister que de façon très exceptionnelle à ces exécutions. Non par pusillanimité mais plus sûrement parce que je ne goûte guère le spectacle de la violence brutale ou gratuite, celle à laquelle les Ukrainiens ont recours pour entasser les arrivants dans les douches ou les châtiers, s'ils protestent. Je la comprends, j'en sais la nécessité, mais elle ne me procure aucunement la satisfaction que je suis surpris de découvrir chez certains membres de l'équipe, Mentz ou Wagner par exemple.

    - [Journal de J. Desroches] Ce n'est pas tant la mort de cette femme qui m'a gêné que la "manière" de Wagner. Je ne puis souffrir ces comportements qui déshonorent un être civilisé. Les nazis se sont donné une mission, ils se doivent de la mener à bien avec décence.

    - [Journal de J. Desroches] Dans le fond, je n'espérais pas m'en tirer à si bon compte. Ici-bas, chacun se comporte en fonction de ce qu'il est. Certains agissent, d'autres meurent, d'autres enfin préfèrent ne rien voir et ne rien entendre. C'est ainsi.

    - [Journal de J. Desroches] J'avais rêvé de flammes purificatrices, mais jamais je n'aurais osé imaginer celles que je vois se tordre devant moi, chaque soir, me brûlant la face. Jamais je n'aurais osé imaginer que la haine pour un peuple pourrait être portée à un tel degré d'incandescence.

    - [Journal de J. Desroches] Konrad avait semé le doute dans mon esprit en affirmant que je savais tuer de sang-froid. Depuis plus d'un an, des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants étaient morts ici, mais je me sentais à mille lieues d'eux. Je déclinais toute responsabilité. J'exerçais une fonction, j'obéissais à des ordres. Rien de plus. Je ne me considérais pas comme un meurtrier.

    - [Journal de J. Desroches] J'ai sorti mon arme et j'ai abattu l'enfant. Curieusement, je n'ai rien ressenti. Ni joie, ni haine. Rien. J'avais l'impression d'assister à une scène à laquelle je ne prenais pas part. J'étais le spectateur de mes propres actes, un spectateur étonnamment indifférent.
Sous l'impact de la balle, le garçon a été projeté en arrière et s'est effondré. Sa mère est resté figée, la bouche ouverte. Je me souviens d'avoir pensé : "Tiens, elle ne crie plus". Alors, à son tour, je l'ai abattue.

    - Je sais qu'en ne mangeant plus, qu'en maigrissant à l'extrême, je me suis bannie de la communauté des hommes. Je me suis moi-même infligé le pire supplice que l'on puisse infliger à l'un de ses semblables ... La Faim.

    - Je vous faisais confiance à un point que tu n'imagines pas. Trop peut-être. Mais est-ce que l'on a le droit de douter de ses grands-parents ? Du jour où j'ai compris que Mamouchka nous mentait sur son passé, ça s'est fendillé en moi. J'ai préféré ne pas y penser ; j'ai moi aussi préféré le mensonge. J'étais lâche. Mais quand j'ai trouvé ton journal et que je l'ai lu - mon grand-père a détourné les yeux -, j'ai eu envie de crever, il n'y a pas d'autre mot. Crever ! Parce que, ce soir-là, c'est vous qui êtes morts pour moi. Définitivement.

    - Ces théories sur la race, tu y as souscrit parce qu'elle flattaient ton ego, parce que tu éprouvais une immense satisfaction à t'imaginer différent. Tu jubilais d'appartenir à une espèce supérieur : la race aryenne, destinée à régner sur l'humanité. Mais d'autres se sont battus contre les nazis ou, plus simplement, ont refusé de les suivre. Tu veux aujourd'hui te faire passer pour une victime, et ça, je ne peux l'accepter. Les victimes, elles étaient de l'autre côté. Et elles y sont restées ! Tu étais libre de choisir ton camp. Et tu l'as fait : tu as choisi le pire et tu ne veux pas payer maintenant !

A venir, l'analyse du livre  en deux parties :

1 -
l'anorexie puis l'histoire familiale.
2 - Le nazisme dans SObibor.

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commentaires

L
<br /> Une très agréable lecture pour ce livre à la fois touchant et intelligent ! J'aime beaucoup les questions qu'il nous force à nous poser...<br />
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C
<br /> <br /> On arrive aujourd'hui à trouver des livres qui nous interrogent, plutôt que des livres aux réponses toutes faites, c'est sans doute plus utile ... de s'interroger ...<br /> <br /> <br /> <br />
A
Hallucinant les citations, on en oublierait presque l'anorexie, car la Shoah m'a toujours hanté, et revient à la "moindre occasion" appeurer mon esprit, m'interpeller sur la connerie humaine... Baisers.
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C
<br /> mais l'anorexie n'est pas le sujet du livre ;)<br /> <br /> le sujet du livre c'est la petite histoire du nazisme dans la grande histoire familiale ;)<br /> <br /> baisers<br /> <br /> <br />
C
je te souhaite un très bon week-endjeudi ai eu de bonnes nouvelles une ttr qui ne fonctionnait plus et , plus d'autre choix bin elle refonctionne alors tout roule ....bisous bisous
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C
<br /> tant mieux :D<br /> mais qu'est ce une ttr ???<br /> <br /> bon week end à toi aussi<br /> <br /> bisous<br /> <br /> <br />
N
desole c'est perdu 3/5 j'ai mis les reponses<br /> bon samedi bisous<br /> qing et rene
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C
<br /> ah ben j'en ai quand même bon 3, ouf :D<br /> <br /> j'irai lire ce soir<br /> <br /> bisous vous deux<br /> <br /> <br />
S
Quelque part, je "sens" bien le sujet (j'ai connu le cercle infernale que la fille est en train de vivre... quand on connait l'ano-boulimie, on est plus apte à piger le processus mental de l'héroïne)je note donc pour ma liste de lecture en retard (tout comme les articles faits pendant mon absence, ça va être festif, par contre le rattrapage.Bonne fin de semaine ma Cat (j'ai tout lu, mais je manque de temps pour commenter les articles, pardon)
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C
<br /> hum, ce n'est pas un livre sur l'anorexie ;)<br /> l'anorexie est un élément du livre, mais il n'en est pas le thème ;)<br /> <br /> bisous bisous m belle :D<br /> <br /> <br />