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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 17:43

Le nazisme tient une grande place dans Sobibor. Il sert la prise de conscience d’Emma sur son anorexie. Il est aussi et surtout le secret de sa famille ou plutôt celui de ses grands-parents. Mais est-ce pour autant le thème principal de ce livre ?

 Jean Molla a choisi une manière subtile pour intégrer le nazisme et l’horreur des camps d’extermination dans son roman. Le journal intime de Jacques Desroches est la pièce centrale de Sobibor. C’est un tout, une révélation à différents niveaux.

 Au point de vue humain, le journal de Jacques Desroches, tenu du 20 janvier 1942 et achevé avec les mots de Mamouchka, signifiant la mort de ce dernier sur le front russe, le 3 juillet 1943.

 Le lecteur découvre au fil de la lecture de ce « carnet de bord », les motivations et la vie de Desroches avant et durant Sobibor.

 

Qu’est-ce que Sobibor ?

Un camp d’extermination construit par les allemands nazis en Pologne. Proche de la frontière russe, rasé, et des arbres plantés pour cacher la monstruosité des actes de ces derniers.

Comme dans les extraits du journal (ICI), dès sa création, Sobibor avait pour but d’être un lieu d’extermination de juifs. Ces derniers y étaient gazés ou fusillés comme du bétail, sans considération humaine. Les nazis voulaient réduire à néant cette « peste juive ». Visionnez le film Amen, (une idée du film ICI) afin de comprendre les recherches qu’avaient effectuées les nazis, pour parvenir à trouver la solution finale, celle qui leur semblait la plus efficace.

 C’est l’histoire telle que nous la connaissons.

 

Pourquoi avoir choisi un journal intime ?

Pour montrer le regard d’un Jacques Desroches sur ce qu’il a vécu, lui qui a participé à l’écriture de cette page d’histoire. Pour montrer le regard que les collaborateurs pouvaient poser sur leur participation à cette ignominie humaine.

 Jacques Desroches est fils unique. Orphelin de père. De bonnes études. Une bonne connaissance de l’allemand. Un milieu aisé. Il a besoin d’un modèle, d’un héros, d’avoir des idées auxquelles se raccrocher. Sans doute se sent-il vivre au sein d’un groupe, qui a du pouvoir. Anti-sémite sans raison de l’être au premier abord. Comme le souligne, sûrement de manière lucide, Emma, Jacques Desroches a rallié la cause aryenne parce que celle-ci lui donnait l’impression d’appartenir à l’élite de la race humain, lui donnant une supériorité sur ses congénères. Une raison comme une autre d’en venir à haïr les « sous races ». Un effet de mode en somme. Ou le nazisme comme une secte.

 Quand Hitler envahit la France, que Pétain signe l’armistice, avouant ainsi la défaite française, et acceptant la domination allemande, Desroches veut se joindre de manière active au combat nazi contre les juifs. (Dans le livre, il n’est fait mention que des juifs, et nullement des autres communautés persécutées par les nazis, hormis les malades mentaux qui furent les premiers à subir l’extermination). Son ami Konrad, bien placé dans le troisième Reich, lui obtient un poste de confiance dans les services secrets allemands, et lui permet de participer à l’expérience de Sobibor. Dans un soucis de protection (les nazis craignaient-ils déjà que leurs actions ne puissent aboutir dans leur totalité ?), Desroches ment à sa mère, lui faisant croire qu’il combat sur le front russe. Ne pouvoir dire à personne de proche ce qu’il fait réellement est sans doute la raison d’être de ce journal.

 Il est un témoin actif, à travers ce journal, sur ce qui se passe à Sobibor. Témoin de la cruauté nazi, cruauté par l’emploi d’une mesquinerie et d’une hypocrisie sans nom. Mentir, endormir les juifs et les tuer (procédé utilisé pour l’abattage des cochons). Témoin également de par sa charge dans le camp, où il est chargé de tenir les comptes sur le nombre de juifs exterminés. Comptable de la mort. Voici le rôle de Desroches à Sobibor. Jusqu’au jour où lui-même devient un meurtrier.
                                                                                             

Par défi, il va tuer de sang froid un jeune garçon puis sa mère. Il n’éprouve aucune honte quant à son acte. Ni sur le moment. Ni devant les accusations d’Emma. Pire, il n’éprouve rien du tout, prétextant que de toutes manières, ils auraient été tués. Desroches se comporte souvent comme si c’était un autre lui qui agissait. D’ailleurs, son journal est écrit sans sentiment, des actes qui suivent une logique de groupe, de masse, mais d’où ne surgit aucune passion, aucun esprit critique, aucune remise de question de soi. Il ne milite pas pour la cause dans laquelle il s’est engagé, il fait acte de présence. Comme tout au long du livre. Il est là, nous le savons, il rode, mais Desroches n’a pas de réelle consistance.

 Ce qui est choquant dans l’attitude de Desroches, c’est de constater qu’il aimerait que toute cette extermination se fasse dans la propreté, sans que personne ne se salisse les mains. Le gazage lui convient parfaitement. Les juifs arrivent par wagon à bestiaux, sont triés homme / femme / enfant ; conduits dans les chambres à gaz, sous couvert de prendre une bonne douche de décrassage ; les corps sont sortis, bennés dans des fosses énormes. Très vite, il faudra les incinérer car, décidément ils sont trop nombreux. Ceux qui sont malades ou très affaiblis sont emportés loin du camp, soi-disant (là aussi) dans un hôpital, alors qu’ils sont exécutés dans les forêts alentours.

 L’idée de Desroches, en bon planqué, bon lâche, c’est que l’on peut tout faire, du moment que cela ne choque ni sa vue ni ses convenances. Soyons dans la retenue, mes amis, semble t il dire. Il appartient à la catégorie de ces personnes qui s’arrangent avec leur conscience. Ce que Desroches ne voit pas, n’existe pas. Il ne voit dans les actes nazis, aucun problème moral,   convaincu qu’ils agissent pour le bien de l’humanité. Et pourtant, il a, au fond de lui, le sentiment de commettre quelque chose qui, dans le futur, risque de ne pas être compris par les gens.

 Ce qui est surprenant également, dans l’évolution de la vie de Desroches, c’est son manque total de remords. De la même manière qu’il s’est servi du nazisme (inconsciemment) pour avoir une bonne place (pour lui va sans dire), il va se servir du nazisme quand le vent va tourner (le débarquement allié, l’échec de la bataille de Stalingrad, la défaite nazie par la suite) pour se planquer. Konrad qui l’avait fait placer à Sobibor, va voler la vie d’un homme, pour lui permettre d’avoir une nouvelle identité. Celle de Paul Lachenal. Les nazis vont tuer ce garçon pour permettre à Desroches, qui lui, mourra officiellement sur le front russe en 1943, de vivre en toute quiétude, sans avoir de compte à rendre à la face du monde sur son rôle à Sobibor. Manipulations, menteries en tout genre pour que les coupables puissent vivre loin de tout soupçon. Incapacité à assumer ses idées, ses actes face au monde, mais surtout face à soi même prouve que Desroches et nombre de nazis ne sont forts qu’en groupe et non individuellement. Combien d’entre eux se sont cachés en Amérique ou ailleurs, ont pu continuer à vivre sans n’avoir jamais aucun remord concernant leurs actes sous des identités usurpées ? Lesquels d’entre eux ont reconnu la monstruosité de leurs actes ? Combien d’entre eux ont avoué  « Oui, je suis coupable, j’ai tué des juifs parce que je considère la race aryenne comme supérieure et que les déviants doivent être exterminés ». Pour eux, ils ne sont coupables de rien. Et surtout pas d’avoir voulu débarrasser l’humanité des juifs, des dégénérés mentaux, des tziganes, des homosexuels, des noirs etc.

 L’arrivée d’Anna, la polonaise, dans le camp, va bouleverser la vie de Desroches. Il en tombe éperdument amoureux. Ils vivront leur histoire au grand jour, cette chose de la vie au milieu de la mort. Nous ignorons tout des sentiments d’Anna à ce sujet, ce qu’elle pense de ce qui arrive. Elle accepte, parce que la vie est ainsi. Sans doute faut-il survivre.

 Pourtant, quand Desroches en vient à tuer ce jeune garçon, et cette femme, et qu’Anna le voit faire, c’est un véritable choc. Celui qu’elle aime est capable de donner la mort par pure gratuité.

Anna, alors enceinte, va sombrer dans le délire, prenant conscience que s’il n’y avait pas eu son histoire d’amour avec Desroches, elle serait probablement morte, elle aussi, sous l’arme nazie. Pas parce qu’elle est juive (elle ne l’est pas) mais parce que les polonais sont considérés comme des « larbins » allemands.

Anna aussi, s’arrange avec sa conscience. Tant que Desroches se contente de comptabiliser les morts, il n’est pas un meurtrier. Et elle continuera à s’arranger avec sa conscience, par amour, par aveuglement, pour une raison qui lui est personnelle, acceptant l’acte meurtrier de son homme. Ils fuiront le camp, fuite coïncidant avec les premiers échecs nazis, échafauderont des plans, et finiront mariés sous un nom qu’ils ont volé, Lachenal, en construisant leur vie sur un mensonge, leur mensonge.

 Cependant, dans leur fuite, Desroches, devenu Lachenal, pense avoir brûlé son journal, pour ne laisser aucune trace de ses actes, de sa participation active au nazisme. C’était sans compter Emma, meurtrie par ce double assassinat, et la perte de leur bébé, qui choisit de conserver le journal, au péril de leur vie, sans le dire, en le cachant. Elle veillera seulement à inscrire la date à laquelle Desroches est mort, date à laquelle il renaissait sous le nom de Lachenal. Preuve de ce qu’il a fait, de ce qu’a été leur vie à un moment donné. Le journal comme une conscience vivante.

 Elle alla plus loin que cela. Quand Desroches tua cette femme et son fils, elle fit les poches de cette dernière, et vola leur photo. Sa vie durant, elle gardera et le journal de Desroches, et la photo des deux exécutés, et celle de Desroches jeune. Comme si le journal, les victimes et le coupable ne pouvaient être dissociés. Trois preuves de ce qui était arrivé. Trois objets concrets révélant le secret de famille. Dont elle était le seul garant.

 

 

 

Conclusion sur Sobibor.

 Il n’est pas rare de voir dans une famille, un individu subir un secret familial dont il ne connaît rien.

Les non-dits font souvent plus de mal. Taire ne résout pas les problèmes. Feindre, ignorer ne font pas qu’ils cessent d’exister.

 
Trois points essentiels à retenir.

La conscience individuelle. La conscience familiale. La conscience collective.

Les trois sont intimement liés dans cette histoire. Les trois sont intimement liés dans l’histoire collective. Puisque la conscience individuelle crée la conscience familiale ET la conscience collective.

 Ne croyez-vous pas que l’individualisme récurrent de notre époque a détruit ces trois consciences indissociables ?

Ne pensez-vous pas qu’à une autre échelle, l’histoire ne fait finalement que se répéter, et que de la même manière, les consciences individuelles, et donc collectives en grande majorité choisisse le silence, préfèrent ne pas voir, préfèrent attendre … plutôt que de réagir, plutôt que d’agir, plutôt que d’empêcher la reproduction quasi inéluctable d’une monstruosité humaine ?

 

A lire aussi, L'anorexie et le secret de famille dans Sobibor.

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commentaires

D
bonjours, je n'ai pas très bien compris le livre et j'ai des question assez complexe dessus pouvez-vous m'aider ?<br /> je dois en plus justifier c'est question avec des références de pages et avec quelques citations:<br /> <br /> 1. Dans quelle mesure peut-on dire qu'Emma est un personnage complexe?<br /> 2. Le récit est-il chronologique? expliquez.<br /> 3. Dans quelle mesure peut-on dire que Jacques est un personnage qui a beaucoup souffert lui aussi ?<br /> Aidez-moi svp !!!
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D
je ne connaissais pas ce livre, en ce moment je suis un peu "down" ce qui fait que je lis peu... mais bon !  je vais essayer de me secouer. bisous
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C
<br /> ce livre n'est pas récent, il a déjà trois ans je crois, c'est ma copine véro qui travaille à la médiathèque qui me l'a offert.<br /> <br /> lis le, il est intéressant.<br /> <br /> bisous<br /> <br /> <br />
C
Un article trés intéressant Cat! Il faudra que je me procure ce bouquin... Bise
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C
<br /> oui, c'est un très bon livre.<br /> <br /> je l'ai preté à ma tite soeur. devoir de mémoire. sans tomber dans l'obsession il est important de savoir que cela a existé.<br /> <br /> bisous<br /> <br /> <br />
J
Sur l'idée de propreté dont tu parles : La puissance de l'extermination nazie était basée sur un système qui donnait à croire que la responsabilité était toujours à un autre niveau que le sien propre. Sinon comment aurait-il pu perdurer si longtemps ?PS : les premiers persécutés ont été les allemands résistants au régime nazi : les premiers camps ont été peuplés par eux. Ne les oublions pas.
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C
<br /> non je n'oublie pas ...<br /> mais les premiers persécutés à mon sens furent les handicapés ...<br /> <br /> tout est toujours de la faute de l'autre ...<br /> <br /> bisous<br /> <br /> <br />
R
la pa kua sert a determiner l'orentation des choses suivant la regle du feng shui, incomtournable en Chine<br /> bisous<br /> qing et rene
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C
<br /> merci beaucoup :D<br /> <br /> bon dimanche<br /> <br /> <br />