Le film :
Salma a 45 ans et habite la plantation de citronniers que son père lui a légué. Son mari
est mort, ses enfants sont loin. Elle coule des jours paisibles dans ce coin de Cisjordanie, placé sur la "ligne verte". Mais un jour, de nouveaux voisins viennent s'installer au bout de sa
plantation. Pas n'importe quels voisins, mais le ministre de la Défense Israëlienne. Celui-ci, après une estimation des services secrets, décide que la plantation devient une menace pour sa
sécurité et celle de Mira, son épouse. Il exige donc de Salma, qu'elle fasse arracher ses citronniers. Celle-ci décide de se battre contre cette décision injuste à son sens.
Ce que j'en ai pensé :
J'ai vu ce film en VO, soit moitié en arabe, moitié en hébreux, sous-titré bien sûr. En discutant avec un ami arabe, je lui fis part de mon étonnement quant à la similitude de ces
deux langues au niveau des sonorités ; et lui de me répondre, que, effectivement, pour nous occidentaux, il s'agit d'un même dialecte, car notre oreille n'en perçoit pas les différences.
Une première chose absolument indispensable concernant ce film, il ne s'agit nullement de parler de religion ici, mais bien de deux populations, deux idéologies qui se font face. Une sorte de
fable sociale et humaine entre deux peuples, entre deux femmes, entre les femmes et les hommes.
A l'heure où Israël célèbre les 60 ans de sa création, ce film vient rappeler certains faits qui se passent là-bas. Pour ma part, j'avoue avoir toujours été choquée que pour les israëliens, une
vie des leurs semble valoir au moins quatre vies palestiniennes, alors que pour moi, une vie reste une vie, et aucune vie n'est et ne peut être supérieur à une autre.
Ce film est indéniablement un partie pris, celui de Salma, la palestinienne de Cisjordanie qui ne désire qu'une chose, continuer à cultiver ses citronniers, dans le calme et la sérénité de sa vie
de veuve seule.
Salma ne demande rien. Son père l'a élevée seul, simplement secondé de son ouvrier à la plantation, ce dernier étant resté fidèle à Salma, sans jamais la juger. Quand celle-ci fut en âge, elle se
maria, eut des enfants, et devint veuve. Elle vit seule, ses enfants la laissant dans sa solitude, acceptant ce que la vie lui a donné. Alors quand arrivent ces voisins quelques peu encombrant,
même si elle regarde par curiosité, Salma continue de mener sa vie simplement. Point de haine de sa part, point de religion. Juste le regard d'une femme qui voit d'un seul coup sa vie, sa
plantation surveillée comme si elle était dangereuse. Salma voit le mirador, l'enclos dont se trouve cerclés ses citronniers, auxquels elle ne peut plus avoir accès.
Mais Salma refuse cela, ce sont ses citronniers, ils ne représentent aucun danger, elle-même n'est pas un danger pour ses voisins. Elle décide alors de porter plainte contre ses voisins. C'est
avec l'aide d'un avocat, qui sera son amant, qu'elle se battra.
On y voit un ministre dont la femme est belle et intelligente qui se croit au-dessus de tout. même si cela n'est que suggéré, on comprend vite qu'il la trompe avec sa garde du corps, cette
dernière se permettant envers Mira une attitude déplacée.
On y voit un avocat sincère mais faiblard malgré tout dans ses émotions et ses envies.
Les israëliens sont-ils paranos, pensent-ils que tous les palestiniens veulent leur peau ? Y'a-t-il un moment où ils ne vont pas arrêtés de se sentir persécutés ? Y a-t-il un moment où ils vont
comprendre que leur attitude vis-à-vis de leurs voisins arabes, et surtout les palestiniens n'est que le pâle reflet de ce qu'ils ont vécu dans la Shoah ?
Et à moi de penser que, ce sont les Israëliens qui ont créé ce climat de tension insupportable au Proche orient. Car il y a toujours une part de responsabilité de part et d'autre dans ce qui
arrive de pire. Les Israëliens sont aujourd'hui des colonisateurs, à une époque où seule les dictatures colonnisent encore (la Chine par rapport au Tibet, ou encore l'Arménie etc.). En volant les
territoires palestiniens (je parle des colonnies, pas de la création de l'Etat d'Israël), ils devaient bien imaginer que les palestiniens n'allaient pas se laisser flouer. Ce film dénonce la
politique d'Israël, sur l'appropriation des territoires, mais également sur la paranoïa. Les Oliviers sont arrachés parce qu'ils représentent des dangers pour la sécurité de l'état.
A la fin du film, Salma a perdu son procès en appel à la Cour Suprême de Jérusalem. Le verdict fut que, Salma devrait tailler ses citronniers à hauteur de 30 cm du sol, en faire des bonzaïs, et
l'état israëlien à lui verser un dédommagement. Salma se sent insultée et bafouée et pourtant, un verdict sans précédent puisque les arbres ne furent pas arrachés. L'ironie de ce jugement se fait
dans la parabole finale. Le village se situant sur la ligne verte, la plantation de Salma et la propriété du ministre furent séparées, après le taillage des citronniers par ce mur de la honte
...
Le rôle de la femme est très important dans ce film. L'homme étant réduit à un causeur de problème sans fin et à un don juan de pacotille.
Les femmes (Salma et Mira) s'observent, cherchent à comprendre, cherchent à dialoguer. D'ailleurs, Mira, contre l'avis de son mari de ministre se rendra au verdict du procès, et choisira de
divorcer suite à cela. Une folie de trop de la part de son mari.
J'ai beaucoup aimé ce film, pour sa simplicité de montrer les choses. Bien qu'il soit évident qu'il y avait un parti pris envers Salma, il s'agit surtout de montrer l'incohérence de la politique
israëlienne aujourd'hui, qui, enfermée dans une idéologie passéïste n'arrive pas / plus à avancer, voyant des ennemis partout, voyant le mal partout, et oubliant de vivre une vie de partage et de
cohabitation en bonne intelligence, mais est-ce réellement possible avec des voisins arabes et peut-être haineux ...
Ne faisons pas l'amalgame entre ce qui est arrivé durant la Seconde Guerre mondiale et ce qui arrive aujourd'hui. Ne faisons pas l'amalgame entre juifs et israëliens, entre israëlites et
israëliens. Car israëlien est une nationalité, pas une religion. En Israël, il y a des israëliens musulmans.
Un film à voir absolument, pour un regard différent, une nouvelle constatation de la bêtise humaine.
Vos mots