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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 00:44

Le livre :

Le narrateur vient de perdre sa mère. Il se replonge alors dans son histoire familiale, dans sa relation avec sa mère juive où le père n'a que très peu de place. L'adulte qu'il est, laisse place à l'enfant de sa mère, ce qu'il avait été jusqu'au jour de la mort de cette dernière, et qu'il n'est plus désormais que dans le passé et sur les papiers.

Ce que j'en ai pensé :

Le rapport à la mort est toujours particulier et individuel. Personne ne vit et ne réagit de la même manière devant ce que l'on peut appeler des drames "intimes". Et chaque mort ne se vit pas de la même manière. Ce sont les liens avec les personnes disparues, c'est aussi où l'on en est de soi, qui donnent en quelque sorte le ton dans le rapport à la mort d'un être cher.

Il est des morts plus difficiles à vivre que d'autres.

Le narrateur vient de perdre sa mère, celle qui a tout sacrifié pour lui, celle qui a fait de son fils sa raison d'être. Ce fils désormais seul au monde, orphelin de celle qui l'a aimé, de celle qu'il aime, prend toute la conscience du lien tissé entre eux. Cette mère juive si présente ne vivait finalement que pour lui, qu'à travers les réussites de son enfant, qu'à travers les yeux de son enfant, le traitant comme un enfant prodige, comme son enfant prodige. L'abnégation totale de cette femme, devenue épouse et mère, qui avait fait de sa vie, un service permanent pour son époux et son fils.

Le narrateur prend toute la mesure du caractère définitif de la mort. Car il est évident que nous ne prenons conscience de ce fait inéluctable que lorsque nous le vivons dans nos chairs et dans notre intimité.

Alors lui revient en mémoire, ce que je n'appelerais pas de l'ingratitude, mais plutôt son simple comportement humain. Toujours soutenu et admiré par sa maman, le narrateur prenait des libertés avec elle, sachant qu'elle l'attendrait toujours, avec patience. Parfois quand nous pensons les choses acquises définitivement, nous manquons parfois d'attention, parfois de respect vis à vis des  gens qui nous aiment. Nous oublions simplement de faire des efforts envers l'autre.

Le narrateur ne se rappelle pas que des bons moments partagés avec sa mère, il ne revoit pas que les choses que sa mère faisait pour lui, il repense à ce que lui n'a pas fait pour elle, il repense au fait qu'il avait pris tout ça comme acquis. Pourtant, il sait bien qu'il n'a pas été ingrat avec elle, il sait combien sa maman aimait ce qu'il était devenu, aimait venir passer du temps avec lui. Il se rappelle les mots qui la rendait heureuse, il se rappelle leur marche bras dessus bras dessous, il se rappelle les habitudes.

Et dans ce livre qui sonne comme une véritable déclaration d'amour dite trop tard, le narrateur affronte ce que la mort lui a volé, car ce n'est pas seulement sa mère qui n'est plus, mais c'est aussi l'amour de sa mère, les attentions de sa mère, les gestes de sa mère ... tout ce que sa mère était, faisait ... tout cela qui n'est plus, ne sera plus ... tout ce qui crée un immense vide, une solitude sans pareil qui dans l'instant, qui dans les jours qui suivent semblent sonner dans une éternité sans fin.

Car la mort, au delà de nous voler les personnes physiques, nous vole les habitudes que nous avions avec ces personnes, nous vole les attentions que ces personnes avaient à notre encontre. Elle met un terme brutal à une relation d'amour, à une présence rassurante.

Je ne sais pas si j'ai aimé ce livre. Je ne le crois pas. Car il y a une sorte d'appitoiement dans ce chant d'amour qui sonne en moi comme un goût d'égoïsme. Egoïsme car on pleure sur l'absence de l'autre, dans ce qu'il nous apportait dans notre relation. On ne pleure nullement sur ce qu'il ne fera plus pour lui, mais sur ce qu'il ne fera plus pour nous. Car bien souvent dans la mort, nous ne pleurons pas tant nos morts, que l'absence créée par nos morts.

J'aurais pu écrire ce que Albert Cohen dit dans son livre il y a neuf ans, mais pas aujourd'hui. Parce que savoir accepter le départ des gens que l'on aime, c'est aussi une preuve d'amour très forte, même si cela n'enlève ni la douleur ni l'absence. Cela le rend juste un peu moins pénible, peut-être aussi plus doux.



Citations :

    -Soudain, devant ma table de travail, parce que tout y est en ordre et que j'ai du café, chaud et une cigarette à peine commencée et que j'ai un briquet qui fonctionne et que ma plume marche bien et que je suis près du feu et de ma chatte, j'ai un moment de bonheur si grand qu'il m'émeut. J'ai pitié de moi, de cette enfantine capacité d'immense joie qui ne présage rien de bon. Que j'ai pitié de me voir si content à cause d'une plume qui marche bien, pitié de ce pauvre bougre de coeur qui veut s'arrêter de souffrir et s'accrocher à quelque raison d'aimer de vivre.

    - En cette Division de la Diplomatie, tu as un chef, je pense ? Eh bien, s'il te dit quelque fois un mot de trop, ne te mets pas en colère, supporte un peu, parce que si tu lui réponds mal, la bille lui monte à la cervelle et il te hait et Dieu sait quelle langue de vipère il a et quel poignard il prépare pour ton dos !

    - Dans son cimetière, elle n'est plus une Juive aux yeux sur la défensive, charnellement dénégateurs de culpabilité, une Juive à la bouche entrouverte par une obscure stupéfaction héritée de peur et d'attente. Les yeux des Juifs vivants ont toujours peur. C'est notre spécialité maison, le malheur. Vous savez, dans les restaurants de luxe, il y a la tarte maison. Nous, c'est le malheur maison, spécialité maison, gros, demi-gros et détail.

    - Tu es seule et je suis seul. Nous sommes bien seuls, tous les deux. Tu es morte et pour toujours, je le sais. Et pourtant je sais que lorsque j'aurai mal dans mon corps, par la bonté de Dieu promis à la maladie et à l'humiliation de vieillesse, ou mal dans mon âme, lorsqu'ils feront du mal à ton enfant et que je ne pourrai plus feindre d'être d'acier, c'est ton nom seul, Maman, que j'invoquerai, non pas celui de vivants aimés ni celui de Dieu, ton nom sacré seul, Maman, quand mon corps sera las de vivre ou quand ils seront trop mauvais avec l'enfant que tu sus défendre.

    - J'attends que ma mère, sous la lune qui est son message, apparaisse peut-être. Mais seuls les souvenirs arrivent. Les souvenirs, cette terrible vie qui n'est pas de la vie et qui fait mal.




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commentaires

Michka dit Le Pirate :0051: 31/05/2008 13:11

Chalut, dévoreuse de livres :D:0010:

Catgirl 31/05/2008 19:21


merchi :D bisous


Flo-Avril2 31/05/2008 10:27

Je n'ai pas encore eu l'oportunité de le lire, mais je pense que je ne vais pas le raterMerci Cat, bisous, Flo

Catgirl 31/05/2008 19:20


bisous ma flo, bon week end


neinei 31/05/2008 03:37

attention ton lien n'est pas bon, il manque le (e)
sur le billet 1, j'ai indiquer le XVII siecles.
bon samedi bisous
qing et rene

:0091: Lili-Flore :0010: 30/05/2008 18:51

c'est vrai que nous vivons chacun la disparistion de nos êtres chers , d'une façon différente. Quand j'ai perdu ma maman adoptive, je n'ai pas pleuré, car c'était l'enpêcher de partir se réaliser ailleurs, mon chagrin était immense et j'étais de glace, la perte de la maman que je m'étais choisie a été une douleur atroce mais sans larmes, et 9 mois après jour pour jour mon papa adoptif l'a rejoint, et là toujours même philosophie mais là en pensant qu'ils étaient ensemble, ce qui ml'a un peu apaisé. Je pense que nous oublions souvent de dire à nos proche qu'ils comptent pour nous et quand ils sont parti, c'est trop tard.Bonne fin de journée, avec du soleil, je viens de tondre la pelouse et je peux te dire, il fait très chaud. Bisous

Catgirl 30/05/2008 20:29


ce matin je pensais que j'ai eu la chance de pouvoir dire aurevoir à ma grand mère et à mon grand père ... je veux dire de les voir une dernière fois. Pour ma
grand mère, ma dernière image d'elle vivante, ce sont ses larmes parce que je quittais l'hopital où elle séjournait. Pour mon grand père, j'ai vécu ces mêmes larmes le 25 décembre, je laissais
aussi mon grand père à l'hopital pour aller chez ma tante déjeuner avant de revenir sur orléans. Et quand je l'ai revu, on a été un moment ensemble, il m'a dit qu'il était content que je sois là,
en partant je l'ai conduis dans son fauteuil roulant à la salle de diner, et déjà il n'était plus là, il était dans un autre monde.
J'ai pleuré dans sa chambre, je leur tournais le dos, je regardais par la fenetre, je voulais qu'ils voient que je pleurais.
et quand je suis rentrée à Orléans, j'ai demandé chaque jour à ma grand mère de venir le chercher. C'est allé vite et c'est tant mieux, pour lui, pour tout le monde. Il fallait le laisser
partir.

L'orage gronde ici ce soir, mais il a fait beau toute la journée, et lourd aussi.

Bisous Lili


DID 30/05/2008 13:56

Belle analyse.Bises et bisous ma cat

Catgirl 30/05/2008 13:57


bisous mon Did :0010:


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