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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 05:15


Le livre :

Le narrateur est américain, vit à Paris sans domicile fixe, écumant les chambres d'hôtel, jouant les piques assiettes auprès de ses amis de fortune américain. Il écrit, et pour gagner sa "galette", travaille dans un journal comme correcteur. Le narrateur vit pour trois choses : manger, baiser, écrire. Le reste est sans importance.

Ce que j'en ai pensé :

J'avais découvert Henry Miller à travers les journaux d'Anaïs Nin, et puis j'avais fini par acheter
Sexus
. J'ai d'abord été très surprise par son écriture. Je n'ai jamais rien lu de pareil à Miller. La meilleure manière dont je pourrais d'écrire son style, c'est d'expliquer qu'il raconte des bouts d'histoires de sa vie, de la vie des gens qu'il côtoie et que d'un seul coup, il se perd dans ses réflexions personnelles sur les choses de la vie.

Miller met beaucoup de ses expériences dans ses livres. Comment ne pas faire le rapprochement entre le narrateur et l'auteur. Tous deux vivants à Paris chichement au bon vouloir des gens qu'ils fréquentent et qui leur permettent de ne pas mendier. Tous deux ont une femme qu'ils attendent. Comment ne pas voir en Mona, la June de Henry ?
Les livres de Miller ne sont pas à proprement parler des autobiographies. Ils sont plutot un mélange de son expérience et de son imagination. Mêler son vécu, ses réflexions et ce que la vie pourrait être ...

Dans Tropique du Cancer, Miller brosse une chronique des vies parisiennes différentes de celle à laquelle nous sommes habitués. Des hommes cherchant sans cesse des aventures d'un soir, animés par le sexe, la boisson et faire des bons repas, le travail étant juste un moyen de gagner de quoi vivre les plaisirs de la vie. Penser à l'instant sans penser à demain. On vit le moment, juste ce moment là.

Si Miller se pose des questions sur la vie, il ne remet jamais en question le passé, car ce qui est passé est passé. Etrangement, je ne ressens pas chez lui de remise en question à travers ses personnages. Il ne semble jamais se demander s'il a fait les bons choix, car est-ce finalement important pour lui ? L'important c'est de manger, de baiser, d'être bien pour pouvoir écrire à souhait.

Les femmes dans Tropique du Cancer sont plus des prétextes que de réels personnages, que ce soit Mona ou Ginette. Elles sont des prétextes à montrer combien les hommes peuvent être faibles par rapport aux femmes.

Le narrateur vit aux crochets de différents personnages, des étrangers venus faire leur trou à Paris, ayant des plans pour gagner de l'argent. Etonnamment, même si certains le considèrent comme un profiteur, nul ne semble penser de lui de mauvaises choses. Bien sûr le narrateur profite de la générosité des uns et des autres, bien sûr il saisit les occasions qui se présentent et pourtant, il ne profite jamais plus que de raisons. Il y a une sorte de respect et de notions tacites de ne pas franchir la barre de l'abus. Il y a aussi chez le narrateur cette sorte de désinvolture. S'il trouve quelqu'un pour l'aider, c'est ok, s'il ne trouve personne, il se débrouille. Jamais on ne ressent l'apitoiement sur soi. C'est une chose assez frappante chez Miller, l'absence de dépressivité de ses narrateurs, dépression cependant présente dans ses romans à travers d'autres personnages, comme ici avec Fillmore, coincé par une femme (Ginette). Un homme vivant et joyeux profitant de la vie et qui, un jour, s'est laissé piéger par une femme manipulatrice. En une année, il connaît l'enfermement en asile, la déchéance, la dépression, et de bon vivant il est devenu homme soumis.

Je ne sais si Miller avait la solution, je ne sais si sa manière de vivre était la bonne. Je ne sais s'il a été heureux. Mais d'après Nin, et aussi à travers ses propres écrits, cet auteur donne l'impression d'un homme qui assumait sa vie, ses choix, les bonheurs qu'il lui donnait et aussi le côté sombre de ces derniers. Il y a une certaine lucidité face à la vie, et aux choix que nous faisons. A croire que pour Miller pour vivre libre, il faut vivre seul, sans attache. Comme si l'autre devenait la source d'un amenuissement du soi, par les concessions qu'il entraîne. Comme si l'autre devenait source d'emprisonnement.

Sa vision reste cependant très égoïste et limitée de la vie. Car la relation aux autres est et reste superficielle. Il se languit de Mona, mais sait se contenter qu'elle soit loin. Et d'ailleurs, son rapport à elle, quand il en parle est lié à l'argent qu'elle est censée lui envoyer. Les autres aussi n'apparaissent que dans le rapport de ce qu'ils peuvent contribuer à son bien être.

La même question me taraude, comme à la lecture des journaux de Nin ... Miller prend beaucoup aux gens, mais que leur donne-t-il ? Et lorsque je dis qu'il prend, je ne parle pas seulement de l'aspect matériel, je parle de la présence. Je pense qu'il eut été intéressant d'avoir un autre point de vue que celui de Nin sur Miller, l'homme qu'il était. Il ne voulait appartenir qu'à lui-même, mais a t il réellement réussi ?

Cet homme, en apparence simple et clair, se révèle au fur et à mesure de mes lectures bien mystérieux.

Citations :

    - Le monde est un cancer qui se dévore lui-même.

    - Partout où je vais, les gens font un beau gâchis de leur vie. Chacun a sa tragédie privée. C'est dans le sang maintenant : le malheur, l'ennui, le chagrin, le suicide. L'atmosphère est saturée de désastre, de déception, de futilité.

    - Ainsi donc, au lieu de s'attaquer à son livre, il lit auteur après auteur afin d 'être absolument sûr qu'il ne va pas fouler leurs platebandes. Et plus il lit, plus il cède au mépris. Il n'en est point de satisfaisant, point qui atteigne ce degré de perfection qu'il s'est imposé. Et, oubliant complètement qu'il n'a même pas écrit un chapitre, il parle d'eux avec condescendance, exactement comme s'il existait une étagère de livres portant son nom, livres familiers à tous, et dont il est superflu de mentionner les titres.

    - L'homme qui porte la dive bouteille à ses lèvres, le criminel qui s'agenouille sur la place du Marché, l'innocent qui découvre que tous les cadavres sans exception puent, le fou qui danse le tonnerre entre les mains, le moine qui soulève les pans de son froc pour pissoter sur le monde, le fanatique qui met les bibliothèques à sac afin de trouver le Verbe - tous sont fondus en moi, tous produisent ma confusion, mon extase. Si je suis inhumain, c'est parce que mon univers a débordé par-dessus ses frontières humaines, parce que n'être qu'humain me paraît une si pauvre, une si piètre, une si misérable affaire, limitée par les sens, restreinte par les systèmes moraux et les codes, définie par les platitudes et les "ismes".

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commentaires

Bernard O 28/02/2011 03:29



Vous avez une manière personnelle de parler de de Tropique que j'apprécie même si je ne suis pas toujours d'accord avec vos conclusions. Je suis tombé sur une critique empathique du livre qui
pourra peut-être vous interesser : http://www.ouvroir.info/zinc/spip.php?article37


Bien à vous


Bernard O



Catgirl 28/02/2011 17:23



et oui, il me semble normal de parler des livres ou d'autres choses avec son ressenti, s'il s'agit de se contenter de retranscrir un quatrième de couverture ou
une critique publié dans tel ou tel magasine, à quoi bon ;)


 


j'irai lire cette critique, merci à vous






Jean-Yves 19/08/2008 14:15

"Partout où je vais, les gens font un beau gâchis de leur vie."
Je n'aime pas cette phrase qui est trop pessimiste. Elle s'arrête sur les gâchis (notion d'ailleurs bien subjective) alors qu'il me semble que l'important dans la vie, c'est ce qu'on tire de nos échecs.

Catgirl 19/08/2008 18:11


et bien je crois que tu as tout dit ;)
c'est ce qu'il veut mettre en avant, les gens savent qu'ils sont dans l'erreur et plutot que dans tirer des leçons et d'avancer autrement, ils continuent, ils font semblant et ils s'enlises ...
d'ou ce qu'il nomme "gachis"
je suis assez d'accord avec lui ... peu de personnes savent tirer des leçons de leurs échecs

bisous


isis 18/08/2008 18:44

as tu lu , les parachutes d'Icare ? d'Erica Jung on dit de son livre qu'il était le pendant féminin des tropiques de Millerj'ai adoré aussi "Fanny troussecote Jones" c'est depuis la lecture de ce livre que je porte une jarretière rouge...plein de bisous ma Cat

Catgirl 18/08/2008 21:43


non ma belle Isis, je n'ai pas lu ce livre,
j'ai encore tellement de livres dans ma pile ...

bisous bisous


:0091: Lili-Flore :0010: 15/08/2008 22:09

jamais rien lu de cet auteur, et je crois pas en avoir envie, je suis actuellement en train de lire ""la jeune fille à la perle de Tracy Chevalier"" qui est très intéressant. Bonne soirée avec des bigs bises

Catgirl 16/08/2008 08:09


j'ai entendu parler de ce livre en bien.
je lis une bio de camille claudel

bisous


rene 15/08/2008 02:41

c'est surement un livre qui porte un regard amer sur le monde
non les trois sages c'est des sages de la famille uniquement
bon vendredi bonne chance au jeu bise
qing et rene

Catgirl 15/08/2008 08:29


pas du tout, Miller est loin d'être une personne amère et ses livres ne le sont pas non plus.
c'est juste une vision très différente de celle de notre société, une façon de vivre vraiment très différente.

pourquoi serait il amère, il a réussi à vivre sans être la proie de personnes, sans se plier à la volonté des autres

bisous


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