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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 05:49


Site Camille Claudel.

Le livre :

De son enfance avec un père fonctionnaire d'état et une maman au foyer, la jeune Camille entourée de son frère, Paul et de sa soeur cadette, Louise), montra très jeune un vif intérêt pour la sculpture, menant son monde selon ses désirs, jusqu'à monter à Paris pour suivre des cours d'art. Chose peu aisée à l'époque, du fait de l'interdiction des femmes d'avoir accès aux nus, et de l'insistance de ces messieurs de croire que la femme ne pouvait avoir le talent d'un homme. Ce fut Rodin qui rencontra Camille Claudel en se rendant à son atelier, sur la demande d'un de ses amis, afin de lui enseigner, de la conseiller sur la sculpture. Très vite Rodin, qui était plus âgée qu'elle, devint son amant, mais ne se résolvait pas à quitter sa vieille compagne, Rose Beuret. Quand Camille le comprit, quelque chose mourût en elle, l'espoir que cet homme soit entièrement à elle. Elle dépassa ce fait, vécut avec, c'était sans compter dame nature. Camille tomba enceinte et dût avorter. Il était impensable qu'une jeune femme célibataire de son rang pût avoir un enfant avec un homme déjà en couple. Cet avortement eu raison de Camille, et mit fin à sa relation avec le sculpteur. Alors que ce dernier continuait à l'aimer dans l'ombre, essayant de la faire connaître et reconnaître sans que cette dernière le soupçonna, celle-ci exprimait son désarroi dans la sculpture, y mettait sa souffrance, jusqu'à créer L'âge mûr. Rodin découvrant cette sculpture le mettant en scène ouvertement, et donc sa vie privée, fit en sorte que ce chef d'oeuvre ne soit pas reconnu. De la même manière qu'il l'avait introduite dans le milieu, à cause de cette sculpture, il mit un sérieux bémol à son aide. Coup de grâce pour Camille, qui ne cessait de lutter pour faire reconnaître son art, et qui peu à peu se renferma sur elle-même. Persuadée que Rodin voulait voler ses oeuvres en l'empêchant d'être reconnue, elle sombra dans la paranoïa, alors que le sculpteur, remis de cet affront public, avait pardonné et continuait dans l'ombre à oeuvrer pour que Claudel soit reconnue comme artiste. Devant la vie de recluse et la maladie mentale qui atteignait Camille, sa mère et son frère signèrent un ordre d'internement. Pire, sa propre mère n'ayant jamais supporté le comportement de Camille, elle intima au directeur de l'asile la séquestration, et durant le reste de sa propre ne revit jamais sa fille. Camille ne pouvait avoir que des contacts avec Paul ou leur mère, et uniquement eux. Durant plus de trente ans, elle fut enfermée dans un asile, même lorsqu'elle fut guérie de sa paranoïa. Ne voulant pas rendre responsable son frère et sa mère de son internement, elle continuait de dire que c'était l'oeuvre de Rodin puis plus tard, de ceux qui voulaient voler ses oeuvres d'art à moindre coût.


Ce que j'en ai pensé :

Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est que l'auteur n'a pas séparé Camille Claudel de son époque, qu'elle n'a pas non plus montré une Claudel uniquement à travers son histoire avec Rodin même s'il est évident que  celui-ci joua un grand rôle.



Parler de Claudel et de son combat de femme en expliquant le contexte social est très important pour comprendre que la vie artistique de la jeune femme, malgré son incroyable talent fut loin d'être une sinécure.
["Les artistes ont l'habitude depuis leur enfance, nous dit-il, de juger que la réussite d'un tableau de nu est la preuve de leur compétence ; s'ils peuvent faire cela, ils peuvent faire n'importe quoi ; s'ils ne peuvent pas faire cela, ils ne peuvent rien faire ; la peinture du nu est l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin de l'art." En interdisant aux femmes l'accès au modèle vivant nu, la société leur refusait la possibilité de devenir de véritables artistes.] Ce fut un des grands combats de Claudel, accéder au nu vivant, et être reconnue comme une artiste à part entière. [Une femme ne pouvait pas avoir de génie ; si elle en avait, on l'imaginait sexuellement ambiguë.]

Quand elle rencontra Rodin, Claudel était déjà sculpteur, elle avait déjà créé des oeuvres, notamment le buste de Paul à treize ans. Rodin ne vint que lui insuffler une autre vision de l'art et de la sculpture, il vint affiner ce qu'il avait perçu dans le travail de cette dernière. Quand on dit que Claudel ne fut que l'élève de Rodin, c'est lui voler son oeuvre. Certes, on pouvait retrouver des touches Rodin chez Claudel, ce qui est normal, mais la véritable question n'est-elle pas plutôt de savoir si ce n'est pas Rodin  fut influencé par Claudel. Lorsque l'on
visite le Musée Rodin, comment ne pas remarquer que celui-ci a fait un virement de style total et aussi incroyable qu'improbable. Cet homme qui sculptait des oeuvres volumineuses, marquées par les traces de doigts formant les scènes, créa des oeuvres aussi sublimes et sensuelles que la Danaïde. Il est évident que l'un comme l'autre s'influencèrent mutuellement, et pourtant sans jamais rien perdre de leur style et de leur talent. D'ailleurs Rodin disait de Claudel :"Je lui ai montré où elle trouverait l'or, mais l'or qu'elle trouve est à elle".

Travailler avec Camille n'était pas une sinécure, non plus. C'était une passionnée, elle refusait de se plier aux règles de la société concernant les femmes, elle refusait aussi que sous prétexte qu'elle fut une femme, on profita d'elle :
[Elle n'acceptait pas qu'on lui manque de respect parce qu'elle était jeune, ou qu'on tente de l'intimider parce qu'elle était une femme.]

Après l'échec de sa relation avec Rodin, les blessures de femme qui restèrent ancrées en elle, Camille voulut créer à l'inverse du Sculpteur, et c'est à cette époque qu'elle se mit à sculpter de petites oeuvres comme Les Causeuses, La Vague, etc. Mais la rage d'avoir échoué dans sa vie de femme, de ne pas avoir été choisie, pire d'avoir dû avorter de l'homme qu'elle aimait, devait sortir d'elle. Elle travailla, sans cesse, ignorant que dans l'ombre, Rodin, aidé par des admirateurs de la jeune femme, faisait tout son possible pour que les plâtres de celle-ci deviennent commande de l'état pour devenir des bronzes et intégrer des musées. Ce dernier ne ménageait pas ses efforts, mais Camille, particulièrement sauvage, et renfermée sur elle-même, n'était pas facile d'approche. Ce fut sans doute dans L'âge mûr, qu'elle mit sa plus grande souffrance de femme, celle d'être abandonnée par l'homme qu'elle aime.


(extrait du Guide des collections du Musée d'Orsay) :
[ L'âge mûr de Camille Claudel : exécuté au moment de leur rupture, ce dernier groupe symbolise l'hésitation du maître entre sa vieille maîtresse, Rose Beuret, qui devait l'emporter, et Camille qui, sous les traits de L'Implorante, se penche en avant, au risque de perdre l'équilibre, pour le retenir.]



Pour info, Rodin répondit à cette sculpture en créant Fugit Amor, issu de la Porte des Enfers, où un jeune homme est emporté par une femme en une course éperdue.



La carrière de la jeune femme prit fin brutalement lorsque son frère Paul et leur mère ne purent plus supporter l'état de misère et de crasse dans lesquels elle vivait.
[ (propos de Paul) "Si elle était chrétienne, il n'y aurait pas lieu de s'en affliger. Avec tout son génie, la vie a été pleine pour elle de tant de déboires et de dégoûts que le prolongement n'en est pas à désirer." L'amour passionné qu'il avait vécu avec Rosalie l'ayant rendu plus indulgent envers sa soeur, il se mit à faire beaucoup d'efforts pour lui venir en aide.] Cependant, Paul, diplomate, n'avait guère le temps de s'occuper de sa soeur. Il signa l'avis d'enfermement avec sa mère, et Camille fut internée.

Elle sombrait dans une folie paranoïaque où Rodin faisait figure du diable. Il incarnait celui par qui le malheur arrive, son malheur de femme.
[ Il est fort possible que Camille soit allée à l'Islette pour reprendre des forces après l'avortement. L'humiliation, le chagrin et le remords devaient peser lourd sur elle et pouvaient expliquer l'histoire étrange qu'elle avait racontée à Rodin, selon laquelle on l'aurait vue sortir la nuit par la fenêtre, suspendue à une ombrelle rouge qui lui aurait servi à mettre le feu à la forêt. Après l'avortement, elle se voyait peut-être en esprit malfaisant qui détruisait la vie, et il est possible que ses crises intermittentes de délire aient commencé vers cette époque. De tels événements devaient aussi affecter profondément Rodin.]

[Même si Rodin lui avait apporté son appui jusqu'à l'affaire de L'âge mûr, il l'avait trahie bien plus profondément par ailleurs. Camille lui avait donné sa jeunesse et elle avait reçu de lui de promesses formelles au sujet de leur avenir. La rupture de promesse et surtout l'avortement avaient été d'autant plus traumatisants pour elle qu'ils avaient dû rester secrets. Camille savait combien Rodin "lui avait pris", et elle ne put jamais le lui pardonner]

Camille fut ainsi trahie une première fois par son grand amour. Mais ce ne fut pas la seule trahison qu'elle dût affronter. Ce "coup" du destin la rendit paranoïaque, mais elle ne représentait nullement un danger pour elle-même et encore moins pour les autres, même si elle vivait dans la crasse, et qu'elle détruisit nombre de ses sculptures se trouvant dans son atelier à cette époque. Encore une fois, Rodin a joué un grand rôle dans la conservation des oeuvres de Camille Claudel. Elle fût également lourdement trahie par sa mère, qui une fois que celle-ci l'eut fait enfermer, fit tout pour que personne ne puisse communiquer avec Camille, en dehors d'elle et de son fils, Paul. Paul aussi trahit sa soeur, elle gênait le fervent catholique qu'il était, et le diplomate également parce que [ Camille Claudel, au contraire, défiait ouvertement "les usages idiots" à la fois dans sa vie privée et dans sa vie professionnelle. Elle osa devenir la maîtresse d'un homme qui vivait avec une autre - crime impardonnable selon les valeurs bourgeoises. Rejetée du cercle familial, elle aurait pu puiser du réconfort dans son art, mais là aussi elle refusait de plier devant la dictature des convenances. Ses sculptures trop sexuelles pour une femme choquèrent le monde de l'art académique et lui créèrent des ennemis parmi les officiels les plus puissants. Elle sollicitait donc en vain des commandes de l'Etat, jusqu'à ce qu'elle propose enfin une sculpture acceptable : une femme seule, vaincue et mourante.]

Il est évident que sa mère ne lui pardonnait pas d'être "hors société". Elle ne lui pardonnera pas non plus, lorsque deux ans après son enfermement, des admirateurs de Camille alertèrent les journalistes de l'internement inconsidéré de la jeune femme par sa famille. Ce scandale renforça les convictions de sa mère à garder Camille séquestrée. [Elle ne devait avoir aucune communication avec le monde extérieur et ne recevoir ni lettres ni visites, sauf de sa mère, de sa soeur ou de son frère. Les Claudel avaient fait une demande de séquestration parce qu'ils condamnaient la manière de vivre des Thierry (cousin de Camille) et craignaient le scandale.] Pendant que cette dernière dépérissait loin de la société et loin du regard de sa famille, elle ne faisait plus honte à personne. Son frère Paul, vint la visiter au rythme de une fois tous les cinq ans, un peu plus sur la fin. Elle fût complètement abandonnée par sa famille, y compris dans la mort. Camille Claudel a été enterrée sans qu'aucun membre de sa famille ne soit présent, dans l'enclos de l'asile. Quand celui-ci fut refait, les os de Camille Claudel rejoignirent la fosse commune. Paul Claudel, dont il savait que Camille était guérie se montra fort lâche vis-à-vis de sa soeur, quand on sait sa responsabilité dans son internement. Sans doute ne voulait il pas la gérer et préfèrait-il sa propre tranquilité. De sa famille, Camille devra attendre que Chouchette, la fille aînée de Paul, ainsi que Pierre, le fils de ce dernier la visitent. La belle-mère de Chouchette, ainsi que le mari de cette dernière lui rendaient également visite.

Camille Claudel ne devint connue au grand public qu'en 1984, avec le film de Bruno Nuytten, avec Adjani et Depardieu. Bien après sa mort, Rodin a eu son souhait réalisé, une salle Camille Claudel est présente dans son Musée Rodin. Les descendants de Paul Claudel restent très attachés à cette tante au génie évident dont la famille eut si honte.

Pour ma part, je regrette que la "société" choisisse de garder principalement son histoire avec Rodin, bien plus que son incroyable talent, et sa vie. A croire que les grandes femmes de génie ne peuvent exister aux yeux du public qu'à travers leur histoire d'amour (souvent malheureuse et tragique). Ce qui n'est pas le cas de ces hommes. Quand on parle de Nin on pense Miller ... mais quand on pense Miller, on pense à ses bouquins. Quand on parle Claudel, on pense Rodin ... mais quand on pense Rodin, on pense au Baiser.

Ce livre à le mérite de rendre à Camille Claudel ce qui lui est dû, la vérité sur sa vie, sur son oeuvre. Il a aussi le mérite de montrer le rôle réel de Rodin dans la vie et l'oeuvre de Claudel. On est loin du monstre égoïste, et on arrive plutôt à l'homme humain, et lâche ... Paul Claudel lui en voudra d'avoir détruit sa soeur, mais est-ce seulement Rodin qui a détruit Camille ? Paul et sa mère n'ont ils pas eux détruit l'artiste ?

Il faut savoir que même dans l'enfermement, Camille ne plia pas, et imposa sa liberté de choix.
[Chacun de ces choix défiait les préjugés de son époque. Il lui fallut un courage immense pour continuer à rejeter les restrictions qu'on voulait imposer à sa liberté d'expression malgré les représailles dont elle était la victime, surtout lorsque l'on considère qu'elle fut la seule femme de son siècle à se rebeller ouvertement. Les critiques qui lui ont reproché de ne pas avoir créé de style nouveau, comme Maillol et Brancusi, n'ont pas compris que ses efforts étaient orientés dans une autre dire direction. En refusant de s'incliner devant ce que la société du XIX siècle attendait d'une femme dans le domaine de la création artistique, elle s'accorda la liberté de créer des oeuvres capables de rivaliser avec celles de grands artistes et elle put leur donner une profondeur émotionnelle et sensuelle entièrement originale. C'est d'ailleurs elle qui libéra la nouvelle sensualité que l'on trouve dans les plus grandes oeuvres de Rodin.]


Photos de L'âge Mûr et de Fugit Amor
furent prises au Musée d'Orsay,
le 9 mars 2008.
Les passages ont gras rouge sont issus du livre.



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commentaires

dali 25/08/2008 23:29

camille claudel est depuis 1992, date  à laquelle je suis allée visiter le musée rodin, ma scultrice préféré. il est clair que ce jaloux manipulateur ( desolée, mais là c'est vrai ! ) de Rodin, a tout fait pour d'abord détruire l'artiste puis la femme, car il ne supportait pas qu'elle lui fit de l'ombre. La posterité a jugé. au 21eme siecle, c'est camille qui remplit les salles et attire les passionnés du monde entier. Elle a sa revanche, postume. L'artiste c'etait elle. bel article et magnifique image !  bizz & bonnes vacances

Catgirl 26/08/2008 06:27


alors comment expliques tu qu'il ait tout fait pour qu'elle soit reconnue en tant qu'artiste ? qu'il ait tout fait pour que les sculptures de Claudel soient
conservées. Je crois que tu fais erreur ...
il n'est pas le monstre pour lequel on a voulu le faire passer, même si c'est un homme profondément lâche humainement ... je crois que justement si tu as visité le musée rodin, tu peux admettre
qu'il n'avait rien à envier à claudel ... il suffit de voir ses magnifiques marbres ...
même si lui, contrairement à claudel n'en était pas le tailleur ...

que dire lorsque l'on voit la cathédrale, la danaide et bien d'autres ... non décidément je ne crois pas qu'il avait à craindre du talent de claudel, car il avait le sien, et qu'il n'avait pas à
l'envier !

claudel et rodin sont de magnifiques sculpteurs ...
c'est être injuste que de dire de lui que c'est un grand manipulateur ...

bises


Jean-Yves 23/08/2008 20:56

Je partage, Cat, ton approche, sur ce qui provoqua la folie de Camille Claudel.

Catgirl 23/08/2008 22:02


Ce livre donne vraiment un regard autre et sans doute plus véritable de l'histoire de claudel et rodin d'une part
et de l'histoire de claudel d'autre part.

bisous


Valmont 23/08/2008 09:39

Excellent papier, très belles photos, tragique destin, victime de la lâcheté (et de la jalousie) de l'un et de l'hypocrisie des autres. Je reste persuadé que la paranoïa de Camille, entre autres symptômes, n'est qu'essentiellement la conséquence de ses déboires et de ses souffrances. Pas le contraire. Et quoi qu'on en dise, sinon, on continue à trouver des "excuses" à Rodin et à la famille de Camille, tout simplement parce que c'est plus simple quelque part que de dire : il l'a rendu folle, et ils ont sacrifié et abandonné Camille au nom de leur sacro sainte éducation judéo-chrétienne et de leurs intérêt et images de bourgeois bien-pensants... Fermé le ban... Bisous.

Catgirl 23/08/2008 18:33


Je ne pense pas que rodin jalousait claudel, je pense qu'il l'admirait profondément, il a tout fait pour qu'elle soit reconnue comme une artiste à part entière,
que son talent soit mis en valeur ... il a voulu la salle camille claudel dans son musée, et quand il était en fin de vie, il réclamait, sa femme, l'autre femme de l'atelier et ce n'est pas rose
beuret qu'il réclamait ... la jalousie de rodin est une légende ...

claudel est victime de la vie, l'acceptation que rodin ne laissera jamais rose, puis l'avortement, c'est ce qui a déclenché sa paranoia, mais il est dit que les pulsions violentes qui l'habitent
parfois, Paul les a aussi ... mais paul a eu une vie plus facile ..


pour rodin, ce n'est pas lui qui l'a rendu folle, ce sont les circonstances ...
mais le sacrifice de camille, l'abandon, ça c'est bien le fait de sa famille, d'une éducation, d'une religion, d'une société ...


bisous


Mon Grenier