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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 00:39





Le documentaire :

Monika Hertwig est la fille d'un chef nazi ayant dirigé le camp de Plazow, à Cracowie en Pologne. Née en 1945 elle n'a jamais connu son père, celui-ci fut pendu. Amon Goeth, ce monstre, avait une villa qui surplombait le camp, y vivait avec Ruth, son épouse, et mère de Monika. Ils avaient à leur service deux jeunes femmes juives, dont Helen Jonaz-Rosenweig. Cette dernière fut choisie par Goeth parce qu'un jour, il l'avait vu laver les vitres un jour de soleil, et que pour lui, c'était un signe que cette juive n'était pas si mauvaise.
Monika ne connaît donc son père qu'au travers de ce qu'on lui en a dit, de ce que sa mère lui en a dit, de ce que l'histoire lui a appris, de ce que le cinéma lui a raconté à travers La Liste de Schindler, de Steven Spielberg.
Helen fut sauvée par Schindler. Elle s'est mariée, a émigré aux USA, a eu des enfants. Son mari s'est suicidé 35 ans plus tard, car il ne pouvait plus vivre hanté par ce qu'ils avaient vécu durant l'holocauste.
Quand Monika entend parler de Helen, qu'elle découvre qu'il s'agit de la jeune juive ayant vécu avec ses parents, elle décide de la contacter, de la rencontrer.
Cela se passe à Cracowie, sur les lieux même du camp de Plazow, devenu un mémorial. La rencontre est particulièrement émouvante, encore plus parce que l'une redécouvre la villa de Goeth pendant que l'autre apprend.


Ce que j'en ai pensé :

Monika ressemble beaucoup physiquement à son père, Amon Goeth. Moralement, elle est calme, posée, mais d'une sensibilité extrême. Elle s'est mariée, a eu une fille qui a des soucis de drogues. Elle s'occupe, avec son mari, de son petit fils, David, donne des conférences, se rend dans les écoles, parle de son père, de la guerre, de ce qu'elle n'a pas connu, parce qu'elle est la fille d'un bourreau.
Monika avoue ne ressentir aucune pitié pour les enfants des bourreaux, elle ne se sent pas comme eux. Elle a vu la mort de son père, sur un film. Il fallut le pendre trois fois avant qu'il ne meurt. Monika, comme le dit si justement Helen à sa fille, Vivian, a intégré le fait que son père est un assassin, mais elle ne pardonne pas à sa mère d'avoir aimé un tel homme, d'avoir vécu au milieu de ce camp, une vie luxueuse alors que juste à côté des juifs mouraient, parce que Goeth aimait ça. Il est toujours plus facile d'accepter que quelqu'un soit un monstre, que d'accepter que des gens aient pu aimer ces monstres. Je comprends la colère de Monika contre sa mère.
Elle explique à Helen qu'elle ne parle de ses parents qu'en le nommant par leur prénom, que c'est sa grand mère qui lui expliqua qui était son père.
La démarche de Monika envers Helen est très importante. Une nécessité, un besoin. Elle admire cette femme, sûrement comme une héroïne, un modèle humain.
Helen parle de son histoire à Plazow. Elle a connu Schindler, elle a été sauvée par lui. Elle sait que tous les nazis n'étaient pas des monstres comme Goeth. Alors, quand Helen reçoit la lettre de Monika, elle accepte cette rencontre pour elle-même, aussi bien que pour Monika. Pour Helen, c'est retourné sur les lieux d'une souffrance sans pareil, c'est aussi affronter un passé révolu, et sans doute remettre les choses à la place qui leur est dû.
Le contact téléphonique à Cracowie entre les deux femmes est chargé d'émotion, sans doute plus du côté de Monika. Il est évident que cette dernière porte le poids des actes de son père même si elle n'est nullement responsable. Helen le sait, et la rassure. Monika a conscience des horreurs perpétrées par son père, mais elle a besoin qu'une personne lui dise ; Helen a toute la confiance de Monika, incroyable non ? Monika sait, j'en suis convaincue, qu'Helen est / était la personne qui lui dirait la vérité sur son père.
Quand les trois femmes se rencontrent (Monika, Helen, et Vivian, la fille d'Helen), l'émotion est au rendez vous. Monika a beaucoup de mal à s'arrêter de pleurer, il faudra les gestes amicaux d' Helen pour l'apaiser et lui montrer qu'elle n'est pas en présence hostile.
Il n'y a pas chez Helen un désir de vengeance, mais plutôt un désir de dire la vérité à cette enfant, sur son père. Car même si Monika a 60 ans quand elle rencontre Helen, Monika reste une petite fille qui a besoin de savoir, aussi bien que d'être rassurée.
Les gens ne se rendent pas forcément compte de ce que certaines paroles peuvent engendrer. Un jour où Monika était en colère contre sa mère, elle lui a dit des mots méchants, et Ruth n'a rien trouvé d'autre à dire à la petite fille qu'elle était le portrait de son père et qu'elle finirait comme lui. C'est à ce moment que Monika a voulu savoir comment son père était mort et pourquoi sa mère avait dit cela. Plus tard, quand elle rencontrera Schindler, celui-ci la regardera et dira "tu es bien la fille de ton père" ... mais Schindler parlait de son visage.
Quand Monika raconte cela a Helen, cette dernière lui explique qu'elle n'est pas son père, qu'elle a le choix d'être différente, et qu'elle est différente. Je pense que c'était important pour Monika d'entendre cela de la part d'Helen.
Elles se séparent un moment, chacunes pour se reccueillir. Helen a perdu sa famille, son amoureux à Plazow.
Monika, Helen et Vivian vont ensuite se rendre à la villa. L'émotion est vive pour Helen. Et c'est au tour de Monika d'être celle qui apaise. Retrouver les lieux maudits des jours maudits n'est pas une mince affaire. Helen est effondrée. Monika remarque que la peur est toujours dans les yeux d'Helen quand elle parle de Amon Goeth, quand elle explique qu'il avait ses habitudes, qu'elle savait en fonction du chapeau qu'il mettait le matin de quelle humeur il était et s'il allait tuer quelqu'un pour le plaisir de tuer. Helen explique à Monika, elle parle de Ruth contre qui, elle n'a rien à dire.
Il y a un moment très fort aussi dans la villa. Monika raconte à Helen ce qu'on lui disait des raisons des nazis d'avoir exterminé les juifs, Helen la coupe, elle lui parle comme à une enfant, en lui expliquant que l'on ne devait pas répéter les mensonges, que la seule raison que les nazis ont eu de tuer les juifs, c'était simplement qu'ils étaient juifs, le reste n'est que prétexte pour atténuer les crimes.

Alors que Vivian est assez en retrait de cette aventure, à un moment, Monika s'adresse à elle parce qu'elle se sent, non pas agressée, mais qu'elle a l'impression que Vivian doit penser que c'est une sale fille de criminel etc. On sent toute la souffrance qu'à Monika d'être la fille de Amon Goeth, la peur d'être haîe par les victimes de son père, par les descendants des victimes. Là encore, Helen saura la rassurer.

Le voyage, la rencontre aura été, à mon sens, bénéfique pour les trois femmes. L'une pour connaître la vérité de la bouche d'Helen, l'autre, pour affronter son passé douloureux, et la troisième, pour toucher à ce passé.

Vivian souligne que, bien qu'elle n'ait pas connu l'holocauste, bien qu'elle soit consciente que jamais elle ne pourra ressentir les peurs de sa mère, elle a toujours ressenti l'émotion qui animait les survivants, de manière inexplicable.

Un documentaire nécessaire où la haine n'a pas sa place ni la vengeance. Une rencontre entre une victime et la fille d'un bourreau faite de respect.

Une belle leçon d'espoir.
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commentaires

A
<br /> <br /> error: c etait pas a Plazow a Cracovie  mais a płoszów, ville a cote de łódź.<br /> <br /> <br /> <br />
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N
<br /> <br /> quel courage pour ces deux femmes d'affronter ce passé "trop lourd" et "douloureux" - mais nécessaire - ce documentaire m'a bouleversé - je ne pensais pas qu'il pouvait exister de tels monstres<br /> .. et pourtant - malgré cela, encore aujourd'hui, le monde crée à nouveau de tels criminels .. que fait-on ?? les génocides existent encore  ...<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> et oui ... étrangement, l'histoire se répète à plus ou moins grande échelle, quoi que certains disent ou pensent ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> personne ne nait monstre<br /> <br /> <br />
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C
<br /> non, sans doute ... mais il est facile de le devenir ...<br /> <br /> <br />
C
Poignant. Je n'ai pas vu ce documentaire mais j'aime y voir là ce bouleversements des sentiments, tu as raison de le souligner, c'est très encourageant.
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C
<br /> oui c'est encourageant<br /> <br /> pleins de bisous<br /> <br /> <br />
F
J'ai de nouveau accès à OB, mon FAI est réparé Bisous et merci de tes passages en mon absenceAmitiés, Flo
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C
<br /> tu sais quoi ma belle, je ne sais pas ce que c'est que le fai ... mais je suis contente que tu es de nouveau accès à ob;)<br /> <br /> plein de bisous<br /> <br /> <br />