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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 05:35

Le livre :

Eléonore et Sébastien arrivent à Paris après avoir passé quelques années en Suède. Eléonore y était mariée avec un aristocrate qui a fini en prison. Ils n'ont jamais travaillé, vivent en pique-assiette, se servant des uns et des autres.
Parallèlement, Sagan nous livre ses impressions d'auteur sur la manière dont elle écrit cette histoire, sur les sujets qu'elle aborde.

Ce que j'en ai pensé :

Eléonore et Sébastien n'en sont pas à leur première apparition dans l'oeuvre de Françoise Sagan. Ils étaient les protagonistes de Un château en Suède, dont le téléfilm avec Jeanne Moreaux et Guillaume Depardieu fût diffusé récemment sur ARTE.


Eléonore et Sébastien forment un duo quasi incestueux. Ils ne peuvent vivre l'un sans l'autre. Il n'est pas rare qu'ils dorment ensemble.
Les deux protagonistes vivent au gré de leurs aventures amoureuses. Tantôt celles d'Eléonore, tantôt celles de Sébastien. D'ailleurs, peu importe le sexe du partenaire, on apprend que Sébastien sert leur cause, et qu'il n'a pas de problème à coucher avec des hommes, si cela leur est utile. On sent pourtant que ses faveurs sont quand même tourner vers les femmes. [Sébastien Van Milhem était, d'une certaine façon, comme le vieux père Karamazov. Il trouvait quelque chose à toutes les femmes. Et même, il avait aimé beaucoup plus les défauts physiques de certaines femmes que leurs qualités. Pourvu qu'elles ne lui parlent pas, ni gaiement ni tristement, il n'avait jamais été rebuté par des hanches trop pleines, un cou détendu ou une main frippée. Il pensait que l'amour, le noir amour, n'avait aucun rapport avec Miss France, mais plutôt avec Gilles de Rais, Henri VIII, Baudelaire et sa lourde mûlatresse. Il savait que  nombre de ces grosses femmes mal fichues avaient tenu en laisse énormément d'hommes - parfois de génie - uniquement par l'acceptation triomphante qu'elles avaient, elles, de leur propre corps, comme d'un ami, d'un animal dévoué aussi bien à leur plaisir qu'à celui de l'homme, un corps amoureux, quoi, de l'amour. Et chaud. C'était tout ce que les hommes souhaitaient : se cacher, en le provoquant, dans le plaisir de quelqu'un, être le maître, le valet, le battu et le battant.]
Il est évident que s'ils pouvaient se suffire à eux-mêmes, Eléonore et Sébastien ne vivraient que pour eux, loin du monde. Seulement pour vivre, il faut de l'argent, et comme ils ne travaillent pas, n'ont jamais travaillé, et n'envisagent pas de le faire ... sauf Sébastien, une fois, pour son ami Robert qui finira par se suicider. Mais il ne faut pas se leurrer, le travail de Sébastien est pure esbrouffe. Pas question pour lui de s'abandonner au monde du travail, de tout lui donner et tout lui consacrer.
Si Sébastien se décide à "travailler" c'est parce qu'ils n'ont plus d'autres solutions. Eléonore n'a pas de riche amant sous le coude et Sébastien a quitté sa fortunée maitresse. Pourquoi ? Parce qu'il s'installait dans l'idée d'une satisfaction de la situation. Comment dire ... il entrait avec dans une routine, s'habituait à une certaine situation, songeant même à une relation dans la durée qui impliquait autre chose que leur état d'esprit. Il me fait penser à Valmont, qui fou d'amour pour la "Présidente", ne supporte pas que la Marquise de Merteuil mette des mots sur ce qu'il vit. Elle le raille, lui met le nez sur son amour, lui le séducteur. Il va ainsi s'acharner à détruire sa relation d'amour, pour se prouver et prouver à Merteuil, que non, il n'y a pas d'amour, que c'est une femme de plus et seulement cela.
Sébastien porte le couple qu'il forme avec sa soeur. Il est sans doute celui qui le fait vivre, le dominant.

Eléonore vit dans son univers bien à elle. Elle lit des romans et ne s'inquiète nullement du reste, à Sébastien de trouver des solutions. Eléonore papillonne. Son mari suédois est en prison, elle couche avec le jardinier de la très riche Nora, le préférant à des riches moins intéressants, s'offre les plaisirs d'un jeune premier ... jusqu'au jour où, Robert se suicide, et que le couple frère-soeur s'éloigne du jeune premier. En effet, Robert s'émouvait de Bruno, envers qui il avait des sentiments amoureux. Découvrant qu'Eléonore et ce dernier, non seulement fricottaient, mais le mettaient à l'écart de cette passion, Robert reçut un grand choc. La mort de leur ami mis un terme de manière tacite entre les deux amants. Eléonore traverse la vie au gré de ses envies et de ses besoins. A la fois lumineuse et effacée, elle prend cependant le pas sur son frère, justement à cause de cela, cette double facette qui fait que malgré sa discrétion, elle est celle qui brille. Elle n'a pas besoin de se forcer, de jouer, d'éblouir, puisqu'elle est tout cela. Sébastien provoque, joue, il doit attirer la lumière sur lui.

A leur manière Eléonore et Sébastien sont chacun une partie d'un tout. Comme un yin et yang.


Mais le roman consacre autant de pages aux aventures de ces deux suédois émerveillants qu'aux réflexions de F. Sagan sur son roman, sur la littérature en général.
C'est une invitation à la regarder travailler, à voir de quelle manière un livre s'écrit, peut se construire, avec ses coupures, ses manques d'envie, d'idées, les nécessités d'accélerer l'écriture.
Elle montre aussi que rien n'est aussi simple que cela. Il lui faudra une année pour écrire ce petit livre, une année qui ne sera pas pleine d'écriture, non loin de là.
Sagan nous montre la différence évidente qu'il peut exister dans le roman entre ce que l'on voudrait écrire et ce que l'on finit par écrire. J'ai souvent eu la sensation qu'elle attendait que ses propres personnages lui soufflent l'idée de la vie qu'ils voudraient avoir sous sa plume, plutôt que de leur donner l'existence qu'elle aurait choisi.
Chaque détail doit être pensé. Elle s'amuse à raconter à son lecteur que ... si elle fait ceci, elle sera inévitablement cataloguée dans "auteur à" ... et si elle fait autre chose, ce sera dans une autre case, parce qu'ainsi va l'humain, il met les gens dans des cases, à croire que cela le rassure. Il faut cloisonner, c'est essentiel.
Sagan nous fait aussi partager quelques moments de sa vie personnelle qui se produisent au moment de l'écriture, introduisant un côté auto biographique dans ce livre.
Elle n'hésite pas à nous donner ses sensations sur les lecteurs qui se retrouvent dans ses personnages, puisqu'un personnage répond à un "type" et que, nous avons forcément à des degrés divers des choses de ce "type". Parfois, je me suis demandée s'il n'y avait pas eu un agacement pour elle, ces gens persuadés qu'ils sont comme les personnages, persuadés de s'être retrouvés, persuadés d'avoir tout compris.  Rassurez-vous, dans mes chroniques, je ne suis nullement persuadée d'avoir tout compris ... je ne fais que livrer mes impressions. Je ne sais que trop, que la différence entre le message décidé par l'auteur et la réception par le lecteur peut être à des années lumières, qu'un lecteur y voit, peut y voir des choses que l'auteur n'aurait pas pu imaginé, tout cela n'est dû qu'à une question de réception, une question de vécu personnelle aussi, et bien sûr d'humeur au moment de la lecture.
Sagan met aussi de ses réflexions personnelles, notamment sur le suicide. [ Ce que l'on met en miettes en se tuant, ce n'est pas seulement le coeur des gens, leur tendresse pour vous, le sens de leurs responsabilités vis-à-vis de vous, c'est aussi leur raison initiale de vivre et qui n'est rien, s'ils y pensent vraiment, sinon un souffle et ce battement au poignet et parfois, ce regard ébloui devant un jardin, un être humain ou un projet, si bête soit-il. Ca jette tout par terre. Les suicidés sont très courageux et très coupables. J'en ai trop aimés pour les juger définitivement et d'ailleurs comment pourrais-je juger qui que ce soit ? Mais certaines décences, comme celle d'un accident simulé et bien sûr solitaire, me paraissent quand même plus humaines, plus gentilles - le mot est faible et c'est bien pour ça qu'il me plaît - que cette façon de vous jeter son cadavre au visage en vous disant : "Tu vois, tu n'as rien pu empêcher."]


Un livre vraiment très différent de ce que j'avais lu jusqu'à présent. Sagan, cela me faisait peur, je n'avais jamais osé mettre mon nez dedans, c'est comme pour Duras. Il m'aura fallu l'apprivoiser un peu pour oser plonger dans leur jardin. Le téléfilm m'a permis de l'apprivoiser un peu, de la rendre moins inaccessible pour moi.


C'est en voyant ce film, que j'ai voulu lire Les Bleus à l'âme. Merci à Claire de m'avoir offrir mon premier Sagan, lors de notre visite au Musée de l'Erotisme.















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commentaires

RanDom 06/12/2008 13:11

Moi aussi, j'ai besoin d'apprivoiser un livre avant de le lire. Quand j'ai le coup de foudre pour un auteur, je suis ensuite capable de lire toutes ses oeuvres, presque dans la foulée, dans un souffle. Mais à côté de la littérature, j'ai aussi beaucoup de livres d'histoire à lire. Il y a donc des périodes propices pour la lecture de polars, de littérature et d'Histoire... En ce moment, j'entre dans une période de lecture d'Histoire. C'est peut-être l'approche de Noël qui fait ça, mais je suis jaloux de l'émerveillement qu'éprouvèrent mes élèves à propos de l'Egypte, émerveillement que j'avais ressenti à leur âge et qui me donna l'envie d'être professeur d'histoire à mon tour. Alors pour retrouver cet émerveillement et ne pas tomber dans la routine du prof aigri, je vais replonger dans des lectures antiques bien éloignées de Sagan... Pour qui j'ai tout de même du respect parce que je la "rencontre" de temps en temps sur les ondes radios ou sur quelques pages de mes revues.

Catgirl 06/12/2008 18:46


quand j'aime, je ne veux pas tout lire d'un seul coup, j'ai besoin de savourer, j'en lis un bout ... et je vais vers autres choses, en sachant qu'au moment voulu,
je pourrais revenir vers ce que j'aime sans craindre de déception

bonne lecture Damien :0010:


Flo-Avril 05/12/2008 13:23

Bisous ma Cat, amitiés, Flo

Catgirl 05/12/2008 19:08


bisous Ma Flo


rene 05/12/2008 01:50

tu raconte tres bien cette oeuvre surement a lire
Bonne journée du vendredi amitiés de canton
Qing et rene
A bientôt sur: http://belgique-chine.over-blog.com
La Chine hors des sentiers battus, par le tourisme.

Catgirl 05/12/2008 06:24


bisous vous deux :0010:


Claire Ogie 04/12/2008 13:17

Contente de cet échange de premières lectures, autant pour toi que pour moi. ;-)C'est amusant ce doute que tu avais, lorsque j'ai une inquiétude au sujet d'un livre, ce n'est généralement pas à cause de l'auteur, mais plus pour le sujet traité ou la façon dont il est traité, si trop complexe à aborder par exemple. Mais cela est sans doute dû à mon inconscience habituelle, je me jette souvent sur des auteurs et des livres dont je ne sais rien même s'ils sont connus.

Catgirl 04/12/2008 17:59


il y a des auteurs que j'ai besoin d'apprivoiser, j'ai besoin d'être prête pour lire certains livres. j'achète beaucoup de livres, et certains je n'arrive à mettre
le nez dedans que plus d'un après, parce que j'ai besoin d'apprivoiser l'objet, je sais pas c'est comme ça.

je choisis souvent des livres, comme des films sur un titre ;) cela me parle



Flo-Avril 04/12/2008 12:02

C'est un livre superbeAmitiés, Flo

Catgirl 04/12/2008 17:57


bisous ma flo


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