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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 06:28

A lire aussi.

Maus, avant propos sur le livre.

Maus, une histoire de la Shoah, première partie.


Les familles juives veulent protéger leurs enfants et choisissent quand elles le peuvent, de les mettre en sûreté. C'est ce que font Vladek et Anja pour Richieu. Mais il ne sera pas épargné.

 



Vladek raconte les juifs qui se cachent, les dénonciations dont ils font l'objet, par d'autres juifs, mais également l'aide des juifs bien placés.


Il y aura les polonais qui cachent pour de l'argent et qui dénoncent dès que l'argent a fondu. La fuite, le sursis, les fausses identités, les dénonciations, la fuite encore, jusqu'à la promesse d'un avenir meilleur, ailleurs, avec des passeurs. Mais ces derniers, à la solde de la gestapo, et une clandestinité prend fin pour la déportation. Vladek et Anja sont séparés, le train, la survie dans le train, le tri à l'arrivée dans les camps, l'organisation quand on a réussi à être du bon côté. La rudesse, les stratégies, le troc, les arrangements. (cf Si c'est un homme de Primo Levi).


Art Spiegelman, à travers le récit de son père, dans ce témoignage unique et universel, montre que ceux qui sont revenus des camps ne sont pas ceux qui ont été les plus forts, les plus rusés, ceux qui sont revenus des camps, ce sont ceux qui ont eu de la chance, et la vie de leur côté, qui ont eu les circonstances de leur côté. Art Spiegelman ne peut nous livrer que la version de son père, ce dernier ayant détruit les carnets de Anja. Il s'agit d'un témoignage, une histoire de la Shoah parmi tant d'autres. Pourtant, cette histoire parmi d'autre montre bien qu'il n'y a pas eu de surhommes dans ces camps, mais juste des hommes.


Art Spiegelman nous montre également, que, malgré tout ce qui est arrivé, malgré toutes les horreurs du monde, la vie se reconstruit toujours, s'organise toujours, peu importe où, peu importe comment, mais les hommes reproduisent toujours ce qu'ils connaissent, inéluctablement.


Art Spiegelman n'as pas le récit de sa mère, qui s'est suicidée quelques années auparavant. Vladek est particulièrement tourné vers lui, dans son récit. Il ne laisse que peu de place pour Anja, se fâche quand Art insiste pour savoir comment sa mère vivait les choses. Son père lui renvoie l'image d'une femme fragile, alors pourquoi avoir détruit les carnets de celle-ci, y a-t-il découvert des choses après sa mort qui l'ont dérangé ? S'est-il rendu compte qu'il s'était trompé sur elle ? N'a-t-il pas voulu que son fils sache ce qu'elle avait vécu, quel regard elle avait porté sur la Shoah ? Quelle peur, quelle souffrance elle avait dû endurer ?


C'est intéressant de voir que, dans son récit et ses dessins, Art Spiegelman reste neutre vis-à-vis d'elle, il ne la trahit pas, ne raconte pas ou peu de choses. Mais ce qui est sûr, c'est qu'Anja est sortie vivante des camps, qu'elle n'est pas morte là-bas, malgré sa fragilité. Cela me laisse aussi a penser qu'elle a su se débrouiller seule, trouver des arrangements aussi, sans l'aide de son mari. L'instinct de survie est plus développé chez certaines personnes que chez d'autres. Et n'oublions pas qu'avant la guerre, elle traduisait des tracs pour les communistes. Anja reste une sorte d'icône, une image presque intouchable qui a emporté ses secrets avec elle, dans son suicide. Le geste deVladek, de brûler les carnets d'Anja, résonne en moi d'une étrange manière. C'est comme si elle était morte brûlée à Birkenau, gazée puis incinérée. Et peut-être que la véritable Anja est morte à Birkenau, peut-être elle-même morte avec ce fils chéri, Richieu. Les gens peuvent vivre, alors qu'ils sont morts à l'intérieur.


Vladek et Anja se sont retrouvés avant la fin de la guerre et la libération du camp. Elle était à Birkenau, et lui à Auschwitz. Chacun travaillait dans son camp. Anja a été libérée par les russes et est rentrée à Sosnowiec, ce qui ne fut pas le cas de Vladek. Lui et les autres prisonniers ont quitté Dachau pour servir d'échange de prisonniers à la frontière Suisse, mais les nazis continuaient à les fusiller en route. L'arrivée des Américains les libéra une bonne fois.


Quand Vladek est retournée en Pologne à Sosnowiec, il a compris qu'ici, être juif pouvait encore être signe de mort. Alors, quand Anja et lui se sont retrouvés, ils ont migré pour arriver aux USA.


Le livre d'Art Spiegelman est indéniablement tourné vers la vie. Montrer que la vie continue, quoi qu'il arrive, où que cela arrive, la vie continue.


La guerre déclenchée par Hitler ne s'est jamais réellement terminée dans la tête de certaines personnes. L'antisémitisme reste une chose ancrée dans la société. La peur du juif, la diabolisation du juif, la caricature du juif servent les gens qui ne veulent comprendre ou accepter leurs responsabilités dans les événements. Ils se servent des juifs comme bouc émissaire. Cependant le juif d'Israël répond à ces peurs par une autre peur, celle de revivre un autre pogrome, une autre Shoah. La recherche des criminels de guerre nazis est toujours d'actualité. Mais je m'interroge beaucoup sur ce qui est arrivé une nouvelle fois en Israël,  où des civils palestiniens sont morts sous des bombes israëliennes. Le Hamas fait de ses citoyens des martyrs pour leur cause. Le gouvernement israëlien tue des palestiniens civils pour punir le Hamas. Et si Israël, inconsciemment, dans sa peur de l'autre, se vengeait sur les palestiniens de sa propre histoire ?


Cf, les Citronniers, de Eran Riklis.


A venir : Maus, la culpabilité du survivant, (première partie).

              Maus, la culpabilité du survivant, (deuxième partie).



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commentaires

qing et rene 02/02/2009 02:32

Bonjour depuis canton (Guangzhou) Sud de la chine.
Bonne journée du lundi amitiés de canton
Qing et rené
A bientôt sur: http://belgique-chine.over-blog.com
La Chine hors des sentiers battus, par le tourisme.

Catgirl 02/02/2009 07:23


:0010:


:0091: lili Flore :0010: 01/02/2009 22:32

Pour te remercier de ton commentaire pendant ma pause je te dépose des bigs bises   pour le tableau sur mon blog, je t'ai répondu sur mon blog et ajouter un plus à l'article

Catgirl 02/02/2009 07:23


oui j'ai vu que tu avais ajouté la précision dans ton article !!

:0010:


qing et rene 01/02/2009 01:47

Bonjour depuis canton (Guangzhou) Sud de la chine.
je me suis fait la meme reflexion que toi, les juif aurais oublier leur histoire ???
Bonne journée du dimanche amitiés de canton
Qing et rené
A bientôt sur: http://belgique-chine.over-blog.com
La Chine hors des sentiers battus, par le tourisme.

Catgirl 01/02/2009 08:19


il m'est arrivé de lire des livres sur la jeunesse des israéliens, et ils ne vivent pas comme nous ... je crois qu'ils sont eux aussi les survivants d'une histoire
qui appartient à un passé qu'ils n'ont pas connu ...

bisous


RanDom 31/01/2009 19:03

Je repasse ici parce que je me rends compte que j'ai beaucoup trop réfléchi ce matin, à partir de la conclusion de ton article. Alors je ne voudrais pas que "mon éclairement", comme tu dis, soit pris pour une leçon mais plutôt comme un avis qui ne tient qu'à moi. Dans ta réponse, je me rallie à toi, lorsque tu parles de cette "peur de se voir à nouveau anéantir qui engendre certaines décisions radicales et totalitaires" et il n'y a pas de contradiction entre ta réponse et mon commentaire. Je ne nie pas que cette peur existe. Mais elle n'existe pas par elle-même, à cause d'une Histoire qui serait indélébile. Elle existe parce que nous savons l'entretenir : trop de mémoire, pas assez d'oubli, empêchent d'avancer. Je ne dis pas qu'il faut oublier, mais je crois qu'il y a, dans la jeunesse d'Israël, assez de bon sens pour faire la différence entre ce qui s'est passé en 39-45 et ce qui se passe aujourd'hui, en 2009. J'ai cet espoir. Mais bien sûr que la peur est présente, parce que les attentats existent ! Alors si la solution est d'organiser une guerre préventive (concept très en vogue du temps de Bush), c'est sûr que la stratégie est mauvaise, c'est comme donner le bâton pour se faire battre. N'est-ce pas écrit dans leur Bible, la loi du Tallion, oeil pour oeil, dent pour dent ? Qui mettra fin à ce cycle de vengeances ? Le camp qui fera ce pas se grandira au lieu de se rabaisser à seulement massacrer.Je t'écris ça comme ça me vient, il n'y a pas volonté de t'éclairer mais de te partager quelques idées qui me traversent l'esprit, parce que ta question fait écho en moi. J'y réfléchis en tournant en rond...Je ne crois pas qu'un Etat fonctionne comme un individu, et je ne crois pas que la peur existe en tant que telle. Je pense au contraire que l'Etat est organisé par un réseau d'individus et que la peur elle-même est organisée. Je suis très vigilant quant à la manipulation de l'Histoire. Parce que l'Histoire n'offre aucune leçon, par contre, elle est utilisée à des fins qui peuvent enrichir une société démocratique ou au contraire soutenir un régime totalitaire. Il faudrait, comme on apprend l'histoire, apprendre aussi à oublier. Pour construire un avenir de paix entre peuples voisins.Je te souhaite une bonne soirée. Gros bisous.

Catgirl 31/01/2009 19:11


je n'ai pas pris ton com comme une leçon mais bien comme un avis que tu me fais partager.

Je comprends ce que tu dis. Et je ne crois pas non plus que l'état s'assimile à l'individu, c'est bien pour cela que je fais la différence entre victime / bourreau, et la peur qui entraine des
mesures préventives.

Mon regard sur la Shoah a évolué au fur et à mesure que j'ai avancé sur mon chemin. Je ne porte plus le même regard sur cette Histoire. J'ai conscience de ce qui est arrivé, et que ce n'est pas
aussi simple que les méchants allemands qui ont tué les gentils juifs. Rien n'est simple.

;) et ne t'inquiète pas, je ne prends pas tes coms comme des leçons, mais bien comme des éclaircissements.

:0010:


Jean-Yves 31/01/2009 12:57

Je suis d'accord avec toi, cette bande dessinée - malgré l'histoire, est optimiste sur l'avenir : elle ne dit le passé que pour le comprendre, se l'approprier pour poursuivre la route future. Sans se faire non plus d'illusions...

Catgirl 31/01/2009 17:03


oui, c'est ce que l'on ressent dans cette bd, en tout cas, c'est ce que j'ai ressenti. Pas d'amertume sur ce qui était arrivé. Par contre, les non dits eux ont
surement causé plus de violence intérieur.

bisous


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