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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 06:31
A lire :
- Avant-propos sur Maus d'Art Spiegelman.
- Une histoire de la Shoah, première partie.
-Une histoire de la Shoah, deuxième partie.


Je ne sais plus qui a dit ni où je l'ai entendu, peut-être Simone Veil, mais ce que cette personne disait, c'est que le véritable survivant de la Shoah, n'était pas celui qui était sorti vivant des camps de la mort, le véritable survivant de la Shoah était la génération qui naîtrait de ceux qui sont sortis de ces camps.

Après avoir fermé Maus, j'ai pensé à Inhéritance (Mon père, cet assassin), où la fille de Helen Jonaz-Rosenweig ressentait ce que j'appelle la "culpabilité du survivant", celle de vivre avec une histoire qui n'est pas la sienne. Car, la Shoah, c'est bien l'histoire de leurs parents, de leur famille, mais pas leur histoire à eux, eux qui sont le fruit de la survivance.

Art Spiegelman insère dans son livre, une de ses B.D. Prisonnier sur la planète ENFER. Une courte bande dessinée très parlante, où Art Spiegelman évoque le suicide de sa mère, les sourdes accusations des autres, l'incompréhension, et sa propre colère. La manière dont Spiegelman aborde le souvenir de sa mère, à travers cette oeuvre montre combien elle était "in-vivante". Elle se raccrochait à ce fils qui lui restait, mais probablement rongée par la culpabilité de n'avoir pas su / pu protéger ce premier fils, Richieu.




Beaucoup de juifs sont morts dans leur âme dans les camps nazis. Sortir physiquement vivant d'un lieu, ne signifie pas que l'on est vivant à l'intérieur de soi. Beaucoup ont repris une vie en étant des "in-vivants". Beaucoup ont essayé de vivre, et ont fini par se suicider. Je suppose que Anja ne pourvait plus être une "in-vivante". C'est pour cela qu'à mon sens, les véritables survivants de la Shoah, sont ceux qui sont nés des vivants et des "in-vivants".

Anja a dû supporter la mort de son enfant, qu'y a-t-il de pire pour un parent que de perdre son enfant ? Bien sûr, je ne fais que supposer, la culpabilité d'Anja d'avoir survécu et non son fils aîné.

Dans la B.D. de Spiegelman, le mot "culpabilité" est prononcé ou suggérer.



Vladek ne semble nullement rongé par la culpabilité. Art Spiegelman évoque son soucis à montrer son père tel qu'il est, une véritable caricature du juif, pingre, avare, acariâtre et raciste. Il culpabilise. Vladek n'est tourné que vers lui-même. Tout au long du récit, le lecteur voit de quelle manière il manipule les gens pour obtenir ce qu'il souhaite. Malgré les K7 audio enregistrées tout au long des conservations entre Vladek et son fils, la mise en dessin de ces conversations, le lecteur ne doit pas être dupe, car si les mots sont là, si les gestes sont là, la manière dont ils sont dessinés, reproduits impliquent toujours une suggestion de la part de l'auteur. Ce dernier nous donne aussi sa version, comment il a vécu les faits, comment il retransmet le récit de son père, leur propre histoire.



Vladek est un personnage complexe. Il raconte la Shoah, comme une aventure. La manière dont Spiegelman nous le montre âgé, n'est pas différente de la manière dont Vladek se dépeint jeune. Cela m'a mis mal à l'aise au début, j'avais l'impression d'être dans un autre temps, mais c'était un autre temps. Vladek n'aura pas évolué dans le court de sa vie, en tout cas, on ne le dirait pas. Même ruse pour parvenir à ses fins, mêmes mensonges, mêmes triches.



A venir : Maus ou la culpabilité du survivant (deuxième partie).




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commentaires

Lau 05/05/2009 16:10

Très fort, ce livre, touchant, troublant.

Catgirl 05/05/2009 18:04


un très bon livre, un très beau cadeau !


qing et rene 06/02/2009 03:07

Bonjour depuis canton (Guangzhou) Sud de la chine.
Bonne journée du vendredi amitiés de canton
Qing et rené
A bientôt sur: http://belgique-chine.over-blog.com
La Chine hors des sentiers battus, par le tourisme.

Catgirl 06/02/2009 07:46


Bonne journée :0010:


qing et rene 05/02/2009 03:19

Bonjour depuis canton (Guangzhou) Sud de la chine.
bel article
Bonne journée du jeudi amitiés de canton
Qing et rené
A bientôt sur: http://belgique-chine.over-blog.com
La Chine hors des sentiers battus, par le tourisme.

Catgirl 05/02/2009 08:04


bonjour vous deux :D


F.C 04/02/2009 22:54

Bonsoir,
je tenais à vous remercier pour m'avoir acueilli dans la communauté "chronique de nos lectures". Je tâcherai d'y publier un article dès cette semaine ! A très bientôt.

Catgirl 05/02/2009 08:03


Bonjour F.C,
je suis passée sur mon autre blog, qui régit la communauté, et j'ai vu que quelques blogs étaient en attente, j'ai donc fait un tour chez vous, et j'ai validé votre inscription.

Je pourrais créer un forum à partir de cette communauté, mais je ne suis pas sûre d'avoir le temps de la gérer ...

bonne lecture ;)

à bientot ;)


RanDom 04/02/2009 20:54

Bonsoir Cat ! Je ne lis ton article que maintenant, à tête reposée. Je rebondis d'abord sur le commentaire de Jean-Yves. Spiegelman est l'auteur de nombreuses autres BD dont l'une autour du 11 septembre 2001. Je n'ai lu que Maus parce que j'ai fait d'autres rencontres dessinées entre temps, notamment l'iranienne Marjane Satrapi... Je pense qu'un jour je reviendrai à Spiegelman. Comme le dit Jean-Yves, c'est un dessinateur qu'on ne peut réduire à un seul style, et Maus est une oeuvre à part entière qui se distingue de ses autres BD. Et maintenant, qu'est-ce que ton article m'apporte, lui ? Je le pressentais dans tes articles précédents : je retrouve ici le concept de l'in-vivance. J'ai une certaine conscience de ce sentiment d'in-vivance, de ce que ça peut être, mais cela reste pour moi assez méta-physique, et tu proposes une explication, des exemples, qui nourrissent en moi ce concept. Les rapports entre enfant et mère, le sentiment de responsabilité et de culpabilité, sont des thèmes qui me sont chers. Et maintenant, qu'est-ce que ton article me rappelle ? Eh bien les défauts de ce père (et je parle de père avant de parler de juif). Ce père est comme tous les pères, des hommes. Et il est juif. Être père en ces temps, être juif en ces temps, cela me paraît très différent d'être père aujourd'hui et juif de nos jours, question de contexte, de modernité... 1948 et 1968 sont passés par là. Nous avons passé 2008 et ton article le dit bien : cette BD raconte un autre temps, le lecteur lit cette histoire sans juger des personnages pris dans la tourmente ; oui, au lieu de les juger, nous avons envie de transmettre ce qu'ils nous ont transmis, comme force et comme fragilité. Je ne crois pas que nous tirons des leçons de l'Histoire, de cette Histoire, mais nous en tirons une certaine envie de transmission, de partage. Cela nous offre des repères en ces temps de paix dont nous profitons pour nous forger une conscience pleine de tolérance et de générosité. Et à la lecture de Maus, nous savons que cette tolérance, cette générosité, ce n'est pas si facile, surtout par des temps de crise.Bisous

Catgirl 05/02/2009 08:02


si nous ne pouvons tirer des leçons, car il est évident que nous ne savons pas qu'elle aurait été notre comportement, nous ne pouvons qu'espérer que ... nous
pouvons au moins réfléchir dessus, nous ouvrir à regarder autrement ce qui est arrivé et pas seulement d'un seul coté.

Je ne sais pas si l'expression "in vivant" existe, mais c'est ce qui me semblait le plus approprié pour expliquer ce que je ressens par rapport à tout cela. Je crois qu'il n'y a rien de pire pour
des parents que de perdre un enfant. Je crois qu'il y a une partie d'eux qui meurt avec l'enfant. Certains se laissent envahir par cette partie d'eux et deviennent des in-vivants, d'autres, garde
cette partie en eux, et avec le temps finisse par rebondir, cela les rend plus fort, et peut etre aussi plus sensible à la vie, aux choses de la vie (je pense à Marj') ...

Il n'y a pas de secret pour être père, ou mère. Les parents font toujours des erreurs en essayant de faire ce qu'ils pensent être le mieux pour leurs enfants. Les enfants auront toujours à redire
sur leurs parents ... etc ;)
et puis on ajoute à cela les époques qui évoluent ... c'est difficile tout ça.

Bisous


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