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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 06:12


Le film :


La France vit sous l'Occupation Allemande. Marie se débrouille seule, avec ses deux enfants, pendant que son mari est prisonnier. Elle rêve de devenir chanteuse, elle rêve surtout d'une vie plus confortable où elle ne serait plus obligée de compter. Un jour, sa voisine lui demande de l'aide car elle est enceinte et ne veut pas de l'enfant.
Marie l'aide donc à provoquer une fausse couche.

Peu de temps après, son mari revient, et Marie a du mal à supporter de ne plus être libre. Pourtant elle continue à se promener seule, et finit par rencontrer une prostituée, lui avouant que malgré sa "gueule d'ange", elle est une "faiseuse d'ange".

Les deux femmes deviennent complices. Lucie envoie des clientes à Marie, pour que celle-ci pratique des avortements. Cette dernière améliore ainsi sa vie et finit par déménager. Parallèlement, elle refuse toute intimité avec son mari. Ayant une chambre de trop, elle finit par la louer à Lucie pour ses passes.


Ce que j'en ai pensé :


Claude Chabrol a basé son film sur l'histoire de Marie-Louise Giraud, la dernière femme condamnée à mort et exécutée, en France. Cela se déroule réellement sous le Régime de Vichy durant la Seconde Guerre Mondiale. Cette femme est dénoncée par son mari, puis accusée d'avoir pratiqué des avortements sur vingt-sept femmes à Cherbourg. Nous sommes en 1942, la France est occupée par l'Allemagne nazie, et le gouvernement du maréchal Pétain considère l'avortement comme un crime contre la sûreté de l'Etat, il considère que cette pratique est nuisible à l'unité de la France. La peine de mort devient alors la seule sanction possible. Le procès de Marie-Louise Giraud doit être un exemple pour le reste de la population, c'est un moyen pour le régime de manifester sa volonté de rendre à la France une moralité. Marie-Louise Giraud sera donc condamnée et excutée pour l'exemple.

Loin des  tribunaux, d'un procès retentissant, la réalité est loin d'être criminelle. Les femmes doivent faire face à leurs besoins, aux besoins de leur famille. Les hommes sont prisonniers. Chacun se débrouillent comme il peut. Les femmes ont des aventures et tombent enceintes, il n'est pas concevable d'avoir un enfant qui ne serait pas d'un mari prisonnier, loin de la famille. Et que dire de ces femmes qui n'ont pas eu d'autres solutions que de coucher avec les allemands, la gestapo, celles qui ont été violées.

Personnellement, vu l'époque, je ne vois rien d'immoral à avoir eu recours à l'avortement. Avoir un enfant en période d'occupation, quand on est seule, quand le mari n'est pas là, ce n'est sans doute pas ce qu'il y a de plus facile. Certaines femmes n'ont pas pratiqué d'avortement, d'autres oui. Qui est coupable ? Celle qui pratique l'avortement ? Celle qui a recours à l'avortement ? Personne, personne n'est coupable.

Le film est centré sur Marie, interprêtée très justement par Isabelle Huppert. Cette dernière est légère, elle ne subit pas réellement la guerre, je dirais même que cela l'arrange, puisque son mari n'est plus sur son dos. D'ailleurs, quand ce dernier rentre, il est évident qu'elle ne saute pas au plafond. Elle ne veut plus de lui, elle le subit parce qu'ils sont mariés.
Marie a deux enfants, elle les aime. Ce qu'elle fait, elle le fait pour elle et pour eux.

Je ne suis pas sûre qu'elle se rende réellement compte du danger qu'elle court, en pratiquant ces avortements. Elle n'y voit qu'un moyen de gagner de l'argent facilement pour améliorer sa vie, en utilisant quelque chose qu'elle sait faire. Elle ne voit pas où est le mal.
Quand elle rencontre Lucie (interprêtée par Marie Trintignant), elle se lie d'amitié avec cette prostituée qui la fait rêver par son monde si différent. Elle est impressionnée, et elle veut impressionner cette nouvelle amie. C'est ainsi qu'elle lui raconte qu'elle pratique des avortements. Lucie comprend bien que Marie peut lui être utile. C'est ainsi que cette dernière s'enrichit et parvient à changer de logement.

Son mari sait ce qu'elle fait, il dit à son fils que "ce sont des affaires de femmes". Il accepte tout. Les débauches de Marie, le fait qu'elle le fait ouvertement cocu, sous son propre toit, dans son propre lit, alors que lui-même doit se contenter de la bonne, que Marie paye pour cela. Il doit supporter que deux chambres de leur maison servent de chambre pour des pass. Il accepte tout, jusqu'au jour où il n'accepte plus d'être humilié, rabaissé, ignoré. Il finit par dénoncer sa propre femme au prefet, par une lettre anonyme.

Marie se révèle plus insouciante que dangereuse, plus volubile que calculatrice. Comme le souligne Lucie, plus on a d'argent, plus on en veut. Marie ne se contente pas d'avoir un confort, elle veut plus, elle veut une vie facile. Mais bien mal acquis ne profite jamais.

Lors de son procès, elle ne réalise pas non plus quel mal elle a commis. Marie ne voit pas en quoi cela est un crime de louer une chambre à des prostituées, elle ne voit pas en quoi c'est un crime de se faire payer pour rendre service à des femmes, parce que c'est ce qu'elle fait, elle rend service.

Marie-Louise Giraud sera la dernière femme exécutée en France. En 1981, sous le gouvernement Mitterrand, la peine de mort sera abolie grâce aux efforts et aux plaidoyers de Robert Badinter, alors garde des Sceaux.
Le sort des femmes changera aussi grâce au combat de Simone Veil, pour le droit à l'avortement.

Il faut savoir que lors de la première diffusion du film de Claude Chabrol, il y eut une attentat dans la salle de cinéma, perpétué par des catholiques n'acceptant pas la prière balsphématoire de Marie, au bord d'être guillotinnée. Ils ne supportèrent pas d'entendre "Je vous salue Marie, pleine de Merde, le fruit de vos entrailles est pourri".

Pourtant, dans ces mots reposent toute l'incompréhension de Marie face à sa condamnation.





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commentaires

Une femme Libre 03/07/2015 16:18

Je suis choquée par certains propos tenus par cet article sous-entendant que des femmes en étaient réduites à coucher avec les Allemands pour pouvoir nourrir leur famille et donc que cela pouvait être excusable ! Je suis native du nord de la France où ça a beaucoup cartonné lors des deux derniers conflits mais ni mes mère et Grand' mère ne se sont senties obligées d' en passer par là pour subvenir aux besoins de leur famille ( ma Grand' mère a eu 7 enfants ) ! D'autre part le film est une charge un peu trop féroce contre l' église catholique ! Pas un crucifix ne manque, la prière ordurière, la bonne soeur ricannante ( rien que des mauvaises personnes ces gens la morale étant CACA....Quant à Pétain n' en parlons pas ! Pour protéger les femmes par ailleurs c' est lui qui incitent les naissances sous X ! Dont des bébés nés à l' époque trainent encore douloureusement le poids du secret. On voit d' autre part que le manque de moral a progressé depuis, et que des gamines de 14 ans ignorent encore qu' un homme ça fait des bébés mais pour le reste elles savent. Elles ont la pilule et autres contraceptifs divers et variés mais elles savent qu' en cas de dérapage la SS sera là pour rembourser à 100 % les parties de jambes en l' air qui ont mal tournées tandis que les fauteuils roulants pour handicapés ne sont pas, loin de là, rembourser au même taux et je ne parle pas des autres soins médicaux nécessaires ! Cela dit cette femme ne méritait pas d' être guillotinée et toutes ces péronelles et autres féministes qui continuent leurs combats foireux ( pour la GPA entre autres ) en pensant à la douleur des enfants qui risquent d' être fabriqués dans des ventres anonymes, feraient bien de commencer par jeter au panier la loi sous X. Ras-le-bol la culture de l' excuse et de la facilité. Anormal qu' on en soit encore à 250.000 IVG par an ! Quant on pense que certaines étudiantes trouvent normal de faire les putes pour payer leurs études ! nb : je ne suis ni catho, ni mère la morale, ni contre l' IVG qui devrait être pris en charge qu' en partie pour les étourdies ( la main à la poche les ferait un peu plus réfléchir ) et pour les cas difficiles pris totalement en charge il va de soi !

dasola 07/04/2009 14:56

Bonjour, j'ai eu le plaisir de voir ce film à l'époque (avec ma mère qui en est sortie bouleversée). C'est un des grands Chabrol et l'un des meilleurs rôles d'Huppert. Film terrible mais remarquable de bout en bout. A voir et à recommander. C'est autre chose que Vera Drake de Mike Leigh. Bonne après-midi.

Catgirl 07/04/2009 17:52


qui est véra drake ? qui est mike leigh ?

je me sens inculte d'un seul coup ;=)


Flo-Avril 21/03/2009 13:41

Ah et bien celui là je l'ai vuGros bisous ma Cat, amitiés, Flo

Catgirl 21/03/2009 16:05


bisous Flo


Dam 20/03/2009 20:14

Merci pour ton article : j'aime assez les films de Claude Chabrol, j'aime assez Isabelle Huppert et Marie Trintignant, pour m'intéresser à ton compte-rendu de ce film. Je ne l'ai pas vu. Il est de quelle année ?Tu me replonges donc dans cette page de notre Histoire que tu conclus avec justesse en rappelant Robert Badinter et Simone Veil. J'aime bien ton article qui est simple, juste, qui relie le passé au présent en passant par le cinéma. Bisous de ma visite du soir.

Catgirl 20/03/2009 20:48


le film date de 1988.

merchi et bisous :D


Jean-Yves 20/03/2009 13:39

Les guerres sont des moments - parce les hommes sont absents - où les femmes peuvent se "libérer" de la loi masculine. Sans les guerres, les droits des femmes ne seraient peut-être pas ce qu'ils sont...

Catgirl 20/03/2009 20:46


c'est fort probable ;)


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