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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 07:22




Le film :

RDA. Berlin est.1978. Christiane Kerner est interrogée, chez elle, par la Stasi. Son mari vient de passer à l'ouest. Après deux mois d'asthénie, elle retourne auprès de ses enfants, s'inscrit et s'investit dans le parti, et la vie sociale de sa ville.
Les années passent. 1989. Alex, son fils cadet, remet certaines choses en cause de la RDA. Ariane, son ainée, a eu une petite fille. Les préparatifs du 40° anniversaire de la RDA vont bon train.
Alors que Christiane se rend aux festivités, elle assiste impuissante à une manifestation sévèrement réprimée, dans laquelle se trouve son fils. Sous le choc, elle fait un infartus.
Durant les huit mois que durera son coma, Alex se rend chaque jour à l'hôpital auprès de sa mère pour lui parler. Parallèlement, la RDA s'occidentalise, et les enfants Kerner avec. Alex retrouve Lara, rencontrée lors de la manifestation, juste avant la chute du mur. Ils tombent amoureux.
Quand Christiane sort du coma, Alex décide de ne rien dire à sa mère, sur la réunification. Il craint que ce choc ne provoque un deuxième infartus, qui lui serait fatal.
A partir de ce moment là, il recrée dans la chambre de sa mère, l'univers de la RDA, allant jusqu'à fabriquer de faux journaux télévisés avec son ami.



Ce que j'en ai pensé :

Au mois d'octobre de cette année, nous célèbrons le 20° anniversaire de la chute du mur de Berlin. Déjà 20 ans serais-je tentée de dire ... je me souviens vaguement de cet événement, je me souviens, en fait, que je n'avais que vaguement conscience de ce que cela représentait. Je n'avais pas compris que ce qui se passait en URSS, se passait aussi de l'autre côté du mur, je n'avais pas compris qu'à l'est, les gens n'avaient pas la liberté de penser, de dire, de s'exprimer comme en occident.

Good Bye Lenin ! n'a rien de larmoyant, malgré le début, et malgré la fin. A travers le personnage d'Alex, son regard, le spectateur voit se déconstruire une vie, se construire une autre manière de vivre. Il assiste aussi à une manière d'idéaliser la vie qu'ils ont eu, pour en faire la vie que le protagoniste aurait aimé que lui offre la RDA. Il le dit justement dans le film, que les faux journaux télévisés qu'il offre à sa mère, sont à l'image de ce qu'il aurait rêvé pour la RDA, de la RDA.
C'est ainsi que nous nous retrouvons confronté à un monde qui n'existe plus, un monde devenu réalité, et un troisième monde inventé.

Le monde de la RDA reste un monde assez obscur pour moi. Je m'interroge sur la manière d'enseigner l'histoire au lycée. Je m'interroge également sur la façon dont j'appréhendais cela quand j'avais 18 ans. N'avais-je pas d'autres chats à fouetter qu'à me demander si à l'est, ils étaient surveillés comme en prison ? Remarquez c'est à peu près à cet âge que j'ai découvert ce qu'était l'homosexualité. Il aura fallu que j'arrive à 23 ans pour découvrir ce qu'était concrêtement une banlieue ... et bien d'autres choses d'ailleurs.

Je me garderais donc bien de jeter la pierre à mon / mes professeurs d'histoire du lycée, car il se peut que ce soit moi qui sois passée au travers des cours ... mais en même temps, vu mes notes en histoire, je doute quand même.

Ceci dit, là n'est pas le sujet.

La RDA résonne en moi d'une manière un peu étrange : sportives allemandes aux carrures masculines dopées à mort. Ben oui, misérable cliché véhiculé ...
Sorti de cela, la RDA n'évoquait rien en moi. Alors vous pensez bien, la chute du mur de Berlin, oui et alors ? L'Allemagne réunifié, oui et alors ?
Je crois que j'en étais même à penser que ... les riches étaient à l'ouest et les pauvres à l'est ... mais comment en étais-je venue à penser une telle chose ...

Après avoir vu La Vie des Autres (Merci Damien), je ne dirais pas que ma vie a basculé, mais je dirais que d'un seul coup, je mesurais toutes les conséquences, du moins en parti, de la chute de ce fameux mur. Alors, je dirais Merci Damien, d'avoir enfoncé le clou en me prêtant Good Bye Lenin !

Après avoir découvert ce que faisait la Stasi, je découvrais l'importance de la chute de ce mur et ce que cela allait entrainer dans la vie des berlinois de RDA.

Si ce n'est que le père d'Alex et Ariane soit passé à l'ouest, entrainant la charge totale de la famille par la mère, Christiane, cette famille vit tranquillement, heureuse, du moment, comme dans toutes les familles (faut pas rêver) que personne et surtout pas la vie,  ne vienne nous rappeler notre passé ...

Sur fond d'événement historique, la Chute du mur de Berlin, Good Bye Lenin ! inclut cette notion que nous pouvons bien faire ce que nous voulons pour nier certaines choses, à un moment où un autre celles-ci ressurgissent.

Deux histoires l'une dans l'autre.

La grande d'abord.
Comme un certain nombre d'intellectuels, artistes, notables, le père d'Alex et Ariane est parti à l'ouest. La fuite des cerveaux (vous voyez j'écoutais à l'école ). La Stasi qui fait irruption dans le petit appartement familial, interrogeant brûtalement la maman sur les intentions de son mari. Et puis, Christiane, cette mère courage, abandonnée par son époux, qui s'inscrit au Parti, et s'investit durablement dans cette vie réglementée, rigoureuse.
La Chute du mur. L'occident envahit Berlin Est. Coca Cola, Burger King, les chaines de l'occident, rien n'est épargné à l'ancienne RDA.

En voyant cette débauche de consommation rendue possible, j'ai pensé à notre vie, où la sur-consommation est reine. On n'use plus, on gaspille. On n'use plus, on change pour mieux, plus performant. Notre monde n'est pas le meilleur modèle ...

L'ouverture à l'ouest est à mon sens une bonne chose au niveau de la liberté de penser, de s'exprimer. Mais pour la consommation à outrance, la mal bouffe, le pouvoir de l'argent, des apparences, je ne suis pas sûre que ce soit ce que l'ouest fasse de mieux.

Dans la grande histoire, l'est a été rattrapé par l'ouest, qu'il niait farouchement comme étant le mal incarné.

Dans la petite histoire, il en est autrement.
Christiane, alors délaissée par son mari, étant passé à l'ouest, élève seule ses deux enfants, dans les idées du Parti. Elle s'implique réellement dans la vie sociale de son pays, s'engage, en éprouve une fierté.
Alex et Ariane, quand Christiane se trouve dans le coma, s'occidentalisent complètement, logiquement, dirais-je. Seulement quand leur mère se réveille, pas question pour Alex que celle-ci découvre que toute sa vie a basculé, tout ce qu'elle défendait s'est écroulé. Pour lui, le choc ne pourrait être possible.
C'est alors qu'il part à la recherche des signes, des objets du passé.

Six ans ont passé depuis la sortie du film. Je repense à Alex cherchant des cornichons produits en RDA, et qui ne trouve que des cornichons produits en Hollande. Je me dis que nos emplettes font nos emplois. Souvenez vous, c'était le slogan de nos entreprises françaises, il y a quelques années. On achète chinois parce que c'est moins cher que français. Et les entreprises ont fini par délocaliser dans des pays où l'on paye moins les gens, mais paye-t-on moins cher aujourd'hui ? NON. Nos emplettes sont nos emplois ...

Alors que le pays s'ouvre donc sur l'ouest, le réveil de Christiane fait qu'Alex invente un monde où la RDA est devenue une référence pour les occidentaux qui rêvent de s'exiler chez eux. Alex ne pouvant pas recréer la RDA de sa mère, invente celle qu'elle aurait pu devenir. Il ne cesse d'inventer des histoires pour expliquer à sa mère pourquoi coca cola a fait son apparition à Berlin est, pourquoi on voit des occidentaux chez eux, pourquoi la statue de Lenin est déboulonnée.
Alex voulait donner à sa mère la RDA à laquelle lui rêvait, conscient que ce qui avait été n'était pas la solution, mais conscient aussi l'ouest n'était pas le paradis. Il inventait pour sa mère un monde meilleur où l'on aurait pris le meilleur des deux pour faire un univers plus harmonieux.

Pour Alex, contrairement à la RDA, il ne s'agissait pas de nier l'ouverture à l'Ouest, il s'agissait de protéger sa mère d'un choc fatal. En voulant la ménager, il se prend au jeu, en recréant un monde rêvé.

Dans la petite histoire resurgit le père. Involontairement. Ariane, qui travaille au Burger King a reconnu la voix de celui- qu'elle n'a pas vu depuis plus de dix ans. Ariane dont l'absence du père reste comme une blessure à jamais ouverte.
Il faudra un voyage dans la Datcha familiale pour que Christiane révèle la vérité à ses enfants sur leur père. Il ne les a pas abandonné, c'est elle qui n'a pas eu le courage de fuir à l'ouest le rejoindre. Elle a eu peur, et s'est donc construite une vie différente de celle d'avec leur père.
Alex n'a pas de rancoeur. La vie est ainsi. Ariane le vit plus mal. Pourtant, alors que c'est elle qui semble avoir le plus besoin de voir ce père, elle n'y parvient pas et laisse à Alex le soin d'accomplir la dernière volonté de sa mère, retrouver leur père pour qu'ils se voient. Alex se rend donc à l'ouest, retrouve son père, riche, ayant fondé une nouvelle famille. Le choc est brutal pour ce dernier. Alex reste fidèle à lui-même, il découvre un petit frère et une petite soeur. Leur père accepte de rendre visite à Christiane, dont l'état de santé s'est déterioré, après l'aveu.
Pendant ce temps, Lara, l'amie d'Alex a tout raconté à celle-ci sur la chute du mur. Mais tout le monde choisit de ne rien dire au jeune homme qui a tant besoin de montrer à sa mère cette RDA qu'il a rêvé.

C'est donc le leitmotiv du film, nier l'existence d'un autre bien vivant n'est jamais la solution, dans les petites histoires, comme dans les grandes. L'autre est soit idéalisé, soit diabolisé. Ici, l'ouest comme le père sont diabolisés.

Good Bye Lenin ! l'histoire du passage de la RDA à l'Allemagne réunifiée, ou plus simplement l'histoire d'un fils aimant voulant créer un univers parfait pour sa mère ?


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commentaires

:0095: Maitre Po, devin 25/04/2009 18:05

Bien beau film que ce GBL, moins dramatique quand même que La vie des autres ;-) La première fois que je suis allé à Berlin, il y avait ce satané mur et passer Checkpoint Charlie était particulièrement éprouvant, avec les miradors, les chicanes et les Vopos partout. On ne savait pas trop où on pénétrait, et encore moins si on pourrait en sortir... Sa chute reste aussi marquante pour moi que les attentats du 11 septembre.

Catgirl 26/04/2009 11:26


j'aime beaucoup que l'on me fasse part de ses expériences, merci ;)

oui c'est moins dramatique
et pourtant ;)



Handiady 24/04/2009 19:32

J'ai vu le film avec mes élèves, deux classes qui comme toi ne connaissaient pas la guerre froide passée ni les conséquences d mur. Prof, je me souviens encore parfaitement où j'étais et avec qui quand le mur est tombé. Des élèves avaient fait un exposé et une expo. Le mur, ma maman allemande m'avait raconté son érection(!), les drames consécutifs et,  étudiante germaniste, j'ai eu l'occasion de le voir, de le toucher, de côtoyer les miradors. J'ai visité Berlin Est, check point charlie et plusieurs autres villes de la ex RDA lors d'un voyage avec la fac. On était invités par le cousin d'un de nos profs, cousin membre de la SED, ex parti unique RDA!On a visité des entreprises, des foyers culturels et des écoles. les gens étaient embrigadés depuis tout petits en sortes de scouts, les "PIONIERE"! Pas de droit à un avis divergent, ni à une foi religieuse si on voulait faire des études.Les profs qui n'obtenaient pas de leurs élèves de bons résultats étaient affichés par nom, les cancres aussi.Je me rappelle notre résistance discrète et nos fâcheries avec le système. Un ami de fac qui avait une épouse à l'Est a été quitté et divorcé quand le mur est tombé!les Allemands des deux côtés étaient très différents, voire ennemis culturels. Les artistes dissidents étaient brimés, arrêtés, internés ou exclus de la RDA.Même la langue allemande parlée n'était plus la même car en RDA tout avait pris une dimension de doctrine qui touchait le quotisien.Je ne sais pas si on peut réellement comprendre le film si on ignore l'histoire allemande.Le fils qui simule une émission tv de l'est, trop drôle!C'est par la tv que la RDA s'est libérée, en regardant les séries us et les pubs ouest allemandes!!! Le choc culturel après la chute a été traumatisant pour eux!Il n'est pas ressorti le meilleur de cette histoire de mur et de sa chute. On aurait pu en profiter pour créer un autre pays libre, meilleur. Au lieu de cela, les Est-Allemands sont devenus des citoyens de seconde classe.Le chômage, inconnu chez eux, a explosé, ils ont perdu leurs valeurs et certains sont devenus fascistes. Il n'y avait pas d'immigrés chez eux, doc intolérance totale et jalousie. Désillusion totale!Je pourrais encore en parler longtemps...:0010:

Catgirl 24/04/2009 19:56


non je ne peux pas te laisser dire que je ne connaissais pas la guerre froide ni les conséquences du mur. C'est faux, en terminale, j'ai eu mes meilleurs notes sur
ces sujets ( toujours 15 et plus), c'est d'ailleurs mon sujet de bac, celui que j'ai choisi.

seulement j'ai appris la guerre froide telle qu'on me l'a apprise à l'école, telle qu'on me l'a montrée à l'école. je ne suis pas allée chercher ailleurs des réponses aux questions que je ne me
posais pas à l'époque.

en tout cas merci pour ton témoignage ;)

bisous



Liliflore 24/04/2009 18:24

je n'ai pas vue ce film, et comme toujours tu analyses finement ce que tu vois et qui t'interpelle. Je pense que comme beaucoup de personne j'étais ravie de voir ce mur de la honte disparaitre, mais en même temps je n'avais pas pensé au conditions de vie que cette réunification allait entainer.J'ai encore bien profité du beau soleil du jour car demain...pluie apparemment, biseencore ensoleillées.PS : dans tes commentaires que tu laisses il n'y a plus ton adresse de blog, est-ce normal?

Catgirl 24/04/2009 18:35


je ne pense pas que ce soit normal, c'est depuis la nouvelle configuration des commentaires sur ob, je n'avais pas fait attention, je vais faire attention.

désormais d'autres murs de la honte se sont dressés, la ligne verte en israel, et puis le mur qui se construit aussi au brésil ...

tout reste à faire ...

bisous Lili


honorius 24/04/2009 17:48

Je ne l'ai pas vu, mais comme tu es toujours de bon conseil je sais ce qui me reste à faire. Bonne fin de semaine et gros bisous du grand Maître   

Catgirl 24/04/2009 18:09


merci Jacques

plein de bisous


Dam 23/04/2009 13:15

Petites histoires et Grande Histoire. Je redoute toujours ces cocktails cinématographiques. Ici, c'est d'autant plus réussi que l'humour n'est pas lourd et que le mélo n'est pas tire-larmes. Enfin, cette relation entre le fils et la mère pourrait tout de même me faire verser quelques larmes... Parce que le parallèle entre l'idéalisation de la famille et l'idéalisation d'un régime totalitaire est particulièrement réussi ! L'amour peut rendre aveugle et remplacer les réalités douloureuses par des réalités plus douces et virtuelles. Fuite dans l'espace (à l'ouest) et fuite dans le temps (nostalgie) ne sont pourtant pas la solution. J'aime ce film parce que je peux continuer de le revoir et d'y puiser toujours autant d'inspiration. Et la soeur qui, elle, continue de vivre, de construire sa famille, alors que le fils, en comparaison, se forge une figure de saint, pour être en accord avec une conscience qui n'a pas forcément conscience de son aliénation. Un film qui explique donc comment des personnes préfèrent s'enfermer dans des processus totalitaires au lieu de s'en libérer. D'ailleurs, pour quelle libération ? Car en face, la société de consommation est autrement violente ! La vraie liberté, c'est d'être réellement informé pour être libre de ses choix et de ses engagements. Malheureusement, l'information est encore trop souvent utilisée, même dans les démocraties, pour manipuler les citoyens. Et l'information par le net est un zapping permanent qui nous fait privilégier les informations spectaculaires et les plus accessibles aux informations de fond. Par contre, j'aime trouver, pas seulement à l'école, mais par exemple sur ton blog, des informations qui construisent un univers cohérent, qui donnent des repères fondamentaux pour fonder librement son jugement, son esprit, sa conscience.Bravo, donc, pour ton article, qui met des mots très intéressants sur un film qui compte beaucoup pour moi. J'espère pouvoir utiliser à l'avenir quelques extraits de ce film dans le cadre de mon enseignement, même si en face de moi, l'intérêt de mes élèves sera d'abord d'avoir leur bac, de ne pas perdre de points à cause de l'histoire et de toutes les dates à retenir ;) Le plus important n'est pas ce qu'ils retiennent, mais qu'ils se souviennent de la manie qu'avait le prof pour leur seriner : "N'attendez pas qu'on vous gave comme je vous gave aujourd'hui, vous n'êtes pas des oies, ce n'est pas à moi de manipuler votre cerveau pour en faire ce que je veux ! C'est donc à vous de prendre et d'apprendre et pas seulement à moi de vous saigner de vous enseigner !" Nous ne sommes pas à égalité devant l'information, mais des films comme ça permettent de rétablir un peu cette égalité... Profitons-en, d'autant plus qu'il permet aussi de nous distraire !Bon après-midi ;)BisousPS : J'espère ne pas avoir trop profondément enfoncé le clou :$

Catgirl 23/04/2009 17:49


tu as raison nous ne sommes pas à égalité dans l'information, dans la réception de l'information, dans les milieux familiaux, dans les personnalités même.
parfois il faut un prof, un adulte, et le déclic se produit, et l'on découvre un autre monde, on découvre la vie
parfois il ne se passe rien et l'on reste dans son petit monde bien à soi ...

bisous


Mon Grenier