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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 08:31


Le livre :

Au départ, une photo souvenir. Sur celle-ci, quatre personnes qui posent, Sérena, Peter, Yasmina et Mélanie ; une cinquième dans le champs, Edouard ; et le photographe, Marc.

Six adultes avec chacun leur histoire, chacun leur perception des gens sur la photo, chacun leur idée de l'instant vécu.

Une histoire dans l'histoire. Et au départ, une photo.



Ce que j'en ai pensé :

Dans ce livre, pas de fioriture. Ne cherchez pas de narration dévorante, imbuvable, vous feriez fausse route. Il vous suffira d'accepter de pénétrer dans l'esprit des personnages qui jouent l'instant de la photo, ceux qui sont dessus, celui qui shoote. Seulement cela.

Tout commence avec Serena. Photographe reconnue, elle ne s'est jamais construite la vie que la société attendrait d'une femme : un mari et des enfants. Elle virvolte, papillonne, elle vit un peu planquée derrière son appareil photo, parce que cela protège l'appareil photo, ça protège de l'autre. Elle est plus ou moins lucide sur la vie, sur sa vie. Serena a connu Peter, alors qu'il était chanteur. Ils furent amants, et c'est un drame humain qui les a séparés. L'attentat à Paris, dans le métro saint Michel.

Pour Peter, ce drame humain n'a été que le prétexte, pour Séréna, de le fuir. Leur histoire aurait pris fin ailleurs, autrement. Il est là, il a beaucoup de respect pour elle, sans doute l'aime-t-il encore un peu. Après ce drame humain, il aura choisi d'écrire, exprimer ce qu'il avait au fond de lui. Américain avec un flegme britanique, un charme un peu surranné, il traverse la vie.

C'est après Sérena, qu'il a rencontré Mélanie. Ils auraient pu avoir une aventure, mais il n'en fut rien. Une amitié amoureuse avortée, dès le départ. Mélanie est avocate. Peter lui demandera de défendre Serena, lorsqu'elle fut accusée d'avoir volé les images du drame de Saint Michel. Elle gagnera son procès. Le pouvoir de la photo, la légitimité de la photo. Melanie désapprouve le travail de Serena, elle ne l'a défendue que pour plaire à Peter. Pourtant, Mélanie est devenue amie avec Serena parce que Mélanie aime tout le monde, pour que tout le monde l'aime.

Mélanie, c'est une femme mariée, mère de famille, pas vraiment heureuse, pas vraiment malheureuse. La vie est ainsi, elle prend ce qui vient, garde ce qui est, parce que c'est ainsi.

Mélanie est généreuse parce que la vie est plus belle quand on aide les autres, même si l'on n'est pas toujours d'accord avec ces autres. Elle rencontre Yasmina, qui élève seule ses enfants, et qui vit dans la hantise de se trouver face à son frère fantôme.

Yasmina est femme de ménage au bloc opératoire. Elle voudrait évoluer au sein de l'hôpital parce que laver les murs du sang et des déchets humains,ce n'est pas une vie. Yasmina, que Mélanie aide à rédiger ses demandes de formation, se trouve sur la photo parce que cette dernière a pensé que l'air de la mer lui ferait du bien.


Mélanie, elle décide de tout, c'est une sorte de mama qui s'oublie, qui oublie sa vie en se pensant "bonne et gentille". Elle décide d'emmener Yasmina prendre le bon air de la mer, elle décide d'inviter Peter et Serena à faire une photo souvenir, elle décide que Marc, son ancien amant sera le photographe.

Marc est bien tranquillement chez lui, dans la maison de sa mère plus exactement. Marié, père de famille, photographe. Moins connu, moins reconnu que Serena. Il se retrouve face à son amour d'enfance, restée son amie ; face à celle qui le photographia dans un temps passé, Serena, dans une totale nudité, pour une campagne qui ne vit jamais le jour ; face à son idole, Peter ; et face à Yasmina, qui le touche. Elle le touche parce qu'elle lui est inconnue. Parce que Yasmina est différente. Elle semble jetée là, ne pas comprendre ce qu'elle fait là. Marc se sent comme elle. En discutant, après la photo, ils se rendent compte, tous les deux, qu'indirectement, ils se connaissent. Yasmina était pensionnaire du collège que sa mère dirigeait.

Et puis il y a Edouard, celui qui connait tout le monde sur la photo, mais que personne ne semble connaitre en dehors de Marc.


Les six personnages sont liés, ont une perception de leur relation, différente les uns des autres.Certains sont dans le vrai, d'autre à côté de la plaque. On voit ceux qui rêvent leur vie, ceux qui la subissent, ceux qui la vivent. Mais personne ne peut dire qui détient la vérité. Car y a-t-il une vérité sur comment vivre sa vie ? Chacun voit midi à sa porte, et vit ses relations humaines avec l'hypocrisie dont il est capable ...

Et Edouard ... quel regard porte-il sur la vie ?





Citations :

    - "Tout cela est resté entre nous comme une honte, les cris, le sang, la peur, tout cela est resté entre nous comme un silence. Je date de ce moment le déclin de l'attirance que j'ai eue pour lui. Sans que j'y puisse rien, je n'arrivais plus à le voir autrement qu'agenouillé, tenant contre lui le torse d'un homme allongé, comme une poupée molle, une flaque épaisse et rouge s'étalant lentement sous lui. Je suis sensible au potentiel érotique des figures sulpiciennes. Je ne couche pas avec les pietà."

    - "Je n'ai jamais rendu de comptes qu'à un être, moi, et à une idée, l'humanité. C'était trop de liberté. Ma seule ambition est désormais d'appartenir à une autre volonté que la mienne. J'aspire à lui obéïr et qu'elle m'enchaîne, et qu'elle décide pour moi de ce que je serai. Je veux une femme et les enfants qu'elle me donnera, je veux me ramasser dans une famille."

    -"Je me suis enfermé chez moi quelques jours, j'ai regardé mon âme. Un mois plus tard, j'avais commencé à écrire. On écrit peut-être toujours pour un autre, pour un ami mort. J'ai écrit pour lui. J'ai inventé pour lui un monde, qui l'abriterait, et dans lequel il aurait une place.
    La musique est passée au second plan. Ce que j'ai fait l'écriture, reconstruire un monde pour ceux qui ont disparu, la musique le fait mal, parce qu'elle habite l'instant. La musique est aux vivants, l'écriture à nos morts."

    -"Je comprends donc que Mélanie ait de l'attirance pour Séréna, qui est sans doute née à l'inverse de son ciel et du mien, et sous une bonne combinaison d'étoiles. J'imagine qu'elles se plaisent comme le noir plaît au blanc, comme le froid plaît au chaud. Ensemble, elles s'adoucissent."

    -"J'ai creusé un trou entre les racines, j'ai plié la photo en quatre et je l'ai mise dans la terre. J'ai rebouché et j'ai replacé la motte d'herbe à sa place. Les arbres ont des pouvoirs. Ils peuvent digérer des choses que nous ne pouvons même pas avaler. Ils les transforment avec leurs racines, et pour finir les vers les mangent. C'est la raison pour laquelle les arbres vivent plus longtemps que les hommes. Les arbres ont plus de temps que nous."
 

Merci à Jean-Yves de m'avoir offert ce livre .


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commentaires

Dam 03/06/2009 17:08

Et à toi, merci pour ces fiches de lectures :D

Catgirl 03/06/2009 17:28


mais de rien ;)

bisous


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