Six nouvelles dont les titres résonnent tout aussi étrangement que leur contenu se succèdent. Un fils de photographe qui tombe amoureux d'une jeune fille à cause de la particularité de ses
paupières, une jeune femme qui observe son voisin se masturber sur son balcon, un homme qui reniffle les toilettes des femmes, un homme marié qui découvre le fossé qui se creuse entre lui et sa
femme, une jeune fille qui découvre ce qu'est la véritable solitude, et le journal d'une jeune femme ayant des tocs, cherchant à se libérer de l'amour qu'elle porte à un homme, étant lui-même
submergé par des tocs.
Ce que j'en ai pensé :
La couverture de ce petit recueil de nouvelles est illustré par un dessin de Nicoletta Ceccoli, l'auteur même de mon avatar "Catgirl".
La nouvelle qui m'aura laissée le plus froide, c'est justement celle qui donne le titre à ce reccueil Pétales. Le fait que cet homme recherche une
femme parce qu'il a reniflé l'odeur de son urine dans les toilettes d'un restaurant ... j'ai trouvé cela assez sordide, bien que très animal. Dérangée ? Sans doute ... par l'idée d'une telle
lubbie, manie, ou je ne sais comment nous pourrions appeler cela.
Chacune des nouvelles explorent une face humaine, un travers, une idée reçue.
L'obsession d'avoir des paupières parfaites, qui conduit ceux qui subissent une chirurgie esthétique à avoir tous le même regard au final, fait froid dans le dos. Mais c'était sans compter le
photographe, celui qui voit l'avant et l'après, celui qui se rend compte de la normalisation, de l'uniformité du regard. Ce dernier tombe amoureux fou d'une jeune femme, de son regard imparfait
et pourtant tellement unique et parfait à ses yeux. Il ne parviendra pas à la convaince de ne pas se faire opérer, et ne pourra supporter de la revoir, de la voir posséder ce regard devenu
commun, devenu le regard calibré, stéréotypé.
Le petit vice du voyeurisme, qui conduit une voisine de l'immeuble d'en face, à observer les agissements de son voisin. Elle l'observe dans ses rendez-vous amoureux, l'attitude des jeunes femmes
invitées, sachant exactement que ces dernières ne feront pas l'affaire et repartiront sans leur nuit d'amour, parce que lui, aura préféré assouvir son envie seul, sur son balcon, face à elle,
sans se douter, que derrière la fenêtre de sa chambre, elle le voit, se caresser, brandir sa queue, et se vider ... avant de retourner auprès de sa conquête, faire quelques échanges courtois et
la remettre dans un taxi.
La recherche d'une raison d'être de son couple, et découvrir que ce que l'on pensait nous lier est en fait, ce qui nous sépare. Découvrir que nous pensions regarder dans une même direction, et se
rendre compte de nos incompatibilités. Mais surtout découvrir que les êtres se complètent, que certains acceptent cette "complétude" et d'autres la rejettent.
Le moment où les jeunes filles deviennent des jeunes femmes, où la puberté commence à se manifester et que l'on se croit unique au monde, et tellement seule. Se rendre compte qu'il y a des
solitudes bien plus pesantes et dramatiques que celles-ci.
L'affrontement de ses propres tocs. L'incapacité à les dépasser et comprendre que son compagnon, bien que tant aimé, plutôt que de rassurer ne fait que générer encore et encore plus de
mal-être.
Autant de petits maux qui nous rongent et que nous n'oserions avouer l'existence à personne. Qui oserait dire qu'il aime "mater", qu'il ressent des émotions en sentant certains odeurs considérées
comme répugnantes. Qui ose avouer à son entourage les tourments qui le ravage, ce qui le construit, ce qui fait de lui un être si particulier, si unique ...
Citations :
-"Il faut connaître les plantes pour les aimer, de même qu'il faut les connaître pour les détester.
- Les détester ? demandai-je.
- Les plantes sont des êtres vivants, monsieur Okada, et la relation qu'on entretient avec elles ressemble à n'importe quelle autre relation avec un être vivant.
Les animaux ne vous intéressent pas non plus?"
-"Les bonsaïs avaient toujours provoqué en moi une sorte de peur, ou pour le moins une appréhension inexplicable. Il y avait bien longtemps que je n'en avais pas vu et me
retrouver soudainement face à une telle quantité me procura un malaise quasi physique. Le vieux dut s'en apercevoir et fit ce commentaire :
- Je suis d'accord avec vous. Ils sont aberrants.
Je fus étonné d'entendre cette expression de la bouche d'un jardinier, mais en même temps ce mot correspondait tout à fait à ce que je ressentais alors.
- Pourquoi sont-ils ici ? demandai-je agacé, en montant un peu le ton de ma voix. Pourquoi m'avez-vous amené voir ça ?
- J'ai passé de nombreuses années à les cultiver, j'ai coupé chacune de leurs feuilles, je les ai vues sécher et tomber sur la terre du pot, simulant l'agonie des
véritables arbres, mais sans la moindre forme de panache. Observez-les bien, monsieur Okada, insista-t-il alors que j'inspectais la fine écorce comme si, à l'intérieur, se cachait quelque
réponse. Je pense que vous avez déjà suffisamment appris à regarder les plantes pour le réaliser vous-mêmes : ce ne sont pas des plantes, mais pas des arbres non plus. Les arbres sont les êtres
sur terre qui exigent le plus d'espace ; les bonsaïs, au contraire, sont une contradiction. Peu importe qu'ils soient issus d'un feuillu ou d'un arbre fruitier : les bonsaïs restent des bonsaïs,
rien de plus, des arbres qui trahissent leur véritable nature."
-"Je me reprochai mon attitude. Je me dis que, à coup sûr, si je lui avais tout de suite raconté ma visite à la serre et ma relation avec le vieil homme, les choses n'auraient
jamais atteint cette dimension épouvantable. Si elle m'avait accompagné le premier samedi après-midi, nous aurions vécu cette aventure ensemble. Nous serions à présent mêlés à une histoire
commune et non séparés par un angle de vue stupide, du même effet qu'une vitre insonorisée. Je pris la décision de ne pas retourner à la serre."
-"Selon moi, le seul habitant de la Véritable Solitude devrait être une jeune fille qui étrennait tout juste, honteuse, ses petits seins pointus comme les mamelles d'une
chienne famélique, son corps trop grand pour ses vêtements et trop plat pour son maillot de bain. Chaque fois que je pense à ça, je suis prise d'une terrible envie de sourire, discrêtement, la
tête baissée pour qu'aucun membre de la famille ne me voie ..."
salut cat , ça fait un moment que je n'ai pas laissé de commentaire par ici .
la première chose qui m'a interpellé sur cet article , c'est bien sur , la couverture . Il y a déjà un je ne sais quoi de dérangeant , mélancolique dans cette oeuvre . Et je pense que l'ouvrage de nouvelles me plairais au vu de ta critique , mon livre de l'été ? je pense, oui , je vais me mettre à sa recherche sans trop tarder .
merci cat bisous
Commentaire n°1
posté par
midori
le 01/07/2009 à 20h19
"Qui ose avouer à son entourage les tourments qui le ravage, ce qui le construit, ce qui fait de lui un être si particulier, si unique ..." Ta question Cat est pertinente même si à la place du verbe "avouer", j'aurais écrit "dire"...
Commentaire n°4
posté par
Jean-Yves
le 04/06/2009 à 11h09
je crois que j'ai choisi le mot "avouer" plutot que "dire" car pour le "dire", j'ai l'impression qu'on est dans un besoin égoïste, que l'on dit les choses et peu
importe les conséquences, alors que pour "avouer", cela implique que l'on attend de l'autre, une écoute, mais aussi une compréhension.
bien sûr, je ne parle ici que de mon sentiment par rapport à ces deux verbes.
Et bien je crois que ce livre et ses nouvelles me plairait, au vu de tes explications et de ces citations. Les situations sont étranges mais ça intrigue... et on veut souvent voir plus loin. Curiosité, quand tu nous tiens ! Cette histoire de ce type qui renible l'urine d'une femme est certes vraiment très étrange... Celle de ces regards uniformisés a l'air de me plaire.
En tout cas, merci de m'avoir fait connaître ! J'ai toujours énormément de mal à choisir mes lectures.
Commentaire n°5
posté par
louve
le 03/06/2009 à 18h51
je les choisis à l'instinct, parfois sur le titre seul, parfois la couverture. Je lis rarement le quatrième de couverture, et je dois avouer être quand même bon
public
A lire ton article, je suis finalement content de t'avoir offert ce livre alors que je ne savais pas ce qu'il renfermait (je m'étais seulement fié à la couverture et à la 4e de couverture). Du coup, je trouve que c'est le genre de lectures que j'aimerais faire si j'avais plus de temps à consacrer à la littérature. Hélas, comme tu le dis si bien, on ne peut pas tout lire, et dans ce cas, je suis heureux que tu m'en offres un bel aperçu par ton article très bien fait.
Je vais de ce pas lire les autres articles que j'ai manqués !
Commentaire n°6
posté par
Dam
le 03/06/2009 à 17h04
et oui, on ne peut malheureusement pas tout lire, tout voir, tout apprécier, alors, autant prendre les choses qui se présentent et les savourer ;)
la première chose qui m'a interpellé sur cet article , c'est bien sur , la couverture . Il y a déjà un je ne sais quoi de dérangeant , mélancolique dans cette oeuvre . Et je pense que l'ouvrage de nouvelles me plairais au vu de ta critique , mon livre de l'été ? je pense, oui , je vais me mettre à sa recherche sans trop tarder .
merci cat
bisous
bisous Midori
Et j'aime bien aussi ton avatar, enfin la version longue (si j'ose dire) avec les souris ;-)
avouer = secrets pour moi
mais tu as raison, avouer concerne aussi les fautes.
bisous
Ta question Cat est pertinente même si à la place du verbe "avouer", j'aurais écrit "dire"...
bien sûr, je ne parle ici que de mon sentiment par rapport à ces deux verbes.
En tout cas, merci de m'avoir fait connaître ! J'ai toujours énormément de mal à choisir mes lectures.
bonne lecture alors ;)
Je vais de ce pas lire les autres articles que j'ai manqués !
bisous