Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 07:11


Le livre :

Six nouvelles dont les titres résonnent tout aussi étrangement que leur contenu se succèdent. Un fils de photographe qui tombe amoureux d'une jeune fille à cause de la particularité de ses paupières, une jeune femme qui observe son voisin se masturber sur son balcon, un homme qui reniffle les toilettes des femmes, un homme marié qui découvre le fossé qui se creuse entre lui et sa femme, une jeune fille qui découvre ce qu'est la véritable solitude, et le journal d'une jeune femme ayant des tocs, cherchant à se libérer de l'amour qu'elle porte à un homme, étant lui-même submergé par des tocs.

Ce que j'en ai pensé :

La couverture de ce petit recueil de nouvelles est illustré par un dessin de Nicoletta Ceccoli, l'auteur même de mon avatar "Catgirl".

La nouvelle qui m'aura laissée le plus froide, c'est justement celle qui donne le titre à ce reccueil Pétales. Le fait que cet homme recherche une femme parce qu'il a reniflé l'odeur de son urine dans les toilettes d'un restaurant ... j'ai trouvé cela assez sordide, bien que très animal. Dérangée ? Sans doute ... par l'idée d'une telle lubbie, manie, ou je ne sais comment nous pourrions appeler cela.

Chacune des nouvelles explorent une face humaine, un travers, une idée reçue.

L'obsession d'avoir des paupières parfaites, qui conduit ceux qui subissent une chirurgie esthétique à avoir tous le même regard au final, fait froid dans le dos. Mais c'était sans compter le photographe, celui qui voit l'avant et l'après, celui qui se rend compte de la normalisation, de l'uniformité du regard. Ce dernier tombe amoureux fou d'une jeune femme, de son regard imparfait et pourtant tellement unique et parfait à ses yeux. Il ne parviendra pas à la convaince de ne pas se faire opérer, et ne pourra supporter de la revoir, de la voir posséder ce regard devenu commun, devenu le regard calibré, stéréotypé.

Le petit vice du voyeurisme, qui conduit une voisine de l'immeuble d'en face, à observer les agissements de son voisin. Elle l'observe dans ses rendez-vous amoureux, l'attitude des jeunes femmes invitées, sachant exactement que ces dernières ne feront pas l'affaire et repartiront sans leur nuit d'amour, parce que lui, aura préféré assouvir son envie seul, sur son balcon, face à elle, sans se douter, que derrière la fenêtre de sa chambre, elle le voit, se caresser, brandir sa queue, et se vider ... avant de retourner auprès de sa conquête, faire quelques échanges courtois et la remettre dans un taxi.

La recherche d'une raison d'être de son couple, et découvrir que ce que l'on pensait nous lier est en fait, ce qui nous sépare. Découvrir que nous pensions regarder dans une même direction, et se rendre compte de nos incompatibilités. Mais surtout découvrir que les êtres se complètent, que certains acceptent cette "complétude" et d'autres la rejettent.

Le moment où les jeunes filles deviennent des jeunes femmes, où la puberté commence à se manifester et que l'on se croit unique au monde, et tellement seule. Se rendre compte qu'il y a des solitudes bien plus pesantes et dramatiques que celles-ci.

L'affrontement de ses propres tocs. L'incapacité à les dépasser et comprendre que son compagnon, bien que tant aimé, plutôt que de rassurer ne fait que générer encore et encore plus de mal-être.

Autant de petits maux qui nous rongent et que nous n'oserions avouer l'existence à personne. Qui oserait dire qu'il aime "mater", qu'il ressent des émotions en sentant certains odeurs considérées comme répugnantes. Qui ose avouer à son entourage les tourments qui le ravage, ce qui le construit, ce qui fait de lui un être si particulier, si unique ...


Citations :


    -"Il faut connaître les plantes pour les aimer, de même qu'il faut les connaître pour les détester.
      - Les détester ? demandai-je.
      - Les plantes sont des êtres vivants, monsieur Okada, et la relation qu'on entretient avec elles ressemble à n'importe quelle autre relation avec un être vivant. Les animaux ne vous intéressent pas non plus?"

    -"Les bonsaïs avaient toujours provoqué en moi une sorte de peur, ou pour le moins une appréhension inexplicable. Il y avait bien longtemps que je n'en avais pas vu et me retrouver soudainement face à une telle quantité me procura un malaise quasi physique. Le vieux dut s'en apercevoir et fit ce commentaire :
      - Je suis d'accord avec vous. Ils sont aberrants.
Je fus étonné d'entendre cette expression de la bouche d'un jardinier, mais en même temps ce mot correspondait tout à fait à ce que je ressentais alors.
      - Pourquoi sont-ils ici ? demandai-je agacé, en montant un peu le ton de ma voix. Pourquoi m'avez-vous amené voir ça ?
      - J'ai passé de nombreuses années à les cultiver, j'ai coupé chacune de leurs feuilles, je les ai vues sécher et tomber sur la terre du pot, simulant l'agonie des véritables arbres, mais sans la moindre forme de panache. Observez-les bien, monsieur Okada, insista-t-il alors que j'inspectais la fine écorce comme si, à l'intérieur, se cachait quelque réponse. Je pense que vous avez déjà suffisamment appris à regarder les plantes pour le réaliser vous-mêmes : ce ne sont pas des plantes, mais pas des arbres non plus. Les arbres sont les êtres sur terre qui exigent le plus d'espace ; les bonsaïs, au contraire, sont une contradiction. Peu importe qu'ils soient issus d'un feuillu ou d'un arbre fruitier : les bonsaïs restent des bonsaïs, rien de plus, des arbres qui trahissent leur véritable nature."

    -"Je me reprochai mon attitude. Je me dis que, à coup sûr, si je lui avais tout de suite raconté ma visite à la serre et ma relation avec le vieil homme, les choses n'auraient jamais atteint cette dimension épouvantable. Si elle m'avait accompagné le premier samedi après-midi, nous aurions vécu cette aventure ensemble. Nous serions à présent mêlés à une histoire commune et non séparés par un angle de vue stupide, du même effet qu'une vitre insonorisée. Je pris la décision de ne pas retourner à la serre."

    -"Selon moi, le seul habitant de la Véritable Solitude devrait être une jeune fille qui étrennait tout juste, honteuse, ses petits seins pointus comme les mamelles d'une chienne famélique, son corps trop grand pour ses vêtements et trop plat pour son maillot de bain. Chaque fois que je pense à ça, je suis prise d'une terrible envie de sourire, discrêtement, la tête baissée pour qu'aucun membre de la famille ne me voie ..."



Merci à Damien, de m'avoir offert ce livre .






Partager cet article

Repost 0

commentaires

midori 01/07/2009 20:19

salut cat , ça fait un moment que je n'ai pas laissé de commentaire par ici .la première chose qui m'a interpellé sur cet article , c'est bien sur , la couverture . Il y a déjà un je ne sais quoi de dérangeant , mélancolique dans cette oeuvre . Et je pense que l'ouvrage de nouvelles me plairais au vu de ta critique , mon livre de l'été ? je pense, oui , je vais me mettre à sa recherche sans trop tarder . merci cat bisous

Catgirl 02/07/2009 06:14


un côté à la fois mélancolique et pervers ;)

bisous Midori


:0095: Maitre Po, devin 15/06/2009 00:54

J'aime bien aussi les dessins de ta Nicoletta.Et j'aime bien aussi ton avatar, enfin la version longue (si j'ose dire) avec les souris ;-)

Catgirl 15/06/2009 08:07


moi aussi, moi aussi !!!


Jean-Yves 04/06/2009 12:41

Avec "avouer", j'entends "faute", c'est pourquoi, je préfère "dire"... dans ce cas.

Catgirl 04/06/2009 13:00


comme quoi, la sémantique nous renvoie toujours à des choses personnelles.
avouer = secrets pour moi

mais tu as raison, avouer concerne aussi les fautes.

bisous


Jean-Yves 04/06/2009 11:09

"Qui ose avouer à son entourage les tourments qui le ravage, ce qui le construit, ce qui fait de lui un être si particulier, si unique ..."Ta question Cat est pertinente même si à la place du verbe "avouer", j'aurais écrit "dire"...

Catgirl 04/06/2009 11:41



je crois que j'ai choisi le mot "avouer" plutot que "dire" car pour le "dire", j'ai l'impression qu'on est dans un besoin égoïste, que l'on dit les choses et peu
importe les conséquences, alors que pour "avouer", cela implique que l'on attend de l'autre, une écoute, mais aussi une compréhension.

bien sûr, je ne parle ici que de mon sentiment par rapport à ces deux verbes.




Bisous mon Jean Yves




louve 03/06/2009 18:51

Et bien je crois que ce livre et ses nouvelles me plairait, au vu de tes explications et de ces citations. Les situations sont étranges mais ça intrigue... et on veut souvent voir plus loin. Curiosité, quand tu nous tiens ! Cette histoire de ce type qui renible l'urine d'une femme est certes vraiment très étrange... Celle de ces regards uniformisés a l'air de me plaire.En tout cas, merci de m'avoir fait connaître ! J'ai toujours énormément de mal à choisir mes lectures.

Catgirl 03/06/2009 19:21


je les choisis à l'instinct, parfois sur le titre seul, parfois la couverture. Je lis rarement le quatrième de couverture, et je dois avouer être quand même bon
public

bonne lecture alors ;)


Mon Grenier