Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 06:38



Le livre :


Tom est un adolescent de 17 ans, pas désiré par ses parents, rejeté par eux, par son frère ainé, ne voulant que deux choses : être accepté et être aimé.

Son frère le viole, ses parents meurent. Il vit alors une vie en quête d'amour, parce qu'il respire l'amour, inspire l'amour.

Un cercle d'amis se tisse autour de lui, au fil des ans.

Il fait l'amour avec des femmes, jusqu'au jour où il tombe amoureux de May. Elle ne s'intéresse pas à lui, l'ignore copieusement. Alors qu'il part à Hawaï avec son ami "Rog", il fait une expérience homosexuelle avec des marines, c'est lui qui "baise". Ce sera la seule fois, pense-t-il ... mais il n'y aura plus de femmes après ...







Ce que j'en ai pensé :

Eric Jourdan, l'auteur des Mauvais Anges, replonge ici dans les premières amours masculines. Tom a 17 ans, il se dégage de lui un fort potentiel sexuel, sensuel, amoureux. Les hommes ont envie de son petit cul, alors que lui passe ses nuits a "baisé" des femmes plus agées, dont il ne sera l'amant que d'un soir, d'une nuit. A la fois mystérieux et simple, Tom est un garçon qui attire autant qu'il fait peur.
Rejeté par ses parents, parce qu'il n'était pas programmé, parce qu'il n'aurait pas dû être, parce qu'il a perturbé leurs plans, il est le rebus, celui qui dérange, celui qu'on écarte invariablement comme une tare que l'on voudrait caché au monde entier.
Tom va donc d'un pensionnat à l'autre, se faisant virer car il ne veut qu'une chose, être avec ses parents, son frère, même s'ils le rejettent en bloc, il veut vivre à leur côté.
Renvoyé une énième fois, il revient à Paris, dans l'immense duplex de la rue Messine. Son père le confie à la surveillance de son frère aîné, Frédéric. Les règles sont strictes, il aura un deux pièces dans l'appartement, loin de leur propre vie, et ne devra pas montrer qu'il existe. Tom accepte, se plie à tout, y compris aux coups portés par son frère.
Au lycée, ses camarades le regardent avec méfiance. Beau, différent, il représente en quelque sorte ce que chacun voudrait être mais que nous ne parvenons pas à être. Pourtant, Rog viendra vers lui. L'ambiguïté dans leur relation est évidente, surtout du côté de Rog. Pour Tom, il voit là une amitié, une histoire d'amour amicale dans laquelle le sexe ne peut avoir sa place.
Peu à peu, il s'intègre aux jeunes de sa classe. Et ses parents meurent, son frère devient son tuteur. Pourtant, là encore, les règles s'établissent. Tom garde l'appartement de la rue Messine, son frère étant à New York. Il en héritera à sa majorité. Le majordome, Gérard veuille au grain. Tom ne prend pas la grosse tête. Il se moque de l'argent, il continue à loger dans le deux pièces octroyé par son père, se faisant discrêt et respectueux.
Arrive alors May, une jeune lycéenne dont il tombe fou amoureux. Elle ne le voit pas, joue avec tous les garçons sauf lui. Puis il y eut ce week end où le groupe se rendit à Deauville, où Tom ne fut pas convié, et où malgré tout on parla de lui.
Tom que les hommes voudraient fourrer comme une femme, Tom qui réveille la part d'homosexualité qui existe en chaque homme.
Il faudra un défi, un gage pour qu'il se jette au pied de May et lui avoue son amour. Elle le dédaignera, mais ce jour-là, à cet instant-là, Tom devient le "petit" qu'il faut protéger, celui qui dégage un potentiel amoureux, celui qui pourrait mourir d'aimer.

Alors qu'il cherche à oublier May, il se rend à Hawaï avec Rog. Ce dernier est amoureux de Tom, mais ne peut se l'avouer, ne peut oser aller au bout de son envie. Il rencontre une jeune américaine avec qui il vit une aventure. Tom, durant ce temps, découvre le sexe avec les hommes, il est un "baiseur". Il découvre qu'il aime ça. Mais il a peur de ça, et pense qu'il ne s'agira que d'une expérience.

Pourtant, après, il n'y aura plus de femmes. Quand il rentre à Paris, il retrouve son groupe, le bac, la majorité, et l'oral qu'il faudra préparer durant les vacances. C'est alors qu'il rencontre Nicolas. Ce dernier le drague ouvertement. Mais Tom ne veut pas de cet amour-là. Il faudra les gestes tendres, amoureux pour que le jeune homme se laisse envahir par ces amours homosexuelles.

Tom est en mal d'amour, en mal d'être aimé. Il a des coups de coeur, et qui lui répond devient celui à qui il s'accroche, celui dont il accepte tout.
C'est ainsi que pour Nicolas il supporte tout. L'amant qui ne veut pas le laisser, la mort au bout du canon qui finalement n'arrive pas, le sexe par habitude, l'éloignement qui le tue, l'indifférence. Tom ne quitte pas, il est quitté. C'est ainsi. Même s'il est mal aimé, il a besoin d'être aimé, physiquement, sexuellement, amoureusement.

Le groupe continue de le soutenir, de le prendre en charge émotionnellement. Nullement choqué par ses amours, ils les comprennent car tous auraient voulu être celui qui ... avec Tom. Mais tous se trompent, Tom est un baiseur, et non celui qui se fait baiser. C'est Rog qui le découvre, un jour où il entrevoit le sexe comme le vive les deux jeunes hommes.

Plus tard, Rog avouera son désir à Tom, ils passeront à l'acte, s'aimeront, ponctuellement, sans que cela n'altère leur amitié, sans que nul dans le groupe ne le sache.

Nicolas le laissera, et Tom, comme il s'était guéri de May, va se guérir de Nicolas. Un soir, il appelle un ami du groupe, un ami homosexuel, et lui demande de faire une partie à plusieurs. Il y rencontre Renaud, il y découvre aussi une autre manière de mener sa vie sexuelle, d'être aussi un "baisé" et pas seulement un "baiseur".

Mais là encore, cet amour ne vivra pas, parce que Renaud est bien trop conscient de la dépendance de Tom, et qu'il est tout aussi conscient de sa propre dépendance vis-à-vis de Tom.

Tom accepte tout par amour, tout pour des miettes d'amour. Mais il ne peut souffrir le rejet, le rejet total et définitif qui lui apparaît comme un coup de poignard mortel.

Tom est un amoureux de la vie et des gens, mais un mal aimé. L'amour de son groupe, de ses amis ne sera nullement suffisant à remplir le manque d'amour du jeune homme. L'amour brut, l'amour a tout prix, l'amour a n'importe quel prix, ou comme le mal d'amour, le manque d'amour peut conduire à la mort, à une mort programmée.

Bien sûr, nous pourrions réduire ce roman à une simple histoire d'amour homosexuelle, un roman avec de jeunes homosexuel, sur la vie sexuelle homosexuelle, réduire le roman à cela.

Mais bien plus que cela, il s'agit de montrer toute la difficulté de l'amour, l'impuissance face au rejet, l'impuissance aussi à contrôler l'image que l'on donne, quand ce que les autres en perçoivent, dépendant de ce qui se dégage de nous et ne tient en rien à un change que nous voudrions donner.
 
Il existe des êtres dont le besoin amoureux, dont le potentiel amoureux peut faire peur, et conduisent les autres à fuir, à chercher quelque chose de moins envahissant.

Tom vit tout à fond, il n'a pas une once de haine vis-à-vis de ses parents, il ne cherche même pas à savoir pourquoi ces derniers ne l'aiment pas, pourquoi son propre frère le martyrise, il accepte parce que la vie est ainsi.
Alors quand la vie lui met des occasions, il prend tout, il vit tout à fond, ne pas avoir de regrets, prendre, prendre, prendre à tout prix.

Le narrateur du roman, c'est Tom lui-même. Au fur et à mesure du récit de sa propre vie, il comprend à quel moment il a basculé, à quel moment il aurait dû décider de fuir. Seulement il a laissé les autres décider, il n'a jamais décidé, et il s'est perdu. Car pour Tom la vie n'avait qu'une saveur, celle de l'amour, le reste ne signifiait rien.

On retrouve la violence des sentiments déjà perçus dans Les Mauvais Anges. Mais L'Amour Brut n'a pas la même saveur, certaines longueurs peuvent rebuter, et puis les bons sentiments, parfois, m'ont semblé surfait.


Citations :

    - "Etait-ce ma faute si j'avais comme disait un des copains "des yeux, une bouche, et tout quoi qui donne des idées !" Je feignais de ne pas comprendre, je n'avais aucune attiranve pour les garçons. Ces jeux-là me laissaient indifférent, ils ne me concernaient pas, ils existaient ailleurs, je n'étais ni pour ni contre, voilà tout. Rog pourtant ... Eh bien, Rog, ça se bornait à un coup de poing atténué à la dernière seconde, un regard les yeux dans les yeux, mais comme si on refusait à l'autre le droit de plonger dans ce lac où on l'aurait noyé silencieusement. Jamais non plus nous n'étions rivaux, je ne recherchais aucune des filles du lycée ; ils les voulaient toutes."

    - "En une seconde toute ma vie me fut montrée, simplifiée : ce que j'étais, ce qu'aurait pu être l'avenir, ce que j'en ferais et surtout ce que je figurais pour les autres, les camarades et les inconnus, un garçon dérangeant qui essayait en vain de franchir les barricades mystérieuses qu'on élevait autour de lui pour ne pas l'entendre, pas le voir. Je gâchais moi-même la partie en ne me défendant pas quand il le fallait, ou soudain par des réflexes violents qui n'arrangeaient rien. Brusque et tendre dès l'enfance, j'avais surtout contre moi d'être naturel ; on ne s'attendait pas à cette absence totale de réserve, à cette indifférence des conventions, on n'admettait ni le côté assuré ni le côté frondeur, on me reprochait plus encore le charme tout court parce que cette vulnérabilité rendait les autres fragiles à leur tour."

    - "J'lui ai reparlé de toi, un soir, seuls tous les deux, main dans la main, et tu sais ce qu'elle a répondu, tu veux le savoir, t'y tiens, tu ...
      - Vous êtes partis tous ? dis-je pour faire diversion.
      - Tu n'as aucune chance avec les filles, celle-là comme les autres, Tom. C'est comme ça, ça s'explique pas. Et pourtant t'es plus garçon que la plupart, mais c'est pas ça qu'elles veulent. Tu ...
      - Vous êtes partis tous ? répétai-je pour l'empêcher d'aller trop loin.
    J'avais peur de ce qu'il allait dire, on est toujours sur une autre longueur d'onde, alors comment s'écouter !"

    - "Je ne relevai pas, je ne voulais pas que Rog s'amuse à ce jeu-là, je l'avais senti une ou deux fois tout prêt à être tendre d'une façon qui n'était pas la mienne ; les histoires d'Adam, ce n'était pas pour lui. Je me figurais que tout était clair : on pouvait aimer tout le monde avec son coeur, mais le sexe de l'homme exigeait le corps de la femme. Certes j'acceptais Adam et les siens, mais ma peau ne comprenait pas, comment dire autrement, chaque fois que Rog m'avait serré trop contre lui, je n'avais ressenti que beaucoup de tendresse, mais rien de sexuel. Lui, maintenant, je n'en étais pas si sûr. Mais quoi, nous étions des garçons l'un et l'autre. Adam et Carl aussi, cependant leurs amours me paraissaient impossibles, et puis je ne voulais pas m'y attarder."

    - "Et le temps d'arriver en bas, l'orage avait gagné mon coeur. Voilà, Tom, une nouvelle fois tu es seul. Cette fois ça a été vite : on refuse ton amitié comme on avait refusé ton amour. Que t'arrive-t-il ? Est-ce ta fauter ? La famille t'a mis à l'écart, May t'a ignoré, et parce qu'un garçon a envie de toi, faut-il oublier tes propres rêves ? Dans le hall de l'immeuble, quelque chose se déchira en moi, je le sentis très nettement au milieu du corps, mais j'eus encore la force de sortir ; [...]"





Partager cet article

Repost 0

commentaires

reg@rds 08/06/2009 10:39

L'amour, c'est une source émotionnelle dont on ne maitrise pas tous les aboutissants de nos histoires d'amour.C'est difficile (pour certains) d'accepter l'homosexualité, parce qu'un homme est rejeté par la femme (en générale, celle qu'on aime), mais le besoin d'être aimé par l'autre, peut parfois nous amener dans des relations auxquelles on ne pensait pas.Je me suis toujours pensé, que les femmes aiment les hommes, alors pourquoi des hommes n'aimeraient-ils pas d'autres hommes ?Je pense que ce livre nous fait découvrir l'homosexualité, par rapport à la vie de Tom (celui qui narre). Ton résumé montre qu'il n'a pas eu une vie facile et de nombreuses déceptions sur le relationnel amoureux. Déjà rejeté par sa propre famille, ça ne doit pas être évident au départ.En tous les cas, j'ai aimé te lire Catgirl et je te souhaite une bonne journée sous le soleil  Bisamicales.

Catgirl 08/06/2009 12:14


pour ma part, je pense qu'on est tous bi ... avec un goût prononcé plus pour son sexe, ou pour l'autre sexe.

entre fantasme et réalité ... certains vivent uniquement leur réalité, d'autres franchissent la part du fantasme en vivant leurs amours au gré de leur coup de coeur.

l'important, c'est d'être heureux et en accord avec soi même !


merci Reg@rds,

:0010:


Hazel 07/06/2009 17:11

Bonjour,Le Hangar (notre blog littéraire) organise un CONCOURS, avec un lot à la clef. Il suffit de nous envoyer via le blog (ou à cette adresse : http://le-hangar.cowblog.fr/contact.html ) votre œuvre, qui peut être une poésie, une courte nouvelle ou un passage de théâtre sans (trop) dépasser les trente lignes; vous avez jusqu’au jeudi 18 juin. Cependant il y a un thème obligatoire: le CORPS. Il est possible d’exploiter tous les sens du mot. A vous de faire preuve d’imagination.Le samedi 20 juin, seront publiés dans un article sur le blog les cinq meilleurs textes choisis par notre jury, et à partir de cette date les lecteurs du Hangar pourront voter pour le texte qu’ils préfèrent jusqu’au 4 juillet minuit. Les résultats seront connus le 5 juillet, et le gagnant recevra un prix : un livre de Franz KAFKA - Lettres à Milena.Nous espérons te voir participer, tu as jusqu’au 18 juin pour nous faire parvenir ton texte sur « le CORPS ».A bientôt, sur le Hangar, http://le-hangar.cowblog.fr [copier/coller le lien dans la barre d’adresse]Hazel.

Catgirl 07/06/2009 17:51


et bien non, désolée, je ne participerais pas ...

à bientot


lizier+nicolas 05/06/2009 23:18

 
Bonjour,
Je viens de passer un bon moment sur votre blog, vos articles sont sympa.
Si vous le souhaitez on peut faire un échange de lien.
A l'occasion venez voir mon blog, je suis graphiste.
N'hésitez pas à laisser des commentaires je répondrai.
Je vous souhaite une bonne continuation sur votre blog
A bientôt
www.nicolaslizier.com
 
Nicolas Lizier

Catgirl 06/06/2009 06:43


j'ai pour habitude d'effacer ce genre de com qui n'est qu'une pub détournée ...

à bientôt


Dam 05/06/2009 10:35

Les histoires d'amour ne m'ont jamais passionné, alors j'ai un peu de mal à accrocher, à faire de l'intertextualité ;) et tout et tout... Disons que les histoires d'amour, je me les suis toujours construite à l'écrit, alors j'ai du mal à entrer dans celles des autres...Ton article m'inspire tout de même parce qu'il fait écho à ma fascination pour ces personnes (femmes ou hommes) qui sont belles (quels que soient les critères de beauté envisagés). Je ne suis pas simplement fasciné par leur beauté, mais par le fait que, se sachant belle, elle voit/est vue à travers ce filtre de beauté. Se savoir beau ou se savoir laid change la vie et nous fait habiter son corps différemment. J'ai du mal à exprimer cela, mais concrètement, je partage des années scolaires avec des ados qui se construisent tant sur le plan intellectuel que physique, et je vois celle-ci qui veut rendre son corps invisible dans une société du visible. Ou encore celle-là qui utilise son corps très visible pour rendre invisible son âme. Et encore, si je fais cette distinction corps & âmes, c'est parce que moi-même, je me suis construit comme ça, en niant mon corps pour les plaisirs de l'esprit. Platon, quand tu me tiens... ;)Gros bisous, Cat, et merci de m'autoriser cette confidence.

Catgirl 05/06/2009 18:54


je ne peux que te rejoindre dans ton commentaire, moi qui ai longtemps nié mon corps jusqu'à ce que je me photographie et que je découvre un autre regard sur moi
que celui que j'avais dans le miroir ... puis, il y a aussi ce que l'on voit dans le regard de l'être aimé et aimant.
tant et tant de choses à prendre en compte.

Gros bisous


Mon Grenier