Samedi 27 juin 6 27 /06 /Juin 06:03


Le livre :

26 personnages, hommes et femmes. Une combinaison de couples hétéros. Des histoires qui s'enchaînent, avec comme fil conducteur, l'un des deux protagonistes du couple d'avant. Chaque couple est saisi dans un instant d'intimité érotique, comme une photographie. Un texte court évoque ce moment. Suivi d'une réflexion d'un des deux personnages composant le couple, ou d'une remarque du narrateur.


Ce que j'en ai pensé :

La première chose que nous voyons, c'est évidemment ces personnages qui passent d'un partenaire à l'autre, qu'ils soient mariés, en couple ou seul, sans état d'âme. Ils sont animés par le plaisir sexuel, parfois déçus, parfois satisfaits.

D'abord surpris par ces couples, nous avons dû mal à comprendre où l'auteur pourrait en venir. Au fil des pages, nous comprenons qu'il ne s'agit pas de choquer en montrant une réalité sexuelle, celle du nombre de partenaires différents au fil des histoires, mais d'évoquer les réflexions qui peuvent traverser les protagonistes d'un couple dans certaines situations intimes. Chacun retrouvera dans certaines scènes, un vécu personnel qui le fera sourire. Car le ton n'est pas à l'austère, pas plus qu'au pessimisme et encore moins au voyeurisme. Le ton serait plutôt celui d'un humour caustique.
Une écriture simple, rapide et très efficace.

Alors, lachez les Musso et autres Levy, et plongez tête baissée dans ce petit livre truculent, sans vulgarité aucune, où l'auteur parvient à partager des moments de sexualité sans tomber dans une facilité potache de mauvais goût.

Lu et approuvé par moi-même !!!

Les illustrations sont simples, évocatrices, et posent l'instant telle une photographie.






Extraits :

Xavier et Elvire. A la terrasse d'un bistrot parisien, Xavier et Elvire sirotent lui un monaco, elle un sirop d'orgeat. Le portable d'Elvire sonne, elle lit le mini-message, soupire, et annonce qu'elle part : elle s'agenouille près de lui et murmure à son oreille. Il ne se souviendra pas de la phrase exacte, mais s'y trouvaient pêle-même les mots couilles, bite, sucer, avaler, foutre. Elle l'embrasse sur le bout du nez, s'éloigne rapidement.

Xavier sait-il que d'aucuns, pour entendre semblable chose, déboursent quelque 3,95 euros la minutes ? Le tarif, il est vrai, est dégressif.

Oriane et Philippe. Selon l'expression consacrée, le train corail Limoges-Paris traverse la nuit. Dans la voiture 12 (première classe), presque vide, le séduisant Philippe -cinq de handicap au golf- embrasse d'intrusive façon sa voisine Oriane, qu'il est parvenu à dérider avec une sottise : "Je viens de gagner l'open de Condom. C'est un tournoi de golf, évidemment." Il entreprend de caresser la cuisse dénudée de la femme, puis remonte sa main peu à peu vers sa petite culotte.

Décidement, se félicite Philippe, les baisers sont commes les cornichons du bocal. Quand on parvient à obtenir le premier, le reste vient tout seul.

Elvire et Farid. Elvire s'étonne de la puissance de la mâchoire du crocodile de la fosse de l'aquarium du Musée des Arts africians et océaniens de la Porte Dorée, mais pas du nombre de compléments de noms dans la phrase. Elle murmure un mot doux à l'oreille de Farid, glisse prestement la main entre la ceinture du jeune homme et son ventre, le parka beige masque son geste. Son index frôle de l'arrière vers l'avant la couture des bourses. L'érection grandissante ride peu à peu la peau. Les doigts les pressent doucement, puis les abandonnent et sortent du pantalon. Farid est pétrifié.

Farid l'ignore, amis bien des années plus tard, il se masturbera en revivant la scène du crocodile de la fosse de l'aquarium, etc.

Zach et Galata. Martial l'écrit dans ses Epigrammes : "Nemo est, Thai, senex ad irrumandum (nul n'est trop vieux, Thai, pour se faire sucer)". Certes, mais sur la terrasse de cette superbe villa lubéronaise, les beaux efforts de Galata demeurent sans effet sur le membre de Zach, plus proche de la nouille que du totem triomphant. Elle l'embrasse une dernière fois, avant de plonger dans la piscine (en forme de guitare), tandis que Zach, pour détendre l'atmosphère, raconte une blague du 'nouveau médicament, le Viazac : tu connais ?

C'est moitié Viagra moitié Prozac : on ne bande pas, mais on s'en fout. Galata rit gentiment ; elle la connaissait déjà.

Sofia et Zach. Alanguie sur le pont de teck d'un ketch élégant, Sofia a entrouvert ses cuisses bronzées. Bercée par la houle sereine de la mer Egée, elle s'abandonne à Zach, qui caresse d'un doigt léger mais précis son clitoris. Comme il perçoit dans la respiration de Sofia le signe de l'imminence du plaisir, Zach lui murmure à l'oreille son apophtegme de Bataille :"L'acte sexuel est dans le temps ce que le tigre est dans l'espace" qu'il ne comprend toujours pas. Elle soupèse gentiment le pénis de Zach.

"Vous appelez ça un tigre ?" se contente de répondre Sofia, joueuse ou cruelle, c'est selon. Qui disait, songe Zach, que dans sexagénaire, il y a sexe ?


Carnets Littéraires, édition de l'Estuaire.
Offert par Jean-Yves.


Dans la même collection, La Photo, de Marie Desplechin, illustré par Eric Lambé.



Par Catgirl - Publié dans : Chronique de mes lectures - Communauté : Chronique de nos lectures
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