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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 16:01

 

derriere-le-miroir

 

 

 

 

 

Le film :

 

Un professeur, marié, un enfant, doit cumuler, en plus des cours qu'il dispense, un emploi de réceptionniste téléphonique dans une entreprise de taxis. La fatigue, le stress, les mensonges à sa femme, à qui il dissimule son deuxième travail, ont raison de son état de santé. Il a beau donner le change, à un moment, la douleur physique est telle que cela le conduit à l'hôpital. Les médecins découvrent qu'il souffre d'une pathologie qui le mène vers une mort certaine. Ces derniers lui proposent une alternative, un nouveau médicament, la cortisone. Mais malgré les recommandations, les mises en garde, les consultations pour s'assurer de son état, Ed Avery devient dépendant au médicament et les doses de plus en plus fortes (puisqu'il ne respecte pas le traitement) se révèlent néfastes pour lui.

 

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Film datant de 1956, le sujet reste toujours d'actualité, au moment où le scandale du Médiator explose en France. Le film peut se lire sur différents niveaux.

 

Le premier, qui est aussi le plus évident, est la mise en avant des cobayes humains à qui l'on propose de tester les nouveaux médicaments, qui pourraient leur sauver la vie, ou du moins la prolonger. La cortisone est un médicament dangereux quand il n'est pas utilisé comme le prescrit les médecins. Ed Avery n'a pas conscience de ce qu'une surdose de ce médicament peut entrainer chez lui, même si les médecins prennent soin de bien l'informer, même s'ils prennent soin de le rencontrer et de faire des bilans avec lui. Ed ment, cache, il parvient même à obtenir de la cortisone dans une pharmacie en se faisant passer pour un docteur. La cortisone, par les bienfaits apparant qu'elle lui procure (ses maux de dos sont soulagés), parce qu'il en abuse, finit par le tromper, par fausser son jugement.

Sa femme ne se doute de rien, elle reste impuissante face à son mari qu'elle voit changer, se durcir. Elle finit par mettre cela sur le compte de la maladie. Celle-ci devient désormais une excuse pour expliquer le comportement psychorigide d'Ed par rapport à leur fils, mais également par rapport à leur couple.

Doucement, Ed s'enferme dans un monde "parallèle", qui n'a plus de sens pour son entourage, qui ne comprend plus rien. Il devient paranoïaque, et ne voit que comme seule issue, la mort.

Ce film n'a rien de moralisateur, Nicholas Ray choisit de mettre en évidence les dangers de la dépendance aux médicaments. Il choisit aussi de mettre en avant une certaine vie américaine.

 

C'est la deuxième lecture que l'on peut faire du film. D'ailleurs, dans les bonus du dvd, on trouve une analyse de Jean Douchet sur "le mythe de la famille unie". Ce complément au film est très intéressant, il démonte le mécanisme du couple, à l'heure où l'on prétend que le mariage d'amour est un échec. Mais le mariage d'amour est-il réellement un échec. N'est-ce pas plutôt les mensonges, les tromperies des gens qui entraînent les échecs ?


La femme d'Ed est la parfaite ménagère américaine, mère au foyer, attentive au bien-être de son mari, comme de son fils. Elle s'oublie elle-même pour le bien de la famille. Ed, quant à lui, a l'image de l'homme telle qu'on la concevait à l'époque. Il ramène l'argent nécessaire au bon fonctionnement du couple. Sauf que la vie augmente, sauf que les besoins augmentent, et que son salaire de professeur ne suffit plus. Il choisit donc, en cachette, de prendre un second emploi, plutôt que d'en parler avec sa femme. Il refuse que sa femme travaille. Le mythe de l'homme pillier du couple, au moins financièrement à la vie dure. Aujourd'hui encore, il paraît inconcevable à certains hommes que leur femme puisse gagner plus d'argent qu'eux.

La femme d'Ed se voile la vérité sur ce dernier. Tout au plus, soupçonne-t-elle une liaison et quel soulagement lorsqu'elle découvre qu'il ne s'agit que d'un second emploi. Moyen pour elle de suggérer, bien timidement, qu'elle pourrait reprendre un travail.

La vie sociale créé des mythes sur le mariage, sur la maternité. C'est sans doute ces mythes qui ont la dent dure, qui provoquent les échecs, parce qu'au moment où l'on découvre les mensonges sociaux sur ces réalités (mariage, maternité, vie de couple, etc) bien souvent, on choisit de se mentir à soi-même, on finit ainsi par mentir à l'autre, à se créer une vie aussi fausse qu'idéalisée. On oublie d'affronter pour fuir dans le mensonge. On oublie de communiquer pour s'enliser, s'enfermer, jusqu'au jour où la vérité surgit, presque vicieuse, nous attrappe à la gorge, et nous saigne.

 

Mais rassurez-vous, ce film,  très sérieux, très subtil et très intéressant, est un grand classique du cinéma américain, qui comme le veut l'époque connaît une happy end. Un excellent thriller social, qui est toujours d'actualité pratiquement 55 ans plus tard.

 

 

 

 

 

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