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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 17:49


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Gilles Rozier parcourt l'Allemagne, pour la promotion de son livre Un amour sans résistance. A travers Fugue à Leipzig, il nous raconte ses impressions, ses rencontres, ses retrouvailles aussi, dans cette Allemagne d'après-guerre, d'après la chute du mur de Berlin.
Les mentalités ont-elles changé ? Le nazisme est-il réellement éteint ? Ne règne-t-il pas encore ce parfum d'anti-sémitisme ?
Gilles Rozier erre dans les grandes villes, découvrant que certaines cimétières juifs cottoient des boulevards au nom de camps de concentration. Il se rend compte également que la communauté juive s'est réinstallé en Allemagne, malgré ce qui est arrivé, car juif, c'est une religion, pas une identité nationale, parce que l'on peut être un juif allemand, comme un juif français, que juif, ce n'est pas une nationalité, mais une culture.
A l'occasion de ce tour littéraire, G. Rozier se livre à des exercices de lectures de son livre, en allemand, mais plus souvent en français. Et grâce à ce périple, il retrouve des personnes qui ont jalonné son enfance, les enfants d'amis de ses grands-parents, des personnes d'avant la guerre.

Une réflexion sur le présent, où se mêle avec un goût doucâtre, ce passé, pas forcément glorieux, voire carrément honteux, mais qui continue, si ce n'est à hanter certains d'entre nous, du moins à nous suivre à la trace.

Un journal sensible, sans amertume, comme une photographie d 'une réunification que nous n'avons vécu que de loin, sans vraiment en comprendre la portée, les conséquences.

Un livre journal qui nous permet également de découvrir le monde de la promotion littéraire, et qui nous amène également à nous titiller sur la perspective de lire Un amour sans résistance pour mieux saisir certaines questions posées à l'auteur.


Citation :


Un auditeur m'a demandé comment j'étais parvenu à restituer l'atmosphère d'une époque que je n'avais pas connu. J'ai répondu, en allemand, en citant je ne sais plus qui : "On peut être né dans les années 60 et avoir été assassiné à Auschwitz."

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commentaires

DID 09/01/2010 21:01


Toujours d'aussi fines fiches de lecture.
Bises ma Cat.


Catgirl 10/01/2010 21:01


merci mon Did, et bonne année à toi ! :0010:


Jean-Yves 09/01/2010 20:22


Les livres circulent dans la famille "C----T/R----R", ce qui me réjouis.
A propos d'Un amour sans résistance :
La langue de l'ennemi
Sous l'Occupation, les liaisons dangereuses d'un jeune germanophile.
Le personnage au centre de cette histoire raconte la guerre et l'occupation allemande qu'il a vécues, l'une de loin et l'autre de près, dans une ville de province. Plus tôt, son adolescence, puis
ses études, ont témoigné d'un amour puissant pour la langue allemande, qu'il finira par enseigner dans l'école de filles de sa ville natale. C'est un tout jeune homme, Hans-Joachim, rencontré en
Allemagne au cours de ses études, qui lui fait découvrir la littérature germanique. Il l'adorera aussitôt ; adoration vouée également au bel adolescent allemand qu'aux belles-lettres. Pour Hans,
"il n'y avait ni filles ni garçons, que des êtres doués ou non d'une sensibilité à l'art et à la beauté". Hans sera perdu de vue. L'autre, de retour chez lui, vit chez sa mère, avec sa sœur Anne,
et enseigne l'allemand. "Qu'elle était belle, la langue de Goethe et de Goebbels. " Drôle d'occupation pendant l'Occupation. Mais ils "étaient occupés, à des tas de choses". Ainsi la mère attend en
silence le retour de son époux réquisitionné, parti besogner dans quelque ferme ou usine de l'autre côté du Rhin. La sœur Anne, elle, attend son Volker, un officier SS qui lui a réquisitionné le
corps, qui la besogne chaque jour, avec lequel elle fait trembler les lustres et aboie de plaisir dans la chambre à l'étage, par-dessus le silence de sa mère. La vie va ainsi, dans un "patriotisme
mou, comme tant d'autres", à tendance collabo. Notre narrateur se voit lui aussi mis à contribution, chargé par l'occupant de traduire en allemand divers documents. Il n'ose pas refuser, doit dès
lors se rendre une fois par semaine au siège local de la Gestapo où on lui remet quelques feuillets. D'ailleurs, l'armée française lui avait demandé le même effort durant la drôle de guerre.
Coïncidence guère drôle. Un jeune soldat lui apportait alors régulièrement les pages à traduire, de l'allemand au français cette fois. Il n'a pas oublié ce jeune soldat, très beau, qui chantait
doucement dans le vestibule en attendant que la transcription fût achevée.
Voici le narrateur qui attend assis sur une chaise, dans un couloir où il voit passer, tête baissée, juste leurs pieds, tous ces gens arrêtés par la Gestapo pour laquelle, lui, il va travailler,
traduire. Il attend qu'on veuille bien le recevoir, qu'on veuille bien l'humilier, gentiment travailler pour l'ennemi. Il ne lève pas les yeux de peur de reconnaître quelqu'un, un voisin fait
prisonnier, résistant ou Juif arrêté ; ou craignant lui-même d'être reconnu, démasqué dans sa liberté ignoble.
Apparaît le jeune soldat, le Français, celui de la drôle de guerre, qui chantait dans le vestibule. C'est un Juif. Arrêté et attendant son mauvais sort, être emmené vers le fond du couloir, comme
les autres, le couloir à sens unique. Le traducteur se lève, marche vers le soldat juif, l'entraîne dehors, passe inaperçu dans la cohue. Chez lui, il le descend à la cave, le cache, l'enterre. "Le
garçon aux yeux turquoise du fond de la cave me sauvait la vie. J'entrais en résistance à ma minuscule manière. " La vie change alors, d'une routine à l'autre, les jours un par un se font
dangereux. Le Juif de la cave, Herman, parle yiddish, cette langue si proche de l'allemand. L'échange amoureux naissant entre les deux personnages dans ce sous-sol est également linguistique. La
révélation des langues est encore celle des sexes. On ne sait plus si l'homme qui parle, le narrateur, est bien un homme, on ne l'a jamais su, dès la première ligne une femme transfuge vivait
derrière tous ses je. Cette polysémie sexuelle c'est aussi le mimétisme des langues, l'allemand et le yiddish, l'homme et la femme dans un même personnage, les deux visages d'une même personne
énigmatique. Il y a en effet une énigme d'entre-lignes, étrangement invisible à la lecture. Quel est le sexe du narrateur ? L'évidence masculine disparaît aussitôt qu'on passe les mots au crible de
cette interrogation.
Gilles Rozier, 40 ans, a déjà publié deux romans aux éditions Denoël. Aujourd'hui responsable de la Maison de la culture yiddish, il réussit ici un tour de passe-passe amoureux et linguistique, en
serrant les deux langages ennemis, si proches, dans un combat fraternel, homonyme, sexuel, l'un et l'autre étant tellement le même. Le sexe des personnages, la puissance respective des deux
langues, cela est sans importance, seules comptent leurs similitudes.
Libération, Nicolas IOMMI-AMUNATEGUI, jeudi 6 novembre 2003


Catgirl 10/01/2010 21:00


merci Jean Yves !!!

c'est un livre que j'avais mis sur la liste de Noël, je ne l'ai pas eu, mais j'en ai eu beaucoup d'autres !!! pas grave, je persiste, il reste sur ma liste des livres à lire !

Bisous


Mon Grenier