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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 11:28

etoile jaune



Le livre :

7 juin 1942, Françoise Siefridt décide de porter l'étoile jaune imposée aux juifs. Elle ne change que la nomination "juive" pour "papou". Avec une de ses amies de classe préparatoire, Françoise tient à protester contre cette mesure visant à humilier les juifs, en les isolant de la population. Arrêtée par un policier flanqué d'un civil, la jeune fille va d'abord rester en garde à vue avant d'être transférée au camp des "Tourelles" pour terminer son "emprisonnement" au camp de Drancy. Elle va tenir un journal dans lequel elle rapporte les faits sans s'attarder sur des sentiments personnels.

Ce que j'en ai pensé :

La période troublée de la Seconde Guerre Mondiale, fut propice à la tenue de nombreux journaux. Le plus célèbre d'entre eux est incontestablement celui d'Anne Frank. Celui de Françoise Siefridt apporte un témoignage différent. Il relate l'acte d'une jeune fille chrétienne qui désapprouvait que l'on puisse rejeter un autre humain du fait d'une religion différente. Le journal de la jeune fille est intéressant parce qu'il relate des faits. On se demande pourquoi celle-ci ne va pas plus loin en livrant son sentiment, ses impressions. L'explication viendrait du fait que son journal pouvait être saisi à tout moment et se retourner contre elle. Elle se contente donc d'y livrer ce qu'elle fait durant sa détention, ce qu'elle voit, entend.

J'ai trouvé que la préface de Jacques Duquesne, ainsi que la postface de Cédric Gruat et les annexes, enrichissent le journal de Françoise. J. Duquesne permettant de replacer les choses dans leur contexte, en rendant à l'Etat français sa réelle participation et donc responsabilité dans les déportations juives, et C. Gruat d'analyser le journal pour  en montrer son intérêt.

Il ne s'agit plus aujourd'hui de décider qui est coupable, de crier à la monstruosité, nous n'avons plus besoin de cela. Les faits sont là, nous les connaissons. Il s'agit plutôt de rendre à César ce qui est à César. Les nazis ne sont pas les uniques responsables de la déportation juive. Le problème de la question juive, de la recherche d'un bouc-émissaire, qui serait responsable de tous les maux n'est pas nouveau. La preuve, l'affaire Dreyffus, et l'ombre d'Hitler ne planait pas encore ... La preuve, nous sommes en 2010 et les personnes persécutées durant ces années sombres le restent de manière plus sournoise.

Que nous apporte de plus ce journal ? Le témoignage d'une chrétienne pratiquante, qui a la foi dans son Dieu. Elle agit en son âme et conscience, "aime ton prochain comme toi-même", peu importe sa religion, sa couleur de peau, il a les mêmes droits que toi, il est comme toi, et à la fois différent.

La résistance n'est pas seulement dans des actes spectaculaires qui vont marquer les esprits dans la durée, c'est aussi un travail de longue haleine, quelque chose qui se fait en souterrain, souvent dans des actes anodins, pas visibles à l'oeil nu. Ce qui ne se voit pas existe, ce qui n'est pas dit existe pourtant aussi. Ces héros méconnus, sans soif de reconnaissance, qui ont résisté à leur manière pour défendre leur conviction de l'humanité.


Citations :

  (Préface)
  - On dénonce pêle-mêle le régime des partis, les congés payés, la mode féminine, la démocratie, les mauvais films et l'absence de religion. La France, écrivent les journaux et répètent les discours, "a mérité la défaite". Nombre de notables, dont on n'avait pas remarqué auparavant la ferveur religieuse, s'en vont prêchant que "la France est punie parce qu'elle a pêché".

  - Pierre Laval, dans un texte adressé aux ambassadeurs français en poste dans divers pays, souligne qu'il est "étranger à toute arrière-pensée doctrinale" et inspiré uniquement d'un "souci de prophylaxie nationale". Il ne s'agit, précise-t-il, que de "libérer notre sol de la présence d'immigrés qui se sont introduits en trop grand nombre chez nous au cours de ces dernières années.

  - "Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine, qui impose des devoirs et reconnaît des droits [...] Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et ces mères de famille. Ils font partie du genre humain : ils sont nos frères comme tant d'autres. Un chrétien ne peut l'oublier.

  (Le Journal de Françoise Siefridt)
  - Cela me frappe. Paulette et moi sommes des étudiantes. Les agents sont polis avec nous, et même courtois. Mais ce pauvre homme, c'est un chanteur des rues, alors ils le tutoient et lui parlent comme à un chien.

  - Les "politiques" méprisent les Juives qui sont arrêtées pour des bagatelles, tandis qu'elles, ce sont des terroristes, des militantes, des convaincues.

  - A midi, le groupe des internés juives, droit commun, amies des juifs, qui augmente sans cesse, a voulu empiéter sur le domaine des "politiques", qui sont au large, en leur prenant une table au réfectoire. Avec un parfait esprit de classe et une décision inébranlable, les "politiques" ont repris de force leur tables. Et nous, nous nous sommes tassées encore un peu plus, sans même leur opposer de résistance.

  - Déborah veut m'apprendre à critiquer, tout en respectant celui qui a un idéal, quel qu'il soit.

  - [...] (un juif et sa femme) attendent la chute d'Hitler afin de pouvoir retourner dans une Allemagne qu'au fond ils aiment. L'Alsace-Lorraine sera alors pour la France, me déclarent-ils, sans que je leur en aie parlé.

  (Posface)
  - Les faits confirment ces prévisions. Dès le 6 juin, deux premières étoilés - Alice Courouble et Lazare Villeneuve - sont interpellés dans les rues de Paris. Mais c'est le 7 que les arrestations se multiplient : seize non-juifs, jeune pour la plupart, sont arrêtés dans la capitale. Au total, ce sont trente-cinq personnes qui seront appréhendés par les forces de la répression à Paris entre le 6 et le 10 juin 1942 pur port d'une étoile détournée ou "fantaisiste".

  - Françoise Siefridt s'érige malgré elle au rang de témoin tristement "privilégiée" de l'internement et de la déportation des Juifs au cours de l'été 1942.

  - Dès la fin de 1941, le général Otto von Stülpnagel, qui commandait les forces allemandes en France, proposa au gouvernement de Vichy le port de l'étoile pour les Juifs. L'amiral Darlan, qui en était alors le chef, refusa, soulignant que d'autres mesures plus efficaces avaient déjà été prises par Vichy pour écartes les Juifs des emplois publics et des postes de commande [...]

 

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commentaires

Jean-Yves 28/02/2010 20:40


Le discours de Laval est toujours actuel : difficile de faire entendre l'enrichissement par les différences en période de "crise"...


Catgirl 01/03/2010 15:37


malheureusement oui, extrêmement difficile de faire comprendre que diversités et différences sont source d'enrichissement à de nombreux points de vue
...


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