Vendredi 29 janvier 2010
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Le livre :
Julie est une jeune femme de bonne famille, orpheline de mère. Elle s'est épris d'un certain d'Aiglemont, officier de Napoléon, marquis de surcroît. Son père lui prédit un mariage malheureux,
mais cette dernière n'en fait qu'à sa tête, il finit par céder. La première année de mariage passe, et la prophétie du père s'est réalisée. Julie s'ennuie, Julie s'est lassée de son mari, qui
lui-même s'est lassé d'elle. Se trouvant en Touraine, en visite chez une vieille tante d'Aiglemont, Julie s'amourache d'un anglais, coincé en France par décret de Napoléon. Amour purement
platonique qui aura des conséquences tragiques pour le jeune homme. Julie s'enferme dans un deuil qui l'occupe. La commisération sur soi-même prend du temps. Mais Julie finit par rencontrer un
homme de trente ans. L'amour s'installe, et elle devient plus qu'une femme adultère, sous les yeux de sa jeune fille, Hélène, fille d'Aiglemont.
Ce que j'en ai pensé :
Qu'il fût bon de se replonger dans de la bonne littérature ! Un vrai plaisir !
Balzac, comme dans toute sa "Comédie humaine", choisit d'étudier, à travers des hommes, des femmes, les moeurs de son époque. Ici, le mariage est le sujet de La femme de trente ans. Il nous montre à quel point les "jeunes filles en fleur" sont impressionnables par le bel uniforme, les beaux atours ou encore un joli
visage. Elles pensent que les apparences sont des garanties au bonheur et à la réussite d'un couple. Innocentes, happées par les conventions et autres règles sociales, elles sont souvent vouées à
épouser un "bon parti".
La découverte du mariage, plus que d'être un choc pour Julie, s'avère être un piège dans lequel elle se laisse dépérir. Alors qu'elle trouve dans en Touraine, chez la tante d'Aiglemont, un
soutien maternel, quelqu'un qui comprend ce qu'elle vit et qui promet de l'aider à faire contre mauvaise fortune bon coeur, elle doit faire face à un nouvel abandon, celle-ci décède. Julie se
résoud, elle a un enfant avec Aiglemont, une petite fille, Hélène.
Mais l'amour maternelle ne dure qu'un temps. Lorsque son amour platonique meurt, l'anglais qu'elle avait rencontré en Touraine, elle se détourne de sa fille, s'enferme dans une autre prison,
celui de l'amante veuve. Elle se laisse dépérir, part dans une de ses propriétés de Langeais, s'éloigne de sa fille, éconduit le curé du village, se croit au-dessus de la société, sa souffrance
prenant toute la place.
Mais souffre-t-elle d'avoir perdu un homme qu'elle prétendait aimer, ou souffre-t-elle d'avoir perdu une nouvelle fois quelqu'un qui la rendait importante ? Il semblerait que l'égoïsme de Julie
se mesure à ses besoins. Il semblerait également qu'elle ait dû mal à se contenter d'une démonstration qui ne soit pas de plus en plus imposante, passionnée, passionnelle. Aussi, avait-elle
trouvé refuge dans la maternité, pour oublier l'échec de relationnel de son mariage, et de la même manière, trouve-t-elle refuge dans ce deuil irréel. Elle aimait que l'anglais la fasse exister,
elle aimait exister par l'amour de quelqu'un. Elle aimait l'amour, et non l'anglais. Alors la souffrance représentée par la perte prend la place de l'amour, de l'idée de l'amour, au point qu'elle
en oublie sa fille. Oubliée l'amour maternel, pas assez fort, pas assez gratifiant sans doute, pour Julie.
Alors qu'elle se morfond dans un sentiment qui l'occupe, la rassure aussi, sans doute, Julie fait la connaissance d'un homme de trente ans, Vandenesse, bien né, intelligent. Ils apprennent à se
connaître, s'apprécier, et finissent par s'aimer. Envolées, les vertues de la marquise, elle s'abandonne à cet amour qui la fait exister, elle s'abandonne au point d'avoir un enfant de son
amant.
Toute la vie de la marquise d'Aiglemont est une tragédie, liée à son égoïsme, semble nous dire Balzac. Peut-on vraiment dire qu'il s'agisse là d'un égoïsme, ou bien juste de l'impulsion des
jeunes filles qui pensent tout savoir, persuadées qu'elles ne feront pas les bêtises de leurs ainées, persuadées qu'avec elles, tout sera différent. Mais la vie nous apprend qu'il faut être
humble, et savoir regarder autour de soi. On a toujours à tirer des leçons de la vie des autres. Julie est-elle égoïste ou insouciante ? Inconsciente ou fleur bleue ? Qui peut le dire ...
L'époque (XIX° sc) imposait bien des contraintes aux femmes, le mariage se révélait être une prison à laquelle il fallait s'accommoder. Si les hommes avaient des maîtresses (des femmes du monde,
des courtisanes ...) les femmes n'étaient pas en reste ..
Un roman présenté comme une étude de "femme", une étude de la société aussi, avec de très beaux passages rappelant l'amour que Balzac portait à sa chère Touraine, à lire ou relire, pour un vrai
moment de littérature.
Citations :
- Ainsi, par un effet du hasard, les deux personnes qui se trouvaient dans la calèche eurent le loisir de contempler à leur réveil un de plus beaux sites que puissent présenter les
séduisantes rives de la Loire. A sa droite, le voyageur embrasse d'un regard toutes les sinuosités de la Cise, qui se roule, comme un serpent argenté, dans l'herbe des prairies auxqueles les
première pousses au printemps donnaient alors les couleurs de l'émeraude. A gauche, la Loire apparaît dans toute sa magnificence. [...]A travers le tendre feuillage des îles, au fond du tableau,,
Tours semble, comme Venise, sortir du sein des eaux. Les campaniles de sa vieille cathédrale s'élancent dans les airs, où ils se confondaient alors avec les créations fantastiques de nuages
blanchâtres. [...] Aussi rien n'est-il comparable, dans le cours de la Loire, au riche panorama que la Touraine présente alors aux yeux du voyageur.
- Hélas ! madame, répondit Julie, ne faut-il pas bien aimer un homme pour l'épouser ?
Cette dernière phrase fut accentuée par un ton de naïveté qui trahissait tout à la fois un coeur pur ou de profonds mystères. Or, il était bien difficile à une femme amie de Duclos et du
maréchal de Richelieu de ne pas chercher à deviner le secret de ce jeune ménage.
- C'est un de ces petits châteaux de Touraine, blancs, jolis, à tourelles sculptées, brodés comme une dentelle de Malines ; un de ces châteaux mignons, pimpants qui se mirent dans les eaux
du fleuve avec leurs bouquets de mûriers, leurs vignes, leurs chemins creux, leurs longues balustrades à jour, leurs caves en rocher, leurs manteaux de lierre et leurs escarpements.
- [...] la marquise était un enfant du dix-huitième siècle dont les croyances philosophiques furent celles de son père. Elle ne suivait aucune pratique religieuse. Pour elle, un prêtre
était un fonctionnaire public dont l'utilité lui paraissait contestable. Dans la situation où elle se trouvait, la voix de la religion ne pouvait qu'envenimer ses maux ; puis, elle ne croyait
guère aux curés de village, ni à leurs lumières ; elle résolut donc de mettre le sien à sa place, sans aigreur, et de s'en débarasser à la manière des riches, par un bienfait.
- Madame, ces trois enfants aimaient leur père autant qu'ils étaient aimés par lui. Si vous connaissiez bien l'insouciance des jeunes gens qui, emportés par leurs passions, n'ont jamais de
temps à donner aux affections de la famille, vous comprendriez par un seul fait la vivacité de leur affection pour un pauvre vieillard isolé [...]. Il ne se passait pas de semaine qu'il ne
reçût une lettre de l'un de ses enfants. Mais aussi n'avait-il jamais été pour eux ni faible, ce qui diminue le respect des enfants ; ni injustement sévère, ce qui les froisse ; ni avare de
sacrifices, ce qui les détache. Non, il avait été plus qu'un père, il s'était fait leur frère, leur ami.
- Mais elle retomba bientôt dans ses amères contemplations, et se dit, comme le prisonnier, qu'un compagnon de douleur n'allègerait ni ses liens ni son avenir.
- Obéir à la société ? ... reprit la marquise en laissant échapper un geste d'horreur. Hé ! monsieur, tous nos maux viennent de là. Dieu n'a pas fait une seule loi de malheur ; mais en se
réunissant les hommes ont faussé son oeuvre. Nous sommes, nous femmes, plus maltraitées pas la civilisation que nous ne le serions par la nature. La nature nous impose des peines physiques que
vous n'avez pas adoucies, et la civilisation a développé des sentiments que vous trompez incessamment. La nature étouffe les êtres faibles, vous les condamnez à vivre pour les livrer à un constat
de malheur. Le mariage, institution sur laquelle s'appuie aujourd'hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l'homme la liberté, pour la femme les devoirs.
- Tout révélait une femme sans intérêt dans la vie, qui n'a point connu les plaisirs de l'amour, mais qui les a rêvés, et qui se courbe sous les fardeaux dont l'accable sa mémoire ; une
femme qui depuis longtemps a désespéré de l'avenir ou d'elle-même ; une femme inoccupée qui prend le vide pour le néant.
- Je maudissais ces pauvres riches qui, dégoûtés de notre belle France, vont acheter à prix d'or le droit de dédaigner leur patrie en visitant au galop, en examinant à travers un lorgnon
les sites de cette Italie devenue si vulgaire.
Par Catgirl
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Publié dans : Chronique de mes lectures
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