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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 13:17

 

serrurier 248

 

Le livre :

 

Marc menait la vie qu'il avait choisi. Pépère, en banlieue parisienne, une femme à qui il n'a toujours pas demandé de vivre avec lui, un boulot qui est risqué mais qui s'inscrit dans une certaine routine, convoyeur de fond. Toute sa vie va se trouver bouleverser le jour où, Marc sera victime d'un braquage. Ses deux collègues meurent, lui se trouve de longs mois à l'hôpital. Une nouvelle vie a réinventer, un traumatisme à supporter.

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

  Marc s'était toujours contenté de ce qu'il avait et n'aspirait à rien de mieux que ce qu'il était déjà : un homme ordinaire. Très tôt, il s'était avoué son goût pour la tranquilité et avait laissé aux autres leurs rêves de démesure. Jour après jour, il sculptait sa vie avec la patience de l'artisan qui sait que dans les objets les plus simples on trouve aussi de la belle ouvrage.

  D'ailleurs, d'où venait cette dictature des passions, des destins exceptionnels ? Qui avait décrété qu'il fallait choisir entre l'exaltation et la mort lente ? Qui s'était pris à ce point pour Dieu en affirmant que Dieu vomissait les tièdes ? Derrière chaque ambitieux, Marc voyait un donneur de leçons qu'il laissait libre de courir après ses grandes espérances. Lui ne demandait qu'à passer entre les gouttes, et à se préserver de la frénésie de ses contemporains. Si le monde courait à sa perte, il refusait d'en être le témoin.

 

Combien de Marc sur terre, qui n'ont qu'un désir, vivre leur vie et surtout que le reste du monde leur foute la paix ! Aussi, Marc, loin d'un monde d'apparence, loin de répondre à ce qu'une société peut attendre des gens qui la composent a choisi de vivre sa vie comme il l'entend, et de l'assumer. Il a une liaison qui vit au rythme des week-ends libres, imposés par le divorce de sa maîtresse, qui en passant, est son amour de jeunesse, il a son boulot, qui lui permet d'avoir une vie organisée, et routinière. Pas d'ambition, ne pas courir après un toujours plus qu'aujourd'hui on appelle la "croissance". Marc n'a pas besoin de reconnaissance sociale, il veut juste vivre tranquillement.

 

Seulement, la vie fait ce qu'elle veut. Le braquage de son camion blindé tourne au drame. Deux morts, et un traumatisme humain. Survivre, en sachant qu'on est le seul vivant de cette folie meurtrière, survivre des traumatismes physiques, survivre des traumatismes morals. Marc s'enferme sur lui-même, n'acceptant plus aucun contact avec l'humain que de manière obligé, cet humain, qui par sa soif du toujours plus, possible par l'argent, lui a volé sa vie "pépère".

 

A sa sortie de l'hôpital, Marc tombe peu à peu. Il perd tout ce qu'il a construit, il perd ses repères, il sombre dans l'alcoolisme, la violence. Enfin, et c'était une décision irrévocable, il voulait vivre à contresens du monde en marche. Se terrer quand les autres sont debout, et agir quand ils dorment. Il connut les plaintes des voisins, la tabagie du matin au soir, les crises de larmes sur les bancs publics, les journées entières dans l'alcool, les pulsions de violence envers lui-même et envers les autres. Un matin, en sortant d'un commissariat, il se retrouva devant la porte de son studio, sans clés, sans papier, sans argent. Une voisine eut la gentillesse d'appeler un SOS-dépannage-serrures qui arriva dans l'heure. En le voyant déballer ses outils et se mettre au travail, Marc lui posa des questions sur son job de serrurier.Mais il ne se perd pas lui. Car pour Marc, il s'agit avant tout de retrouver sa tranquilité, et de savoir comment la retrouver. Une rencontre suffira à provoquer un déclic en lui. Serrurier, il sera serrurier. Il s'oublie dans son travail, pour ne pas être seul face à lui-même dans son petit studio parisien. Il s'oublie dans un nombre incalculable d'heures, rencontrant ses contemporains, perdant leur clé pour diverses raisons.Rien ne le protégeait mieux que la nuit. Depuis l'hôpital, il en avait fait son territoir et s'y déplaçait désormais avec aisance. Pour Marc, l'espèce humaine se divisait en deux clans : ceux qui participent au monde en marche, et les autres. Mais à la tombée du jour, les règles changeaient : il y avait ceux qui dormaient, et ceux qui avaient une bonne raison de ne pas le faire. Parmi ceux-là, certains avaient un urgent besoin de lui et de son don pour passer les portes. Ces interventions nocturnes le reposaient de toutes les questions qui le terrorisaient à la lumière du jour. Cette vie à l'envers le remettait dans le bon sens, et rien ne lui semblait plus limpide que cette obscurité.

 

serrurier-volant-benacquista

 

Sa vie nocturne, harrassante s'achève par une séance à la piscine, qui lui permet de délier ses muscles endoloris par sa nuit, et toujours écorchés par le drame. La première séance avait failli mal se terminer. Il s'était senti infantilisé, à barboter dans le petit bain, sa bouée en briques de mousse bleu autour de la taille, à entendre la kiné qui disait "on" à chaque nouvel exercice : "Maintenant on va cambrer le dos et fléchir", "On vient de fournir un gros effort, on va se détendre un peu avant de reprendre" voilà qu'"on" cherchait à lui ôter son dernier bien : sa dignité de grand blessé.

 

Sa vie était redevenue routinière mais le drame et le traumatisme qui en avait découlé restait là, sûrement niché. Les séances épisodiques chez le psy ne l'aidaient qu'à certains moments, mais tout le travail restait à faire. Il rencontre alors une jeune femme brune, en plein divorce, les clés perdues  de son appartement chic et vide du XVI, ses déboires. Une autre rencontre lui permettra de fermer la porte de ce drame, pour se réinstaller dans la vie qu'il avait choisi.

 

 

Un roman humain sur le traumatisme, la descente aux enfers, et les moyens que chacun trouve en lui pour surmonter son drame humain et de nouveau, avancer.

 

 

 

Collection des carnets littéraires.

Dans la même collection

 

Portrait d'Ari la nuit ; L'Ours ; Cendres ; La chapelle sextine ; La photo ; Le sac à main

 

Livres tous offerts par Jean-Yves de Culture et débats

 

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commentaires

Dam 14/05/2010 14:12



Une histoire accompagnée par les dessins de Tardi... De quoi m'ouvrir l'oeil ! (et en parlant d'ouvrir l'oeil, juste au moment d'écrire ce com virtuel, je viens de surprendre une mésange au bord
de la fenêtre... Il est donc temps de fermer cette fenêtre internet pour ouvrir la fenêtre réelle de la vie) Vivement ton retour !



Catgirl 17/05/2010 09:38



les superbes mésanges remontées d'Afrique, pendant que seules qui nous ont charmés pendant l'hiver ont migré vers le nord






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