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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 17:39



Le livre :

Louis a vécu dans la pauvreté, mais à force de volonté et de travail, il réussit ses études, et devient le secrétaire particulier d'un riche homme d'affaires malade. Ce dernier lui confie toutes ses affaires privées, le but : que le jeune homme lui succède un jour, à la tête de son empire.
Au début, Louis ne veut pas de ce poste, il veut garder son indépendance, sa liberté, mais la maladie de son directeur l'oblige à revenir sur sa décision.
Il s'installe donc dans l''hôtel particulier, rencontre femme et enfant. La maîtresse de maison se montre pleine d'attentions pour le jeune homme, le comprenant, anticipant ses désirs. Peu à peu, Louis découvre la passion amoureuse avec cette femme, si différente de celles qu'il a pu connaître avant.
Cependant, l'amour reste platonique, Louis doit partir en Amérique du Sud, la première Guerre Mondiale explose, il reste loin de ce gachis pour veiller à la prospérité de l'entreprise, dans cet autre monde. Mais la femme de son bien-faiteur ne l'a pas oublié, quand neuf ans plus tard, ils se retrouvent. Louis, bien qu'il ait fait fortune, qu'il se soit marié, et soit devenu père de famille, n'a pas oublié ce premier amour. Ils espèrent alors revivre les émois du passé.


Ce que j'en ai pensé :

Cette nouvelle est efficace à plus d'un titre. L'économie de la phrase, les mots justes. De l'enfance miséreuse qui entraîne une dépendance à l'autre, qui se trouve dans un confort et que l'on ne veut pas reproduire, cette liberté qui se gagne par une auto-suffisance matérielle, de cet amour partagé mais non abouti qui devient un rêve fantasmatique, fantomatique, un espoir, une espérance, un jardin d'Eden qui semble à jamais perdu.
Zweig parvient à montrer comment le souvenir d'un amour, d'un sentiment amoureux peut perdurer en soi, au point de nous faire oublier la réalité, les gens réels. Le souvenir agit sur le cerveau comme une nourriture. On espère, on se remémore, on installe une histoire qui n'a plus lieu d'être, que dans le passé.

La vie, par ses événements particuliers (ici la guerre), oblige à se défaire peu à peu de ces souvenirs qui finissent par se perdre.
Mais le coeur, lui, n'oublie pas qu'un jour, ailleurs, il y a eu cette femme. Malgré tout, ce que j'appellerai l'"instinct de vie" reprend le dessus. Louis, malgré cette histoire, prend femme, devient père. Pourtant, rien n'est réellement vécu à fond, car le fantôme du passé reste présent, au détriment de ce présent bien "réel".

Aussi, quand neuf ans plus tard, Louis doit se rendre en Allemagne, il ne peut s'empêcher de retourner vers cet amour passé, lointain. Il ne peut s'empêcher de rappeler à son hôtesse la promesse faite avant son départ pour l'Amérique centrale.

La promesse entrain de s'accomplir devient un poids, pour l'un comme l'autre. Pour lui, parce qu'il se rend compte que ce qu'il aime, c'est davantage l'idée de cet amour inachevé que cette femme devant lui, plus vieille, vieillie, parce qu'il se rend compte qu'elle lui donne ce qu'elle a promis, pour lui faire plaisir à lui, alors qu'elle sait que c'est une erreur.

La promesse ne peut s'accomplir jusqu'au bout. Lui s'est créé une vie où elle n'avait pas sa place. Elle avait continué à vivre, se réjouissant de sa bonne fortune, à lui.

Certaines amours doivent restées inachevées, c'est ce qui les rend plus belles, cet inachèvement.


Citations :


- L'amour ne devient vraiment lui-même qu'à partir du moment où il cesse de flotter, douloureux et sombre, comme un embryon, à l'intérieur du corps, et qu'il ose se nommer, s'avouer du souffle et des lèvres. Un tel sentiment a tant de mal à sortir de sa chrysalide qu'une heure défait toujours d'un coup le cocon emmêlé et qu'ensuite, tombant de tout son haut dans les plus profonds abîmes, il s'abat, avec une force décuplée, sur un coeur terrorisé.


- Il n'est pas dans la nature humaine de vivre, solitaire, de souvenirs et, de même que les plantes, et tous les produits de la terre, ont besoin de la force nutritive du sol et de la lumière du ciel, qu'ils filtrent sans relâche, afin que leurs couleurs ne pâlissent pas et que leur corolle ne perde pas ses pétales en fanant, ainsi, les rêves eux-mêmes, même ceux qui semblent éthérés, doivent se nourrir un peu de sensualité, être soutenus par de la tendresse et des images, sans quoi leur sang se fige, et leur luminosité pâlit. [...] Chaque jour consumé dans le travail déposait quelques petites poussières de cendre sur son souvenir ; il rougeoyait encore, comme des braises sous le gril, mais, finalement, la couche grise ne cessait de s'épaissir. Il lui arrivait encore d'exhumer ses lettres, mais leur encre avait pâli, leurs mots n'atteignaient plus son coeur et, un jour, il fut saisi d'effroi en voyant sa photographie, parce qu'il ne pouvait pas se rappeler la couleur de ses yeux. Et il ne recourait que de plus en plus rarement aux témoignages naguère si précieux, auxquels il prêtait une vie magique, déjà fatigué, sans le savoir, de son silence éternel, de cette discussion absurde avec une ombre qui ne lui donnait aucune réponse. [...] Il chercha des amis et des femmes avec qui se lier. Et lorsq'un voyage d'affaires, pendant la troisième année de la guerre, le conduisit dans la maison d'un Allemand, négociant en gros, à Veracruz, et qu'il y fit la rencontre de sa fille, silencieuse, blonde et femme d'intérieur née, il fut submerger par l'angoisse de rester indéfiniment seul au milieu d'un monde que la haine, la guerre et la folie des hommes menaient à sa perte. Il se décida dans l'huere et épousa la jeune fille. Puis vint un enfant, un second suivit, fleurs vivantes épanouies sur la tombe oubliée de son amour.





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