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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 16:18


Le livre :

De la Seconde Guerre Mondiale, à l'ex Yougoslavie, la guerre d'Algérie, la révolution à Cuba, François Maspero nous entraîne dans ses réflexions sur le monde, les gens, la vie, sa vie, avec pour fil conducteur la littérature et l'histoire.

Ce que j'en ai pensé :

L'impression qui se dégage et qui reste d'un bout à l'autre du livre, c'est l'incroyable humilité de l'auteur. Le lecteur s'inscrit dans un partage "intime", comme si François Maspero se trouvait en face de lui, lui racontant son histoire, les leçons de vie qu'il en a retirées, d'une manière simple, et tellement humaine.
Juge-t-il ses semblables ? Essaye-t-il seulement de comprendre la vie ? Est-il indulgent ou lucide ?

L'homme n'est pas un être parfait. La vie est faite d'expériences, d'erreurs, d'amitiés, chaque chose aide l'homme à se construire, tant soit peu qu'il soit capable de s'ouvrir aux autres, à la vie, à lui-même.

François Maspero est "un fils de" et "un frère de" qui sont morts durant la Seconde Guerre mondiale. Un père mort en camps de concentration, un frère fusillé pour faits de communisme. Des interrogations sur le comportement de son père, de son frère, des ressentis d'enfants, mais pas une pointe de haine.
Et puis, il y a ces récits de guerres, la Bosnie, l'Algérie, la rencontre avec Castro et le Tché. La recherche de témoignages d'hommes, de récits, de mots. Peut-être des mots pour comprendre, des mots pour mettre des mots sur des choses, des sentiments.

François Maspero a été libraire, éditeur. Il a traduit nombres d'ouvrages, il a écrit lui-même. Rien ne semblait le prédestiner à une vie tournée vers les mots, les récits d'histoire, d'Histoire, d'idées.
Il a publié des livres d'idées qui lui semblaient importants de diffuser. Il s'est impliqué dans l'Histoire à sa manière.

Ce que l'on ressent, au-delà de l'humilité de Maspero, c'est le besoin de faire partager du vécu, des idées, des témoignages.

Il ne donne pas de réponses, il donne à réfléchir, à s'interroger. Il met en avant le comportement des gouvernements, des gens de pouvoir, mais aussi, le comportement des gens du "peuple", ces gens qui subissent le comportement des gens de pouvoir. On ressent aussi le besoin de mettre une autre vérité en face du lecteur, ce que l'on nous raconte, et ce qui est là, en vrai, comme sur la guerre d'Algérie.


Un livre riche dans l'humain, dans la recherche de l'humain ; le respect de la pensée, de ceux qui se battent, combattent pour des idées qu'ils pensent justes, pour la vérité de l'Histoire. Et peut-être la conscience que si l'on parvient à mettre des mots sur nos vérités pour s'ouvrir un peu plus, d'autres mettent des mots sur les mensonges pour nous enfermer toujours plus ...



Citations :

   - "J'ai fait confiance à Nuit et Brouillard, parce que ce film, monté à partir de documents tournés à la libération des camps, en donne l'image des derniers jours, ceux, justement, de la mort de mon père. D'ailleurs ma mère revint bouleversée de la projection - qui avait eu lieu, est-ce un hasard, au musée de l'Homme -, car, autre et contradictoire cauchemar, elle n'avait pu s'empêcher de chercher le corps de mon père dans les amoncellements balayés au bulldozer. Je continue de penser que ce film est le témoignage le plus fidèle, et le moins déclamatoir. Parce qu'il ne donne à voir des camps, aux autres, à nous, à ceux de l'extérieur, que ce qui a pu être visible le jour où cela devitn visible. Parce qu'il ne cherche pas à reconstituer le fameux "indicible" des morts et des survivants : il montre leurs corps. Il ne se fonde pas sur un discours rétrospectif, il donne le seul immédiat qui ait pu être appréhendé par la caméra et fait confiance au spectateur pour qu'il devienne plus qu'un spectateur, pour qu'il fasse seul la dure remontée du temps. Il dresse le constat de ce qui est, de ce qui reste : l'irrémédiable désastre de notre humanité.

   - Certains de mes contemporains, qui furent et restent des enfants juifs rescapés du massacre de leur famille, disent qu'ils ont vécu avec un sentiment diffus de remords, voire de culpabilité. Coupables, simplement, d'être des survivants. Simplement ? Ce n'est pas si simple d'être un survivant, si l'on s'interroge sur l'injustice du sort auquel on doit la vie quand les siens en sont morts, sur cette loterie qui a fait qu'on doive considérer comme une chance de ne pas avoir suivi jusqu'au bout ceux qu'on aimait et dont on est la chair de la chair. Je ne sais si ce sentiment-là en poursuit d'autres de façon aussi radicale. Mais je sais que, si différente que soit mon histoire, j'en ai traîné longtemps quelque chose. Adolescent, ce remord prenait, entre autres, la forme de cette question { que se serait-il passé si} [...]
  Mais aujourd'hui je vois bien qu'à la source de cette vague culpabilité qui colle à l'esprit comme à la peau, qui colle à toute une vie et qu'aucune rationalité ne peut effacer, il y a autre chose : ce n'est pas tout d'être un survivant, encore faudrait-il pouvoir se prouver qu'on en est digne. Qu'on n'est pas seulement des laissé-pour-compte.

   - L'ironie, c'était aussi la distance indispensable pour trouver le sens et ne pas en rester piégé.

   - [...] si la France de Vichy est bien la vengeance tardive des antidreyfusards, la France de la résistance n'est pas l'apanage des héritiers des deryfusards.

   - Seuls les imbéciles imaginent pouvoir être sûrs de ne pas parler sous la torture - si tant est que les imbéciles se posent la question. Ce qui compte n'est pas de parler ou pas, c'est ce qu'on dit quand on en arrive au point où l'on ne peut que parler.

   - Parler sous la torture n'enlève en rien le statut de héros à celui qui l'a fait. Les vrais, les seuls lâches sont ceux qui ont conduit leur vie de manière à ne jamais se trouver en situation d'être torturés.

   - Nous trahissions la France en dénonçant la guerre coloniale, la torture et l'écrasement d'un peuple. Nous étions, j'étais, en colère. Si c'était cela, mon pays, je n'avais pas honte de la trahir, au nom de l'idée que je m'en faisais et que je voyais, moi, trahie. "Que pas une de nos actions ne soit pure de la colère", avait écrit Nizan. "Je leur dois du mal. Ils ont failli me perdre."

   - Il est certainement utile, c'est un devoir, de commémorer sans fin le souvenir du sacrifice de victimes innocentes, mais il est utile aussi de garder la mémoire têtue et vivante de ce pourquoi, en connaissance de cause, les êtres aimés sont morts, eux qui n'étaient pas des victimes, eux qui n'étaient certes pas innocents.


   Et il est surtout utile d'aimer les vivants. Les vrais.

  



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commentaires

:0010:Liliflore:0091: 08/10/2009 18:05


tu as bien vu c'est du pastel mais le prochain sera aussi en gouache je viens d'achter le matériel et on verra bien si c'est aussi facile que le pastel.
Comme toujours ton résumé et analyse d'un livre est super intéressante, mais malgré tout je ne suis pas sure d'avoir envie de le lire. Petit copier/coller : raison de mon silence actuel :
Actuellement je suis très prise car j'ai du monde à la maison et nous sortons beaucoup, je serai de nouveau plus disponible à partir de dimanche. Tèrs bonne fin de journée à toutes et tous avec des
bigs bisous bien humides avec le déluge qui arrose le jardin en ce moment.


Catgirl 08/10/2009 20:27


c'est un livre un peu difficile, parce que ce n'est pas un roman ...
il faut etre prêt à entendre autre chose que ce que l'on sait, être prêt à sortir de tout ce que l'on nous a appris ...

pour la gouache c'est assez facile à utiliser, mais cela ne donne pas le même plaisir que l'aquarelle ;)

bisous


DID 07/10/2009 20:01


Un gros bisou en passant ma Cat.


Catgirl 07/10/2009 21:32


gros bisous mon Did


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