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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 14:11



Le livre :

Alors que sa mère vient de mourir, le narrateur se trouve confronté, non seulement aux souvenirs de celle-ci, mais à sa propre histoire familiale. Il replonge alors dans la Seconde Guerre Mondiale. Sa mère était juive, son père non. Ses grands-parents furent déportés à quelques jours de la fin de la guerre, et assassinés dans les camps. Plutôt que de laisser le passé où il est, le narrateur choisit de chercher, fouiller dans ce passé troublant, à la recherche de ses racines.


Ce que j'en ai pensé :

J'avais vu le téléfilm, et je me doutais que le livre serait plus à même de répondre à mes questions, chose que ne faisait pas le téléfilm.

J'ai souvent l'impression qu'entre le moment où j'acquiers un livre, et le moment où je le lis, je dois mériter ce moment, m'y préparer. Il m'avait d'abord fallu lire le très bon "Les abeilles et les guêpes" de François Maspero pour mieux comprendre le "Plus tard, tu comprendras" de Jérome Clément.

Je trouve dans ces lectures, un ton qui n'a rien de complaisant mais qui n'est pas non plus enprunt de colère. Il y a comme une humilité, une recherche de vérité dont on sait au final que, bien souvent les questions resteront sans réponses.

Jérome Clément évoque son histoire personnelle. Ses parents forment un couple mixte religieusement mais aussi culturellement. Elle est émigrée russe, juive de surcroît. Il descend d'une vieille famille française, catholique. Leurs parents sont opposés à leur mariage, qu'importe, l'amour l'emporte. Mais la réalité les rattrape. Le père se montre distant, et se révèle ne pas être l'époux rêvé. Peu importe, on s'accommode.  Il y a la rencontre avec une cousine, et le coup de foudre. Après la guerre, le mari quitte sa femme, pour épouser en seconde noce, cette cousine. Mais le couple vivra les mêmes affres sentimentales, car le père reste un mystère pour ses épouses, et pour ses enfants aussi.
Il y a la mère. Fantasque, savante, érudite, à la fois attachante et surprenante. Elle connaît le prix de la vie et a besoin de ses frivolités. La vie n'est pas une partie de plaisir, mais on doit pouvoir trouver les moments de bonheur pour en profiter.

Quand la guerre survient, la famille s'adapte, il le faut. Une petite fille est née, Catherine, il faut la protéger. On l'envoie en zone libre, dans la propriété paternelle. Malgré les dangers, sa mère reste à Paris où elle dirige une officine. Celle-ci passe au nom du père en raison des lois juives.
Les grands-parents maternels se voient interdit de pratiquer leur métier de fourreur, ils fuient en zone libre, non loin d'Ouradour sur Glane.

Il faudra la mort de sa mère pour que le narrateur découvre son histoire, l'histoire de sa famille, sa naissance. Mais il faut plus que la mort, il faut aussi l'envie de savoir pour parvenir à refaire le chemin à l'envers, comprendre sa mère, tout comprendre. En 1995, lorsque Jacques Chirac fait ouvrir les archives françaises, et reconnaît la participation de l'Etat Français dans l'extermination juive, il permet à de nombreuses personnes de faire des recherches sur leur famille. Jérome Clément découvre ainsi la monstruosité de l'Etat français après la guerre, les demandes d'arriérés d'impôt sur des magasins qui n'appartenaient plus aux juifs, sur la maison familiale réquisitionnée et vandalisée, pillée, les impôts sur un chiffre d'affaire qu'ils n'ont pas fait. Le juif n'était rien, n'était pas reconnu en tant que victime. Pas de passe-droit. Rien. Il fallait prouver les préjudices, mais souvent on était débouté.

Le livre de Jérome Clément sonne comme un devoir de mémoire. Qui se souviendra si personne ne dit ? Qui se souviendra si personne ne parle, n'en parle ? Qui expliquera ce qui est arrivé ?
Il n'y a pas que les méchants nazis, il n'y a pas que les nazis qui soient responsables. C'est un pays, ce sont des peuples, c'est tout le monde qui est responsable d'avoir laissé faire, et ensuite de ne pas avoir voulu reconnaître et assumer ses responsabilités.

Alors, à Mitterrand la peine de mort, le travail de fond pour que la guerre froide cesse, et à Chirac la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans l'extermination du peuple juif.

Non non, je ne dirais pas, à Sarkozy le devoir de mémoire par l'obligation de la lecture de la lettre de Guy Moquet. Il serait plus constructif, en devoir de mémoire, de rendre obligatoire la lecture du "Matin Brun" de Franck Pavloff ... mais je n'ai rien dit, il va de soi .


Toujours est-il que le livre de Jérome Clément, navigue entre la volonté de garder une harmonie familiale, de ne pas se laisser ensevelir par le pire, les malheurs, mais bien de vivre, parce qu'il faut vivre, parce qu'on a le devoir de vivre, et la recherche de son histoire familiale, pour mieux comprendre ce qui est arrivé, pour aussi mieux vivre son deuil, et sa vie, au final.




Quelques citations :

- L'agonie des vieillards, ces anciens adultes superbes, dont les visages resplendissants reviennent à l'esprit lorsqu'on les voit, misérables, perdus dans leur chemise de nuit, ombres décharnées et mutiques, cette agonie est intollérables.

- En les écoutant, je comprenais comme il est difficile d'admettre, quand on est maire, qu'il y a eu des délations dans sa commune, alors que les familles sont toujours là, et que rien n'est oublié. Comment admettre, quand on est résistant, que l'on a fusillé rapidement, même si, après la Libération, des procès ont eu lieu justifiant les exécutions sommaires ? Comment vivre, les générations se succédant, avec ces histoires si lourdes, sinon en les racontant chacun à sa façon ?

- Dans le grand classeur vert, dont j'ai parlé plus haut, j'ai retrouvé, consterné, de nombreuses elttres d'avocat et des correspondances, hélas édifiantes, sur les négociations financières ayant abouti au divorce de mes parents. Ce fut une épreuve, même si les morts sont enterrés depuis longtemps. Le classeur vert était à côté de la pochette rouge qui contient les lettres des jeunes fiancés de 1935 à 1937 ... Ma mère voulait à tout prix obtenir la garde de ses deux enfants. A tout prix ... Mon père lui fait payer cher ses revendications de mère. L'argent serait-il un passage inévitable quand se crispent les relations affectives ? Et si je vends tout, est-ce aussi pour me délivre de cet amour maternel ?

- J'ai longtemps cru mon enfance calme et heureuse. On ne manquait de rien. Mais je sais maintenant d'où vient cette immense tristesse qui parfois m'envahit.
  Il a fallu toutes ces années, du temps, de la réflexion et la découverte de correspondances pour que j'en sache un peu plus.
Rien ne remplace ce qui n'a pas été, notamment l'enfance.




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commentaires

little cat 30/11/2009 11:48



Il a l'air superbe ce livre!



Catgirl 30/11/2009 20:00


bien meilleur que le téléfilm à mon sens


:0095: Maitre Po, devin 25/11/2009 09:44


Coucou Cat !
Je n'ai en ce moment guère le temps d'aller sur les blogs. En, plus, je vais faire un truc que je n'ai quasiment jamais fait, c'est mettre un commentaire sans parler de l'article (de toute façon,
ce serait difficile, là, je n'ai pas vu ce téléfilm et encore moins lu le livre).

Bonne fête, Cat ;-)


Catgirl 25/11/2009 19:48


rho tu serais presque un méchant garçon !!! mais non finalement !!!


:0010:Liliflore:0091: 24/11/2009 23:57


kikou,me revoilou.
J'adore tes résumés de lecture car tu as le chic pour me donner des envies de lecture. C'est toujours concis et bien dit. Bonne nuit avec des bigs bisous d'une vacancière super vannée


Catgirl 25/11/2009 06:16


j'espère que tu as passé de bonnes vacances !!! bisous bisous


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