Lundi 27 avril 2009
Ani Lobsang Dolma. Nonne tibétaine incarcérée durant cinq ans.
Photo originale ici.
C'était en 1991, lorsqu'il a commencé à travailler comme photo journaliste que Pierre-Yves Ginet s'est intéressé aux violations des droits de l'homme. C'est en 1998, qu'il se rend compte qu'une partie de la résistance contre l'occupation chinoise est tenue par des nonnes tibétaines, qui ne sont rien dans la hiérarchie sociale de ce pays. Grâce à ces femmes, il a appris à regarder, et à voir ce qu'il n'avait jamais vu auparavant.
Pierre-Yves Ginet s'est mis à photographier ces femmes-courages, à se rendre là où elles résistent avec leurs moyens, leurs manières, leurs vies.
Et l'exposition "Femmes en résistance" vit le jour, présentée pour la première fois à Lyon, en 2006, dans l'ancien bâtiment de la gestapo, elle fût présentée à Orléans (la Région Centre a fait parti des tous premiers partenaires de cette expo) en avril 2008, à la Collégiale Saint-Pierre le Puellier. 170 photos orchestrées autours de cinq chapitres :
Photo originale ici.
C'était en 1991, lorsqu'il a commencé à travailler comme photo journaliste que Pierre-Yves Ginet s'est intéressé aux violations des droits de l'homme. C'est en 1998, qu'il se rend compte qu'une partie de la résistance contre l'occupation chinoise est tenue par des nonnes tibétaines, qui ne sont rien dans la hiérarchie sociale de ce pays. Grâce à ces femmes, il a appris à regarder, et à voir ce qu'il n'avait jamais vu auparavant.
Pierre-Yves Ginet s'est mis à photographier ces femmes-courages, à se rendre là où elles résistent avec leurs moyens, leurs manières, leurs vies.
Et l'exposition "Femmes en résistance" vit le jour, présentée pour la première fois à Lyon, en 2006, dans l'ancien bâtiment de la gestapo, elle fût présentée à Orléans (la Région Centre a fait parti des tous premiers partenaires de cette expo) en avril 2008, à la Collégiale Saint-Pierre le Puellier. 170 photos orchestrées autours de cinq chapitres :
- exister.
- résister.
- résister.
- militer.
- survivre.
- reconstruire.
Sans jamais tomber dans le voyeurisme facile, dans le larmoyant non plus, l'exposition nous entraîne dans un tour du monde des femmes qui résistent pour leurs enfants. Des femmes péruviennes stérilisées de force sous le régime de Fujimori, des nonnes tibétaines qui choisissent de détruire leur couvent elles-mêmes, et qui pourtant, malgré l'interdiction continuent à prier devant la photo du Dalaï Lama, des femmes turques, des femmes kurdes, des femmes algériennes dont les maris, les enfants disparaissent et sont retrouvés mutilés,
des femmes palestiniennes, israélites, des femmes du mouvement de la Place de Mai en Argentine, qui réclament toujours trente ans après, des explications sur la disparition de leurs enfants, des femmes de Kaboul,
des femmes de Mitrovica qui ne se soucient pas que l'autre soit serbe ou autre chose, mais qui se soucient de s'aider, des femmes du Rwanda dont les familles ont été massacrés, qui furent violées, et qui reconstituent des familles en adoptant les enfants survivants, des femmes du vietnam, mutilées par les mines anti-personnelles, et abandonnées par leur mari, des femmes,
des enfants apeurés par des hommes violents, des femmes en Haïti qui portent plaintes pour viol contre des hommes soutenus par les forces de police en place ...
Au départ, le thème de l'expo m'attirait, "Femmes en résistance", tout un programme. Je pensais à ces femmes de l'ombre durant la Seconde Guerre Mondiale. Et puis, au boulot, durant l'heure du repas, j'ai lu l'interview de Pierre-Yves Ginet dans le Orléans-Mag n°66 de mars 2009. C'était autre chose, "Femmes en résistance". Oui autre chose qu'il fallait que j'aille voir.
Je proposais à ma petite collègue Agathe de venir avec moi.
Au départ, je regardais les photos avec mon regard de photographe amateur. Je me disais "étrange, les floutés, des têtes à moitié coupées" et puis, j'ai compris que ce n'était pas cela qui comptait, ce n'était pas la technique qui rendait ces photos riches, fortes, parlantes, c'était bien au delà d'une recherche à faire une belle photo, c'était l'envie de montrer autre chose autrement, de montrer que malgré leur souffrance de femmes, de mères, elles restaient envers et contre l'adversité des femmes vivantes, aimantes et totalement tournées vers l'avenir alors qu'elles se battent pour vaincre un passé.
Alors vers la cinquième photo, la sixième peut être, ce n'était plus l'oeil de la photographe amateur qui regardait, mais c'était la femme en moi qui regardait, qui admirait, et qui sentait en elle, le souffle de ces femmes.
Je repensais à Mo Zi " Les femmes soutiennent la moitié du ciel". Et je me demandais ... mais que font les hommes ? Ils détruisent l'autre moitié ...
Les photographies présentées non pas sous verre, mais sur panneau (je n'avais pas pris mon appareil pensant qu'elles seraient sous verre, j'ai donc photographié avec mon téléphone portable d'où la mauvaise qualités).
L'exposition est actuellement à Blois, au château. En juillet, elle prendra ses quartiers d'été à la mairie de Tours. Et pour en savoir plus, je vous invite à visiter le site de Pierre-Yves Ginet.
Extraits de l'interview de Pierre-Yves Ginet.
Parmi toutes ces rencontres, laquelle a été la plus marquante pour vous ?
Si je ne dois en garder qu'une c'est cette maman au Rwanda, Dafrose. Elle avait cinq enfants dont le dernier avait 6 mois. Les miliciens Hutus ont un jour débarqué dans son village pendant le génocide. Dafrose s'est réfugiée avec son mari et ses enfants dans l'église du village. Les miliciens sont entrés et ont commencé à massacrer les gens. Elle a vu son mari mourir et s'est enfuie avec ses enfants, arrivant à se cacher dans une maison en ruine. Mais les miliciens les ont retrouvés. Ils ont torturé et violé la jeune femme et tué ses enfants. Laissée pour morte, elle a été emmenée à l'hôpital. Ella a aujourd'hui une enfant, née de ce viol, la petite Aline qui est le soleil de sa vie. C'est une enfant d'une espièglerie incroyable. Elles vivent dans une maison emplie de rires. C'est LA rencontre pour moi !
En dépit de ce tableau sombre, vous ne dépeignez pas ces femmes comme des victimes.
Et bien écoutez, au Darfour, les femmes sont les premières victimes de la guerre civile. Là-bas, on n'entend pas le bruit des canons, le viol est l'arme de guerre ultime. Quand une fillette de 7 ans ou une femme de 77 ans sort du camp de réfugiés pour trouver de la nourriture pour sa famille, qu'elle est victime de viol sur le trajet ..., qu'elle rentre au camp et que pourtant elle repart deux jours après ... Je pense qu'on peut aussi l'affubler d'un autre qualificatif et le mot résistance n'est pas trop faible ! Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres ...
Il y a un regard à changer. Moi en tant qu'homme, je sais que j'ai beaucoup à retirer de l'égalité entre les deux sexes. Si on veut bien la regarder ainsi, l'histoire se conjugue au masculin et au féminin !
Je terminerai mon article ainsi. Je ne crois pas en l'instinct maternel, je crois en l'instinct humain. Certaines femmes ne seront jamais tournées vers leurs enfants, c'est ainsi. Mais certaines femmes le sont, et j'admire ces femmes, parce que ce sont ces femmes qui font avancer les choses. Ces femmes qui sont tournées vers les enfants, les leurs, ceux des autres, qu'elles en soient les mères biologiques, les mères de coeur, les accompagnatrices.
Ce sont les paroles de Nora Morales de Cortinas qui clôturont mon "Femmes en résistance". Son fils a été enlevé le 15 avril 1977. Elle ne l'a jamais revu. Dès sa disparition, elle a rejoint le mouvement Mères de la Place de Mai.
"La solitude n'est jamais une bonne solution pour connaître la vérité (...) Nous ne sommes plus les mères d'un seul fils ou d'une seule fille. Nous sommes les mères de tous les disparus. Mon fils biologique s'est transformé en 30.000 enfants."
- survivre.
- reconstruire.
Sans jamais tomber dans le voyeurisme facile, dans le larmoyant non plus, l'exposition nous entraîne dans un tour du monde des femmes qui résistent pour leurs enfants. Des femmes péruviennes stérilisées de force sous le régime de Fujimori, des nonnes tibétaines qui choisissent de détruire leur couvent elles-mêmes, et qui pourtant, malgré l'interdiction continuent à prier devant la photo du Dalaï Lama, des femmes turques, des femmes kurdes, des femmes algériennes dont les maris, les enfants disparaissent et sont retrouvés mutilés,
des femmes palestiniennes, israélites, des femmes du mouvement de la Place de Mai en Argentine, qui réclament toujours trente ans après, des explications sur la disparition de leurs enfants, des femmes de Kaboul,
des femmes de Mitrovica qui ne se soucient pas que l'autre soit serbe ou autre chose, mais qui se soucient de s'aider, des femmes du Rwanda dont les familles ont été massacrés, qui furent violées, et qui reconstituent des familles en adoptant les enfants survivants, des femmes du vietnam, mutilées par les mines anti-personnelles, et abandonnées par leur mari, des femmes,
des enfants apeurés par des hommes violents, des femmes en Haïti qui portent plaintes pour viol contre des hommes soutenus par les forces de police en place ...
des femmes et encore des femmes ... des sourires, des espoirs, et au bout
la vie.
Au départ, le thème de l'expo m'attirait, "Femmes en résistance", tout un programme. Je pensais à ces femmes de l'ombre durant la Seconde Guerre Mondiale. Et puis, au boulot, durant l'heure du repas, j'ai lu l'interview de Pierre-Yves Ginet dans le Orléans-Mag n°66 de mars 2009. C'était autre chose, "Femmes en résistance". Oui autre chose qu'il fallait que j'aille voir.
Je proposais à ma petite collègue Agathe de venir avec moi.
Au départ, je regardais les photos avec mon regard de photographe amateur. Je me disais "étrange, les floutés, des têtes à moitié coupées" et puis, j'ai compris que ce n'était pas cela qui comptait, ce n'était pas la technique qui rendait ces photos riches, fortes, parlantes, c'était bien au delà d'une recherche à faire une belle photo, c'était l'envie de montrer autre chose autrement, de montrer que malgré leur souffrance de femmes, de mères, elles restaient envers et contre l'adversité des femmes vivantes, aimantes et totalement tournées vers l'avenir alors qu'elles se battent pour vaincre un passé.
Alors vers la cinquième photo, la sixième peut être, ce n'était plus l'oeil de la photographe amateur qui regardait, mais c'était la femme en moi qui regardait, qui admirait, et qui sentait en elle, le souffle de ces femmes.
Je repensais à Mo Zi " Les femmes soutiennent la moitié du ciel". Et je me demandais ... mais que font les hommes ? Ils détruisent l'autre moitié ...
Les photographies présentées non pas sous verre, mais sur panneau (je n'avais pas pris mon appareil pensant qu'elles seraient sous verre, j'ai donc photographié avec mon téléphone portable d'où la mauvaise qualités).
L'exposition est actuellement à Blois, au château. En juillet, elle prendra ses quartiers d'été à la mairie de Tours. Et pour en savoir plus, je vous invite à visiter le site de Pierre-Yves Ginet.
Extraits de l'interview de Pierre-Yves Ginet.
Parmi toutes ces rencontres, laquelle a été la plus marquante pour vous ?
Si je ne dois en garder qu'une c'est cette maman au Rwanda, Dafrose. Elle avait cinq enfants dont le dernier avait 6 mois. Les miliciens Hutus ont un jour débarqué dans son village pendant le génocide. Dafrose s'est réfugiée avec son mari et ses enfants dans l'église du village. Les miliciens sont entrés et ont commencé à massacrer les gens. Elle a vu son mari mourir et s'est enfuie avec ses enfants, arrivant à se cacher dans une maison en ruine. Mais les miliciens les ont retrouvés. Ils ont torturé et violé la jeune femme et tué ses enfants. Laissée pour morte, elle a été emmenée à l'hôpital. Ella a aujourd'hui une enfant, née de ce viol, la petite Aline qui est le soleil de sa vie. C'est une enfant d'une espièglerie incroyable. Elles vivent dans une maison emplie de rires. C'est LA rencontre pour moi !
En dépit de ce tableau sombre, vous ne dépeignez pas ces femmes comme des victimes.
Et bien écoutez, au Darfour, les femmes sont les premières victimes de la guerre civile. Là-bas, on n'entend pas le bruit des canons, le viol est l'arme de guerre ultime. Quand une fillette de 7 ans ou une femme de 77 ans sort du camp de réfugiés pour trouver de la nourriture pour sa famille, qu'elle est victime de viol sur le trajet ..., qu'elle rentre au camp et que pourtant elle repart deux jours après ... Je pense qu'on peut aussi l'affubler d'un autre qualificatif et le mot résistance n'est pas trop faible ! Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres ...
Il y a un regard à changer. Moi en tant qu'homme, je sais que j'ai beaucoup à retirer de l'égalité entre les deux sexes. Si on veut bien la regarder ainsi, l'histoire se conjugue au masculin et au féminin !
"La seule lutte perde est celle que l'on
abandonne".
Paroles des Mères de la Place de Mai en Argentine.
Paroles des Mères de la Place de Mai en Argentine.
Je terminerai mon article ainsi. Je ne crois pas en l'instinct maternel, je crois en l'instinct humain. Certaines femmes ne seront jamais tournées vers leurs enfants, c'est ainsi. Mais certaines femmes le sont, et j'admire ces femmes, parce que ce sont ces femmes qui font avancer les choses. Ces femmes qui sont tournées vers les enfants, les leurs, ceux des autres, qu'elles en soient les mères biologiques, les mères de coeur, les accompagnatrices.
Ce sont les paroles de Nora Morales de Cortinas qui clôturont mon "Femmes en résistance". Son fils a été enlevé le 15 avril 1977. Elle ne l'a jamais revu. Dès sa disparition, elle a rejoint le mouvement Mères de la Place de Mai.
"La solitude n'est jamais une bonne solution pour connaître la vérité (...) Nous ne sommes plus les mères d'un seul fils ou d'une seule fille. Nous sommes les mères de tous les disparus. Mon fils biologique s'est transformé en 30.000 enfants."

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