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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 18:02

 

 

" Je n'ai jamais porté un autre parfum que celui qui a été créé pour moi à la demande de Guillaume pendant ce voyage à Paris. Il a remplacé le Bounce, il parle pour moi et me rappelle que j'existe. Une de mes colocataires a étudié pendant plusieurs années la théologie, l'archéologie, l'astronomie pour comprendre qui est notre créateur, qui nous sommes, pourquoi nous existons. Chaque soir, elle arrivait à l'appartement avec non pas des réponses mais des questions nouvelles. Moi, je n'ai jamais eu d'autres questions que celle du moment où je pourrais mourir. J'aurais dû choisir ce moment avant l'arrivée de mes enfants, car j'ai perdu depuis l'option de mourir. L'odeur surette de leurs cheveux cuits sous le soleil, l'odeur de la sueur dans leur dos la nuit au réveil d'un cauchemar, l'odeur poussiéreuse de leurs mains à la sortie des classes m'ont obligée et m'obligent à vivre, à être éblouie par l'ombre de leurs cils, à être émue par un flocon de neige, à être renversée par une larme sur leur joue. Mes enfants m'ont donné le pouvoir exclusif de souffler sur une plaie pour faire disparaître la douleur, de comprendre des mots non prononcés, de détenir la vérité universelle, d'être une fée. Une fée éprise de leurs odeurs."

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 17:48

 

 

"J'ai voulu devenir très différente de ma mère, jusqu'au jour où j'ai décidé de faire partager la même chambre à mes deux fils, même s'il y avait deux autres pièces vides dans la maison. Je voulais qu'ils apprennent à se soutenir l'un l'autre comme mes frères et moi l'avions fait. Quelqu'un m'a dit que les liens se tissent avec les rires, mais encore plus avec le partage, les frustrations du partage. C'est peut-être parce que les pleurs de l'un entraînaient les pleurs de l'autre, au milieu de la nuit, que mon fils autiste a finalement pris conscience de la présence de Pascal, son grand frère qu'il avait ignoré pendant ses trois ou quatre premières années. Aujourd'hui, il tire un plaisir palpable à se lover dans les bras de Pascal, à se cacher derrière lui devant les étrangers. C'est peut-être grâce à tous ces sommeils interrompus, dérangés, que Pascal met volontairement son soulier gauche avec le droit pour accommoder la rigidité obsessionnelle de son frère, pour que son frère puisse commencer sa journée sans irritations, sans perturbations indues."

 

 

A lire aussi ICI.

 


 

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 17:29

 

 

    "  Grâce  l'exil, mes enfants n'ont jamais été des prolongements de moi, de mon histoire. Ils s'appellent Pascal et Henri et ne me ressemblent pas. ils ont les cheveux clairs, la peau blanche et les cils touffus. Je n'ai pas éprouvé le sentiment naturel de la maternité auquel je m'attendais quand ils étaient accrochés à mes seins à trois heures du matin, au milieu de la nuit. L'instinct maternel m'est venu beaucoup plus tard, au fil des nuits blanches, des couches souillées, des sourires gratuits, des joies soudaines.

 

C'est seulement à ce moment-là que j'ai saisi l'amour de cette mère assise en face de moi dans la cale de notre bateau, tenant dans ses bras un bébé dont la tête était couverte de croûtes de gale puante."

 

 

ru-kim-thuy

 

 

Critique Télérama, du 9 janvier 2010.

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:26

 

miroirdel--me.jpgLes journalistes de Télérama (n°3160-3161, du mois d'août 2010) s'entretiennent avec Alain Badiou sur "Les rencontres". Alors qu'ils évoquent les différences de point de vue entre le philosophe et Alain Finkielkraut, évoquant l'ennemi extérieur, les deux journalistes lui demandent :

 

 

"N'y a-t-il pas aussi une autre forme de "ligne de front" entre les gens qui renvoie aux paresses intellectuelles de chacun ?

 

Alain Badiou leur répond :


Nous parlions de l'ennemi "extérieur", mais si vous voulez aborder l'ennemi "intérieur", bien sûr ! Beaucoup se barricadent dans l'ignorance de quantité de choses, ne veulent pas avoir à connaître, ont la "passion de l'ignorance", comme disait un de mes maîtres, Lacan.

 

 


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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 06:54

miroirdel--me.jpgUn ami c'est celui qui, sans cesse, nous fait l'honneur de nous supposer toutes les vertus et qui sait les apprécier en nous.

Il n'attend rien en retour, si ce n'est qu'on accepte, sans la diminuer, cette glorification de lui.

Ils chérissent leurs projets réciproques, ils aiment les rêves de l'autre.

 

Mais cette gentillesse, si prisée ailleurs, ne peut en aucun cas être l'essence de cette relation, car il ne peut être de pire affront pour un ami qu'une bonne volonté consciencieuse ou qu'une gentillesse qui ne soit pas parfaitement naturelle.

 

L'amitié n'est pas une forme de relation qui va de soi, c'est un miracle qui a besoin constamment de preuves, c'est un exercice de la plus pure imagination et d'une confiance tout-à-fait rare.

 

Nous n'attendons pas de nos amis qu'ils nous fournissent nourriture ou vêtements - nos voisins sont assez bons pour s'en charger - mais qu'ils apportent un influx vital à notre esprit.

 

Le langage de l'amitié, ce ne sont pas les mots mais les pensées. C'est une forme d'intelligence qui va bien au-delà du langage.

 

 

Henry David Thoreau.

 

Célébration de l'Amitié, Helen Exley.

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 07:57

 

 

Si tu aimes les soirs de pluie, mon enfant, mon enfant, les ruelles de l'Italie et les passants

L'éternelle litanie des feuilles mortes dans le vent qui poussent un dernier cri, crie, mon enfant

Si tu aimes les éclaircies, mon enfant, mon enfant, prendre un bain de minuit dans le grand océan

Si tu aimes la mauvaise vie, ton reflet dans l'étang

Si tu veux tes amis près de toi tout le temps

Si tu pries quand la nuit tombe, mon enfant, mon enfant

Si tu ne fleuris pas les tombes mais chéris les absents

Si tu as peur de la bombe et du ciel trop grand

Si tu parles à ton ombre de temps en temps

Si tu aimes la marée basse, mon enfant, mon enfant,

Le soleil sur la terrasse et la lune sous l'auvent

Si l'on perd souvent ta trace dès qu'arrive le printemps

Si ta vie te dépasse, passe, mon enfant

 

Ca n'est pas ta faute, c'est ton héritage

Et ce sera pire encore quand tu auras mon âge

Ca n'est pas ta faute, c'est ta chair ton sang

Il va falloir faire avec

Ou, plutôt sans

 

Si tu oublies les prénoms, les adresses et les âges, mais presque jamais le son d'une visage

Si tu aimes ce qui est bon, si tu vois des mirages si tu préfères Paris quand vient l'orage

Si tu aimes les goûts amers et les hivers tout blancs

Si tu aimes les derniers verres et les mystères troublants

Si tu aimes sentir la terre et jaillir le volcan

Si tu as peur du vide, vide, mon enfant

 

Ca n'est pas ta faute, c'est ton héritage

Et ce sera pire encore quand tu auras mon âge

Ca n'est pas ta faute, c'est ta chair ton sang

Il va falloir faire avec

Ou, plutôt sans

 

Si tu aimes parti avant, mon enfant, mon enfant,

Avant que l'autre s'éveille, avant qu'il te laisse en plan,

Si tu as peur du sommeil, et que passe le temps

Si tu aimes l'automne vermeil, merveille, rouge sang

Si tu as peur de la foule, mais supporte les gens

Si tes idéaux s'écroulent le soir de tes vingt ans et si tout se déroule jamais comme dans tes plans

Si tu n'es qu'une pierre qui roule, roule, mon enfant,

 

Ca n'est pas ta faute, c'est ton héritage

Et ce sera pire encore, quand tu auras mon âge

Ca n'est pas ta faute, c'est ta chair ton sang

Il va falloir faire avec

Ou, plutôt sans ...

 

 

 

 

Ton héritage, album "La Superbe". Benjamin Biolay.

 

 

 


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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 06:50

miroirdel--me.jpg "Eh bien oui, quelquefois l'amour sait être grandiose.
  Pour Douglas, Elena choisit le corps qui lui allait le mieux. Elle demanda à l'humidité de lui boucler encore plus les cheveux et au soleil de lui colorer les joues. L'eau de la rivière lui adoucissait la peau et la lumière égayait ses yeux. Elle enfila ses jambes du dimanche et se vêtit de ses plus beaux seins. Elle s'accrocha à la bonne humeur et son rire se mit à retentir en écho dans la forêt. Aimer Douglas la rendit plus heureuse.
  Pour Elena, Douglas déverrouilla son âme. Timidement d'abord, puis avec confiance, comme une fenêtre qui s'ouvre lentement sur la mer. Il vida devant elle ses vieux tiroirs, laissant s'envoler ses craintes, une à une, libérées du tourment où il les avait tenues enfermées. Il dépoussiéra sa solitude. Avec l'aide de Mozart, de Liszt, de Schumann et de Debussy, il lui fit cadeau d'une tendresse em^reinte de grâce. Et, entre les pages jaunies de ses livres de poésie, il trouva les mots de l'amour. Aimer Eléna rendit Douglas plus humain."



Les Carnets de Douglas, Christine Eddie.


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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 07:03
miroirdel--me.jpg   "Sais-tu ce qui fait la noblesse du Comte Mosca dans ce livre ? dit-elle tout à trac, en agitant devant ses yeux le volume qu'elle lisait et relisait depuis son arrivée. N'importe quel quinquagénaire français ou américain dans sa situation se dirait : "Ma maîtresse préfère ce jeune niais ? Cela veut dire qu'elle est une garce.' Or Mosca, lui, se dit : "Comment pourrait-elle ne pas préférer ce beau jeune homme à ma vieille peau ?" Il prête à la Sanseverina toutes les libertés et les choix esthétiques que les hommes refusent encore aux femmes. Les hommes, vois-tu, finalement croient les femmes, enfin ils les veulent, les femmes, plus fascinées par l'argent et le pouvoir que par la beauté masculine ; c'est-à-dire qu'au fond ils en font des putains ; puisqu'ils les rendent achetables puis gardables par l'argent. Ils ne les nomment putains que quand elles n'agissent plus comme telles, quand elles abandonnent la sécurité et le luxe pour suivre leurs goûts naturels, quand à leur argent elles préfèrent un beau jeune homme. Mosca, lui, ne croit pas un instant que sa situation vaille les joues et la bouche neuve de Fabrice. Il les juge bien plus puissantes aux yeux de la Sanseverina, que pourtant il estime comme il n'a jamais estimé un homme ! D'ailleurs, je vais te dire : Stendhal n'aime que Mosca. Fabrice del Dongo l'exaspère !"


Un Sang d'Aquarelle, Françoise Sagan.


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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 08:32
 
miroirdel--me.jpg"On a établi que le chat n'était pas un animal domestique, sans trop expliquer ce qu'on doit entendre par domesticité. Pour nous, la domesticité consiste à changer les habitudes d'un animal, à lui rendre nos caresses agréables, à le faire obéïr à notre appel, à le fixer au foyer ou du moins à le faire vivre au milieu de nous. La chèvre et le cheval sont nos esclaves, le chat ne l'est pas ; c'est là toute la différence."
  [...]
  "Parmi les carnassiers, le plus indomptable est la panthère ; le seul qui tue pour tuer est le cougouar ; le seul dont les moeurs ont une douceur native, le guépard ; le seul vraiment intelligent, le chat. Celui-ci consent à être notre hôte : il accepte l'abri que nous lui donnons et l'aliment qui lui est offert ; il va même jusqu'à solliciter nos caresses, mais capricieusement, et quand il lui convient de les recevoir. Le chat ne veut point aliéner sa liberté. Si nous l'exploitons, il nous exploite et ne veut être ni notre serviteur comme le cheval, ni notre ami comme le chien."
   Suivant M. Fée (De l'instinct chez les animaux), le chat est susceptible d'attachement et même à un très haut degré ; mais il faut ne pas gêner ses allures et attendre ses caresses. [...]
  "Un chat de campagne connaissait l'heure où son maître revenait de la ville et allait l'attendre au coin de la route, à plusieurs centaines de pas de l'habitation ; mais de telles preuves de sympathie avaient été méritées apr d'extrêmes bontés. Le chat, quand il aime, n'est point banal. Il faut beaucoup pour obtenir son affection ; peu de chose suffit pour qu'on le perde : c'est précisément en quoi il diffère du chien."





Les Chats, de Champfleury.
Edition Arléa.




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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 18:13
miroirdel--me.jpg Réparer ? Comment réparer l'irréparable ?
 Ma mère décide d'enfouir son passé dans les placards. A-t-elle le choix ? Comme tous les juifs, en 1945, elle veut se fondre dans la masse de ceux qui ont souffert de la guerre, résistants, communistes, tous français et déportés, quelle qu'en soit la cause. Des français comme les autres, victimes de la barbarie nazie, c'est la volonté des gouvernants, gaullistes, communistes, socialitstes, mais surtout et aussi des Juifs, qui en ont assez d'être "des spécifiques". S'intégrer, encore plus, s'intégrer surtout pour que cela ne recommence pas. Pas d'individualisation dans le malheur au risque de déformer la vérité.
 L'administration fait de même avec une logique implacable. Dans les documents que je continue d'explorer, je retrouve des correspondances du ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés et aussi du ministères des Anciens Combattants et Victimes de guerre. Que veulent dire ces intitulés ?
 Certes mes grands-parents ont été tout cela, mais il manque l'essentiel. Tués parce que Juifs. Ni "combattants", ni "résistants". "Victimes de guerre", oui. mais peut-être pas exactement comme les autres.
 Une série de document a trait à l'impôt de Solidarité nationale, créé à la Libération pour aider à la reconstruction du pays. Cet impôt était assis sur une déclaration de patrimoine que mon père remplit scrupuleusement. Mais une longue correspondance l'a opposé au ministère des Finances, la maison d'Enghien n'ayant pas été déclarée puisque mes grands-parents en avaient été dépossédés en 1943. Le 17 mars 1949, l'inspecteur des Impôts lui écrit :"Vous m'avez fait savoir que vous refusez formellement de reconnaître avoir assis dans votre déclaration du patrimoine l'immeuble sis à Saint-Gratien, 132, avenue de Ceinture. J'ai l'honneur de vous faire connaître que vos arguments sont juridiquement sans fondements. Contrairement à ce que vous pensez l'immeuble en question est devenu la propriété de votre épouse, non à la date de la déclaration de succession, mais dès le décès de vos beaux-parents, c'est-à-dire le 1° mai 1944 ... A défaut de réponse satisfaisante avant le 18 avril prochain, je serai dans l'obligation de prendre contre vous toutes mesures conservatoires, de nature à interrompre le cours de la prescription qui viendra à échéance le 4 mai 1949."
 En clair, cela signifiait que le fisc ne prenait pas en compte les événements survenus pendant la guerre, la spoliation et l'extermination. La maison était à mes grands-parents, ils étaient morts, peu importe comment, ma mère devait payer ... A cela s'ajoutaient les impôts sur les revenus réclamés durant la guerre - acquittés jusqu'en 1943 ! - et les arriérés d'impôts réclamés à mes grands-parents à qui, par ailleurs, on interdisait d'exercer leur métier et dont les biens étaient confisqués ! S'agissant de l'impôt sur la Solidarité nationale, les agents du fisc sont sourds et aveugles : nous sommes en 1949. La guerre est finie depuis quatre ans, on sait tout sur les camps, mais cela n'a pas d'effet sur l'instruction fiscale ... La procédure dura jusqu'en 1953 et la demande fut rejetée : il fallut s'acquitter de sl'impôt d'Enghien et payer les énalités de retard sur huit ans. Juridiquement exact. Politiquement et humainement insensé.
 Quant aux indemnisations, c'est un écheveau complexe. Je lis beaucoup d'imprimés au titre de dommages de guerre, y compris une curieuse correspondance dans laquelle on suggéra à ma mère, pour tenter de trouver une solution, de demander une carte de déporté politique "pour vos parents déportés, ce qui vous donnerait droit, écrit-on, au pécule des déportés, lorque la forclusion sera levée, ce qui ne saurait tarder. Pour l'instant vous ne pouvez prétendre à aucun droit sur les dommages de guerre". Et le 8 mai 1950, une lettre du ministère des Finances, caisse de contrôle de l'impôt de Solidarité nationale, indique à mon père, que "par lettre du 3 mais courant du délégué départemental des services de la reconstruction à Versailles m'a renvoyé vos demandes d'imputation de dommages de guerre. En effet, vous ne remplissez pas les conditions requises pour pouvoir bénéficier de la législation sur les dommages de guerre.
 "Dans ces conditions, je vous invite à verser à la caisse ci-dessus désignée, dans un délai de huit jours, la somme de 47 241 F majorée des intérêts de retard".
 Voilà qui estencore plus clair. Déporté politique, c'est une catégorie reconnue. Juif, non. Cela ne donne droit à rien, sinon à payer des impôts.

 L'attitude collective est cohérente. La question juive n'a pas existé. Il y a eu la guerre, les camps d'extermination. Des résistants qui, avec le général de Gaulle, les Anglaiset les Américains ont libéré le territoire. On ne parle pas dans les années cinquante - ou peu - des collaborateurs, sinon pour stigmatiser les brebis galeuses : Brasillach est fusillé, Pétain jugé et, dans les attendus du procès, il n'y a pratiquement rien sur sa responsabilité dans la déportation des Juifs. Les Bousquet, les Papon reprennent assez vite du service et sont recyclés par la IV° République. La France se reconstruit dans l'oubli de ces épisodes avec la complicité active - j'en suis le fruit - des "israélites" assimilés, tous d'accord pour ne pas se singulariser. Mieux vaut l'ignorance et l'oubli que l'identification, source de réparations peut-être, mais surtout d'ennuis sérieux présents ou à venir. L'éducation scolaire ou les circulaires administratives disent la même chose : "Circulez, il n'y a rien à voir."
 Et de fait, il faudra attendre longtemps pour que la question juive et question des spoliations y afférente soient reconsidérées. Comme si durant le temps d'une génération, le silence s'était imposé pour ne considérer qu'en bloc les victimes de la guerre - et des camps.
 C'est à peine si les Juifs sont mentionnés dans l'admirables film Nuit et Brouillard d'Alain Resnais en 1954. Il faudra attendre le procès d'Eichmann en 1961 et surtout Shoahde Claude Lanzmann. Des deux côtés l'oubli. Et puis il y avait tant de complicité, d'attitudes indignes ou lâches ... On commence à découvrir ce que fut l'épuration. Il reste, comme je m'en rends compe aujourd'hui en lisant ces correspondances fiscales, à établir ce qui se passa réellement dans les années d'après-guerre, les réseaux qui s'activaient. L'antisémitisme tu, mais toujours présent. Il aura fallu l'arrivée d'une nouvelle génération - la mienne - pour qu'à partir des années soixante-dix - je pense au livre de Paxton sur Vichy ou au film Le Chagrin et la Pitié - pour que l'on soulève un coin de voile. Mais ces attitudes incroyables, là, celles des années cinquante que je décris, ont-elles été examinées ?

 Certes la République fédérale allemande décida d'indemniser les Juifs et, en 1971, une lettre adressée à ma mère par le Fond social juif lui indique les démarches à suivre pour avoir droit à une indemnisation symbolique. Mais en France, il a fallu attendre 1995 et la déclaration de Jacques Chirac sur la responsabilité de l'Etat français, à l'occasion du discours qu'il prononça pour l'anniversaire de la raffle du Vel' d'Hiv', pour que très prudemment les bouches commencent à s'ouvrir. Ce qui donnera lieu à la mise en place de la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l'occupation. Elle instruit actuellement des milliers de dossiers ... Cinquante-quatre ans après les événements, j'ai rempli le questionnaire et repris les démarches entamées depuis près de soixantes ans maintenant par ma mère, comme j'ai poursuivi la correspondance avec M. Jacques Fredj, directeur du Centre de documentation aux questions juives, qui m'indique qu'enfin le nom de mes grands-parents sera gravés sur un mur "comme ceux de tous les juifs déportés de France, qui sera inauguré le 25 janvier 2005, dans les nouveaux locaux".
 En 2005, pour la première fois en France, les noms de Georges et Sipa Gornick seront donc gravés officiellement et tout le monde pourra les lire, comme en Israël à Yad Vashem.


Je repense à ces conversations avec ma mère, auxquelles je ne prêtais pas toujours assez attention, dans lesquelles elle me disait sa douleur de ne pas avoir de lieu pour pleurer les siens. Ni tombe, ni cimetière, ni monuments aux morts comme ceux que l'on voit parfois pour la guerre de 1914. On les moque parfois, ces vaillants poilus en fer, drapés fièrement devant une stèle où figurent les noms de ceux qui sont tombés dans chaque village pour la France. Je les ai souvent regardés distraitement. Je comprends aujourd'hui qu'il est important de pouvoir se reccueillir devant un monument portant les noms des disparus.

- Tu vois, Maman, maintenant tu pourras repose en paix.







Plus tard, tu comprendras, Jérome Clément.




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