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Je tourne une page pour en écrire une autre ...

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La petite fille de Monsieur Linh de P. Claudel

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Le livre :

Monsieur Linh quitte son pays (l'Indochine ou le Vietnam) avec sa petite fille âgée de quelques semaines seulement. Son fils et sa belle-fille ont été tués lors d'un bombardement alors qu'ils étaient dans les rizières.
Après un voyage en bateau de plusieurs semaines jusqu'en pays d'accueil (la France ou les USA), Monsieur Linh arrive dans un pays qu'il ne connaît pas, dont il ne ressent rien. Il se raccroche à sa petite fille pour ne pas se laisser aller.
Alors que les autres réfugiés se moquent de lui, Monsieur Linh va chaque jour marcher avec la petite fille, Sang Diû, dans ses bras. Il s'asseoit sur un banc. Toujours le même. Un jour, un gros homme qui fume beaucoup s'asseoit à ses côtés, et se met à lui parler. Même si les deux hommes ne parlent pas la même langue, une amitié se lie entre eux.
Monsieur Bark devient alors le point d'ancrage de Monsieur Linh dans ce nouveau pays où tout est désormais à refaire pour lui.

 Ce que j'en ai pensé :

Monsieur Linh est un homme déraciné, sans repère dans un pays qu'il ne connaît pas, avec une langue qu'il ne connaît pas.
Il se raccroche à sa petite fille. Chacun de ses gestes est fait pour elle. Des choses aussi simples que manger, dormir, prendre l'air.

Monsieur Linh ne peut s'empêcher de penser à sa vie d'avant puisque c'est tout ce qui lui reste. Sa petite Sang Diû, fille de son fils, décédé avec son épouse dans le bombardement.
Le sachet de terre du pays pour ne pas oublier d'où ils viennent.
La photographie de sa défunte épouse.
Ces trois choses qui sont la mémoire de Monsieur Linh, la mémoire des choses importantes dans sa vie.

Ce pays d'accueil est vierge d'odeur pour lui. De saveur aussi. Tout est à apprendre, à découvrir.

C'est un homme, Monsieur Bark, qui va être le lien entre le monde d'avant et le monde de maintenant pour Monsieur Linh.

Monsieur Bark a perdu sa femme. Il vit dans le souvenir de celle-ci. Sans enfant, il est désormais seul. Monsieur Linh va être pour lui, le lien avec le monde des vivants, une nouvelle raison de vivre.

Ce livre tourne autour de la mémoire et du souvenir. C'est ce qui nous construit. C'est aussi ce qui nous ancre dans la vie. La mémoire, les souvenirs, les odeurs, les saveurs, sont des choses qui nous rassurent.

P. Claudel montre aussi que la langue peut-être une barrière pour la communication. Mais qu'au delà des mots, la sonnorité de la voix, la tonnalité sont des choses qui font passer des émotions au même titre que les mots eux-mêmes. C'est ce qui va lier Monsieur Linh et Monsieur Bark. La voix de Monsieur Bark qui raconte sa femme au vieil homme, réconforte celui-ci, lui donne de l'espoir. C'est la douceur de la voix qui fera que le vieil homme aura confiance dans le gros homme, qu'il saura qu'il est son ami. Il y a un échange entre les deux hommes qui est au-delà des mots, qui est dans les émotions qui passent entre eux, dans le partage, la générosité. Le besoin de prendre soin d'un autre perdu.

C'est la mémoire, ce sont les souvenirs qui vont lier les deux hommes. Ils vont se reconnaître parce qu'ils sont tous les deux dans un processus de mémoire. Ils vont se créer une mémoire commune.


Au fil du livre, les souvenirs d'avant laissent la place à leurs souvenirs en commun. Ensemble ils se créent un passé commun, des souvenirs en commun, pour avancer dans une nouvelle vie.

Les deux hommes vont tourner une page ensemble, et se créer une histoire ensemble.

Une très belle histoire d'amitié où la langue n'est plus une barrière, où la mémoire individuelle entraine une mémoire collective.
Un livre simple sur ce que l'on nomme "le processus de deuil".


Citations :

    - "Il se dit qu'il faut qu'il mange, qu'il prenne des forces, pour l'enfant sinon pour lui.
Il n'oubliera jamais la saveur muette de cette première soupe, avalée sans coeur, alors qu'il vient de débarquer, qu'au-dehors il fait si froid, et qu'au-dehors, ce n'est pas son pays, c'est un pays étrange et étranger, et qui le restera toujours pour lui, malgré le temps qui passera, malgré la distance toujours plus grande entre les souvenirs et le présent."


    - "Peut-être d'ailleurs aime-t-il entendre cette voix parce que précisément il ne peut comprendre les mots qu'elle prononce, et qu'ainsi il est sûr qu'ils ne le blesseront pas, qu'ils ne lui diront pas ce qu'il ne veut pas entendre, qu'ils ne se poseront pas de questions douloureuses, qu'ils ne viendront pas dans le passé pour l'exhumer avec violence et le jeter à ses pieds comme une dépouille sanglante."

    - "Grâce à Monsieur Bark, le pays nouveau a un visage, une façon de marcher, un poids, une fatigue et un sourire, un parfum aussi, celui de la fumée des cigarettes. Le gros homme a donné tout cela à Monsieur Linh, sans le savoir."

    - "Cette source n'est pas une source ordinaire, dit Monsieur Linh au gros homme. On raconte que son eau a le pouvoir de donner l'oubli à celui qui la boit, l'oublie des mauvaises choses. Lorsque l'un d'entre nous sait qu'il va mourir, il s'en va vers la source, seul. Tout le village sait où il va, mais personne ne l'accompagne. Il faut qu'il soit seul à faire le chemin, et seul à s'agenouiller ici. Il vient boire l'eau de la source et aussitôt qu'il l'a bue, sa mémoire devient légère : ne restent en elle que les jolis moments et les belles heures, tout ce qu'il y a de doux et d'heureux. Les autres souvenirs, ceux qui coupent, ceux qui blessent, ceux qui entaillent l'âme et la dévorent, tous ceux-là disparaissaient, dilués dans l'eau comme une goutte d'encre dans l'océan."


Les âmes grises, Philippe Claudel.



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I
Ah tiens je suis tombée sur ce bouquin il n'y a pas longtemps, j'ai beaucoup aimé...sans prétention et très touchant
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C
une belle histoire ...
K
Je viens de terminer le "rapport de brodeck" et je retrouve dans les citations de "La petite fille de Monsieur Linh" le même style d'ecriture que j'aime beaucoup.<br /> Je me demandais justement si ses autres livres étaient ecrits de la même manière ou si, à la manière de J.C Rufins, par exemple, il choisissait un style différent. Et bien, si tu te posais la même question et bien sache que non, son style est son style, tout en poésie ! Merci de m'avoir donné un aperçu, je m'en vais de ce pas l'acheter...
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C
j'ai déjà lu "les âmes grises" ... et ce n'est pas la même écriture que pour "la petite fille de monsieur Linh"par contre, on retrouve une simplicité du mot et un cadeau émotionnel bien réel.tu devrais cliquer sur le lien, j'avais écrit sur les âmes grises ... merci de ta visite
D
Ah que coucouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuMille et un bisous ma cat
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C
bisou mon Did
J
En repensant à ce que m'a raconté Christian Vidal, de ses voyages en Chine, je me demande si Monsieur Linh n'a pas reconnu en Monsieur Bark, un MAÎTRE. Titre éminemment respectueux. Je retrouve ici dans ton article une remarque, toujours de Tian, à propos des chinois qui ne se révoltent jamais. Face à un évènement, ils disent : "C'est comme cela."
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C
et bien, non, Monsieur Linh s'est révolté pour sa petite fille, pour son ami Monsieur Bark ... comme s'il leur devait quelque chose ... la vie, pour la petite fille ... l'espoir pour Monsieur Bark ...c'est un joli livre ...bisous