Le livre :
Un homme : japonais. Une femme : française. Une ville : Hiroshima.Un souvenir de ville : Nevers.
Elle est là pour tourner un film sur la paix, parce qu'à Hiroshima, ce ne peut être que sur la paix.
Il habite Hiroshima.
Ils se rencontrent. Ils s'aiment.
Elle retrouve en lui l'amour qu'elle a donné à un allemand. Un amour pour lequel elle a été tondue au sortir de la guerre. Un amour impossible. Mort. Un amour qui fait écho à celui qu'elle vit de nouveau.
Ce que j'en ai pensé :
J'ai été fascinée. J'étais hantée par L'amant, la voix de Jeanne Moreaux. Et puis, j'ai lu ... les explications de Marguerite Duras au début du livre ... et puis les dialogues entre coupés d'indication de mise en scène ... et les explications sur certaines scènes.
Ce n'est pas la voix de Jeanne Moreaux que j'entendais, en lisant, mais c'est bien la voix d'une femme. Une voix emprunte de douceur, une voix qui connaît l'amour, qui en connaît ses turpitudes, ses souffrances, ses impossibilités, et surtout son caractère éternel ... malgré son impossibilité.
Un huis clos, presque. Un homme. Une femme. Deux histoires qui se rencontrent.
Lui l'aime, la désire, la possède ... et l'amène à lui dire l'indicible ... à lui raconter ses peurs, à lui raconter son amour allemand ... la mort de son amour allemand ... le soi disant déshonneur d'avoir eu un amour allemand ... la tonte ... l'envoi à Paris ... et la vie en oubliant Nevers, la cave ... et la vie avec un mari qui ignore, des enfants qui ignorent ...
et lui qui sait maintenant. Lui qui comprend. Lui qui ne juge pas. Lui qui sait que les choses ne sont ni blanches ni noires ... que les choses ne sont jamais figées ... que les choses ne peuvent rien contre l'amour ... Lui qui l'aime ... Lui qui ne l'oubliera pas ... Lui qui n'arrivera pas à la retenir.
Elle. Elle d'abord légère. Elle libre de ses amours de passage. Elle finalement prise dans cet amour qui n'aura rien de passage. Elle qui comprendra que cet amour à la force de son amour allemand.
Elle si blessée dans sa chair ... si blessée par une société étriquée, coincée, bien pensante. Si impudique dans ses actes et pourtant si pudique dans son être.
Et puis la guerre ... et puis les villes ... et puis ...
La guerre qui déchaine les passions, la guerre qui tue ... les hommes qui tuent d'autres hommes ... les hommes qui haïssent ... les hommes qui aiment ... et les femmes qui aiment ... qui pleurent leur homme mort ... et l'incompréhensition de certaines réactions ... et l'oubli ...
Laisser les choses pourrir au tout au fond. Tout bien enfouir et continuer à vivre ... loin pour elle ... Ici même pour lui.
La guerre exacerbe les passions parce qu'on ne sait de quoi sera fait le lendemain ... on ignore l'avenir ... on espère ... alors peut-être a - t - on une soif de vie que l'on ne retrouve que dans des moments de "désespoir" ...
Et Hiroshima, la ville de tant d'innocents morts pour que la guerre cesse ... Hiroshima qui ne peut être que La représentation pour Elle, de ses amours impossibles ... impossibles et cependant éternelles.
Un livre qui m'a beaucoup ému et dont je n'ai cessé de me demander ... et le film ... comment il est le film ... retranscrit-il l'émotion ... ?
Citations :
- Les conditions de leur rencontre ne seront pas éclaircies dans le film. Car ce n'est pas là question. On se rencontre partout dans le monde. Ce qui importe, c'est ce qui s'ensuit de ces rencontres quotidiennes.
- On peut parler de Hiroshima partout, même dans un lit d'hôtel, au cours d'amours de rencontre, d'amours adultères. Les deux corps héros, réellement épris, nous le rappelleront. Ce qui est vraiment sacrilège, si sacrilège il y a, c'est Hiroshima même. Ce n'est pas la peine d'être hypocrite et de déplacer la question.
- Elle
[J'ai l'honneur d'avoir été déshonnorée. Le rasoir sur la tête, on a, de la bêtise, une intelligence extraordinaire ...]
Je désire avoir vécu cet instant-là. Cet incomparable instant.
- Elle
Elle a eu à Nevers un amour de jeunesse allemand ...
Nous irons en Bavière, mon amour, et nous nous marierons.
Elle n'est jamais allée en Bavière. (Elle se regarde dans la glace)
Que ceux qui ne sont jamais allés en Bavière osent lui parler de l'amour.
Tu n'étais pas tout à fait mort.
J'ai raconté notre histoire.
Je t'ai trompé ce soir avec cet inconnu.
J'ai raconté notre histoire.
Elle était, vois-tu, racontable.
Quatorze ans que je n'avais pas retrouvé ... le goût d'un amour impossible.
Depuis Nevers.
Regarde comme je t'oublie ...
- Regarde comme je t'ai oublié.
Regarde-moi