Le film :
1945, île de Jersey. Grâce habite une grande maison avec ses deux enfants. La seconde guerre mondiale a pris fin, et Grâce attend le retour de son mari. Trois nouveaux domestiques arrivent pour entretenir le manoir et l'aider, les autres domestiques ayant subitement disparu, quelques temps plutôt, sans un mot. La fille de Grâce prétend que d'autres personnes habitent dans la maison. Elle prétend également que ce ne sont pas des fantômes. Grâce entend, elle aussi, des voix et comprend alors qu'il y a des "intrus" chez elle. Elle a d'étranges manies, comme de devoir fermer à clef chaque porte avant d'en ouvrir une seconde. Elle veut aussi que les rideaux de la maison soient complètement fermés quand ses enfants se trouvent dans une pièce, ils seraient photosensibles.
Ce que j'en ai pensé :
Que c'est le genre de film que je regarde quand il fait bien jour et dans le milieu de l'après midi. De préférence, quand je ne suis pas "perturbée" car j'ai une imagination galopante ... et oui, je crois aux esprits et aux fantômes ... j'y crois dur comme fer.
Ce film m'a beaucoup intriguée. Mais, j'avais en tête Le Sixième Sens, aussi j'avoue que ... dès la présentation des enfants par leur mère aux domestiques, la blancheur de leur peau, le fait qu'en pleine matinée, alors qu'il fait grand jour dehors, ces derniers étaient encore dans leur lit, je me suis dit, ils sont morts. Mais le doute m'assaillant très vite, l'idée s'envola. Et pourtant ...
Un bon point à Nicole Kidman dont je suis loin d'être fan. Je trouve que sa manière de jouer est toujours dans le "trop en faire". Ce qui ne manqua pas d'être, dès le début du film. Une scène qui ne restera pas dans les meilleurs de ce film, le moment où elle s'éveille ... on n'a dû mal à y croire, on n'y croit pas du tout en fait, parce que je vous jure que moi, si quelqu'un fait autant de manière en s'éveillant, je crois que je ne pourrais pas m'empêcher de pouffer de rire voire de piquer un énorme fou rire. Heureusement, c'est le seul moment du film où elle fut dans le surjeu. D'ailleurs, à la fin, j'aurais même été tentée de lui conseiller de ne jouer que des films à suspens, dans le rôle de la maman sévère mais aimante. J'ai beaucoup aimé son interprétation, parce que, pour une fois, j'y ai cru. J'ai donc été très agréablement surprise.
Les deux enfants sont parfaitement interprêtés également, avec aussi une mention pour la petite fille. Elle n'a pas été sans me rappeler (décidément ce film m'a renvoyée à beaucoup de film), la petite fille dans le très beau film avec Sophie Marceau ... Firelight.
Les domestiques ont un rôle identique à celui du garçon dans le Sixième Sens, mais contrairement à ce film, ils n'en sont pas des éléments centraux, ils aident tout juste à amener le dénouement. Ce sont les intrus qui sont les réels éléments révélateurs du film.
La maison, elle, a tout de la maison hantée. Au milieu du brouillard, dans l'hiver, sur une île isolée. Le décor idéal, je trouve. Et on remarquera que, lors de la scène finale, le manoir n'est plus dans le brouillard, on se croirait même au printemps, sans brouillard et avec du soleil.
Les "Intrus" ... ils sont vus par la petite fille, et même dessinés par elle. Elle parvient même à dire exactement combien de fois elle les a vu, où ils sont. C'est d'ailleurs la seule à pouvoir les voir. Grâce parvient seulement à les entendre. Quant au petit Nicolas, il est complètement hors de tout ça, son seul contact avec les "intrus" sera lorsque le petit Victor lui touchera la joue.
Grâce croit à la bible, aux limbes, aux enfers. La petite fille ne croit pas à certaines choses, comme elle l'explique à la domestique. Elle ne peut pas croire que Dieu ait créé le monde en 7 jours, elle ne croit pas que l'Arche de Noé ait contenu autant d'animaux ... elle remet en cause les choses de la Bible. Et si c'était pour cela que cette petite fille a accès aux "Intrus". Je crois que ... dans l'analyse du film, je ne me tromperais pas en disant que, c'est la seule à se souvenir exactement de comment elle et son frère sont morts, de comment sa mère est morte. D'ailleurs au fil du film, la petite parle du "jour où sa mère est devenue folle" ... le petit garçon n'en a pas souvenir, et Grâce refuse ce jour.
Quand un jour, Grâce quitte le manoir pour aller voir le curé, en chemin elle retrouve son mari. Les retrouvailles sont fort étranges. Il ne mange pas, reste tout le temps allité. La petite va voir son père, lui raconte ce qui est arrivé ce fameux jour où sa mère est devenue folle. Il est d'ailleurs étrange qu'à un moment la petite fille dise "elle finira par nous tuer".
C'est une scène très forte, quand Grâce exprime son désespoir à son mari. C'est sûrement l'explication de sa folie.
La mort, ce qu'il y a après la mort, les esprits qui n'arrivent pas à se libérer de leur vie terrestre pour rejoindre leur vie ailleurs, tout cela sont des suppositions, des mythes, des légendes. Chacun a ses croyances.
Ma première réelle confrontation avec la mort fut le décès de ma grand mère, il y a bientôt neuf ans. Je me souviens parfaitement ce que j'ai dit à ma mère quand elle est venue me chercher à Orléans, pour l'enterrement. J'avais besoin de parler de ma grand mère, pas en pleurant, non, juste de dire ce que j'avais partagé avec elle, des rires et tout ça ... et j'ai dit à ma mère, que moi, je voulais croire qu'il y avait autre chose, que les esprits étaient là, que tout ne s'arrêtait pas comme ça, parce que le corps mourrait, que décidément ce serait trop con si ça s'arrêtait ainsi. Et bien aujourd'hui, je dis pareil. Tout pareil.
Il ne faut pas juger les gens sur leur croyance à la mort. Je crois que chacun fait comme il peut, pour se rassurer, pour aussi accepter la perte de quelqu'un. C'est une chose qui est de l'ordre de l'intime et qui ne doit souffrir d'aucune moquerie, d'aucun sarcasme, à mon sens.
Un film à voir.