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Henry et June, tome I, de Anaïs Nin (Cahiers secrets)

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Le livre :

Anaïs Nin est marié avec Hugo. Ils vivent à Louveciennes, pas très loin de Paris. Un jour, ce dernier amène Henry Miller chez eux provoquant ainsi, sans le savoir, la rencontre entre deux écrivains hors du commun. Anaïs nous en confie les détails dans son journal.


Ce que j'en ai pensé :

Tout comme le livre Inceste, Henry et June fait parti des « Cahiers secrets » d’Anaïs Nin.

 

Alors qu’elle écrit depuis l’âge de 7 ans, ce n’est qu’en 1914, âgée de 11 ans, qu’elle se décide à tenir son journal, élément essentiel de son équilibre personnel et de sa vie littéraire.

 

Le lecteur ne doit pas ignorer que, conformément à la volonté d’Anaïs Nin, ses Cahiers Secrets ne furent publiés dans leur intégralité, que le jour où les personnes citées, et susceptibles de souffrir des révélations qu’elle y fait, soient décédées, notamment son mari Hugo, et d’autres personnages célèbres qui croisèrent sa route.

 

Le nom de Nin est souvent associé au mot « sulfureux », un pure non sens à mes yeux, qu’ils prennent la peine d’ouvrir un de ces cahiers pour comprendre que nous sommes loin de l’image véhiculée. Mais il est vrai que cet adjectif intrigue et fait vendre.

 

Anaïs Nin était certes une avant-gardiste, une femme moderne, je pousserai jusqu’à dire une femme de notre temps. Loin de se conformer au rôle que l’on attribuait au « sexe faible », elle choisit de se découvrir, de s’explorer, à travers son âme, mais aussi à travers son sexe, car après tout, un être humain, est composé de ces deux choses que sont le corps et l’esprit.

 

Henry et June. Paris, Octobre 1931. Anaïs explore certains côtés de l’amour, du respect de soi avec son cousin Edouardo, remplit son rôle d’épouse aimante avec Hugo, et vient de rompre sa liaison avec John.

C’est à cette époque que son mari, banquier, amène chez eux, à Louveciennes, l’écrivain américain, Henry Miller.

 

Cette rencontre va bouleverser leur existence mutuelle. Elle est fascinée par cet homme qui ose tout et qui, paradoxalement peut être choqué par des « choses de la vie ». Il est sous le charme de cette femme qu’il ne trouve pas forcément jolie mais qui dégage tant de choses.

 

Anaïs est tiraillée par ce qu’elle éprouve. Car rencontrer Miller, c’était aussi rencontrer sa sculpturale épouse, June. Se cherchant dans sa propre sexualité, Nin est loin de refouler les sentiments et les émotions (physiques et morales) que lui inspire cette femme atypique, mythomane. Tout au long de la première partie de ce cahier, le lecteur sent que son cœur balance entre le mari et la femme. La relation charnelle mais chaste qu’elle entretient avec June renvoie à un désir immense mêlée à la fascination. Quand June repart pour les USA, mener une vie des plus troubles et obscures, Anaïs tombe dans les bras du séducteur qu’est Miller, amateur de femmes par excellence, de toutes les femmes, y compris des prostitués.

 

Anaïs est quelqu’un de lucide. Elle a compris que l’humain peut aimer plusieurs personnes en même temps pour des raisons totalement différentes et que cela n’amoindrit nullement les sentiments que nous pouvons leur donner. En cela, même si physiquement elle trompe, sentimentalement elle reste fidèle à chacun de ses amours. Ne pensez pas qu’elle s’arrange avec sa conscience, ce serait bien mal cerner le personnage d’Anaïs. Non, elle ne s’arrange pas avec sa conscience, elle la fouille, la triture, cherche, évalue, estime, comprend, et apprend. Anaïs évolue dans sa pensée au fil de ses expériences, acceptant un regard différent du sien, sur sa vie, allant même jusqu’à consulter un psy, sur les conseils d’Edouardo.

Pour avoir lu Inceste avant Henry et June, l’Anaïs de ce premier tome me semble bien naïve quant à ses idées arrêtées sur le sexe, le désir et l’amour. C’est en ce point que le lecteur peut voir à quel point Miller a contribué à révéler à cette jeune femme, une partie d’elle-même, en lui en donnant l’accès.

 

Anaïs a conscience qu’elle n’aime pas Miller au début de leur relation, que son amour se trouve en Hugo, celui qui lui procure une stabilité, qui sait l’aimer comme elle en a besoin, mais qui n’a pas l’audace, le brin de folie qui lui est vital. Elle aime June, qui exerce sur elle, une fascination et qui contribue à l’interroger sur son hétérosexualité, sa bisexualité ou son lesbianisme. Pour ma part, je pense que Nin est seulement amoureuse de l’amour, de l’érotisme, et du pouvoir des corps sur l’esprit. Elle prend conscience du désir sexuel et de ce que son accomplissement peut enrichir la vie en nous révélant à nous-même.

 

Henry va lui donner un autre regard sur le sexe. Son expérience, sa « brutalité », sa passion sont loin de la délicatesse maritale que lui offre un Hugo. Miller lui apprend le langage des corps, la découverte de ces derniers, la découverte du plaisir, de la jouissance réelle, celle où l’on s’abandonne à l’autre, où l’esprit lâche prise pour laisser le corps s’exprimer.

 

Je ne crois pas à une Anaïs égoïste et égocentrique, encore moins à une Anaïs qui justifie ses actes, en retirant seulement le positif, s’arrangeant avec sa conscience. On pourrait le penser, mais il y a une telle sincérité dans sa démarche d’exploration de son âme, de son esprit qu’il est quasi impossible de voir en elle, une personne manipulatrice et « sulfureuse ».

 

J’aime Anaïs Nin. J’aime cette femme qui ose être une femme, un être humain dépassé par toutes les possibilités qu’elle est. A la fois, amie amoureuse, maîtresse, épouse et fille de, Anaïs est un être humain comme les autres, à la différence de beaucoup d’entre nous, c’est qu’elle a osé ce que beaucoup n’oseront jamais : être.

 

Une écriture fine, lucide d’une trentenaire qui s’apprend chaque jour un peu plus, consciente de ses lacunes et désirant ne faire de mal à personne.



Citations :

    - Les expériences sexuelles auxquelles il manque les joies de l'amour ont besoin de perversions et de déviations pour procurer du plaisir. Les plaisirs contre nature tuent le goût pour les plaisirs normaux."

        -  Il y a deux façons de m'atteindre : par les baisers ou par l'imagination. Mais il y a une hiérarchie : les baisers seuls ne suffisent pas.

        - Comme il est étouffant ce voile autour de moi, que Henry essaie de déchirer - la peur de la réalité. Nous marchons jusqu'à sa chambre et je ne sens pas le sol sous mes pieds, je ne sens que son corps contre le mien. Il dit : "Regardez le tapis sur les escaliers, il est usé" et je ne le vois pas, je me sens seulement monter. Mon mot est dans sa main. "Lisez-le, dis-je au bas des escaliers, et je vous quitterai." Mais je le suis. Sa chambre, je ne la vois pas. Quand il me prend dans ses bras, mon corps se met à fondre. Ses mains, si tendres, la pénétration, comme inattendue, jusqu'au fond de moi, sans la moindre violence. Quelle puissance étrange et douce.

        - La vérité, c'est que c'est la seule façon dont je puisse vivre, dans deux directions à la fois. J'ai besoin de deux vies. Je suis double. Quand je reviens à Hugo le soir, quand je reviens à la paix et à la chaleur de mon foyer, j'éprouve un profond contentement, comme si c'était pour moi la seule manière de vivre. Je ramène à Hugo une femme entière, libérée de toutes les fièvres qui la "possédaient", une femme sans angoisse, débarassée du poison de la curiosité qui menaçait sans cesse notre mariage, une femme guérie par l'action. Notre amour vit, parce que je vis. Je le soutiens et je le nourris. Je lui suis loyale à ma façon, qui ne peut être la sienne.

        - Peut-être suis-je un tourment pour vous. Je ne sais pas. Le suis-je ?
    Je ne peux pas très bien répondre à cette question, même s'il est clair pour moi que Henry est la part de l'ombre. Et pourquoi cela ? A cause des instincts qu'il a éveillés en moi ? Le mot "saturé" m'a terrifiée. On aurait dit la première goutte d'un poison versé en moi. Contre sa saturation, j'oppose ma fraîcheur craintive, ma nouveauté, qui donne de l'intensité à ce qui pour lui est peut-être de moindre valeur. Cette première goutte de poison, versé si accidentellement, fut comme une prédiction de mort. J'ignore dans quelle fissure notre amour va soudain s'infiltrer et s'évaporer.

        - Quand Henry entend la belle voix de Hugo au téléphone, si vibrante, si loyale, si cordiale, il s'insurge contre l'amoralité des femmes, de toutes les femmes comme moi. Lui-même pratique toutes les traitrises, toutes les tromperies, mais l'infidélité d'une femme le blesse. Et je me sens profondément affligée quand il est dans cet état, parce que j'ai l'impression d'être fidèle au lien qui nous unit, Hugo et moi. Rien de ce que je vis en dehors du cadre de notre amour ne semble altérer ou diminuer celui-ci. Au contraire, je l'aime mieux encore, parce que je l'aime sans hypocrisie.

        - J'étais stupéfaite de voir que la confiance d'un enfant, une fois ébranlée et détruite, pouvait avoir de telles répercussions sur toute une vie.

        - Toutes les choses merveilleuses qu'il  m'avait dites sur mon journal s'évanouissait. Ma confiance en moi chancelait. Cela ne m'aidait pas beaucoup de savoir que la beauté est chose relative et que chaque homme en a sa propre conception. Il n'est pas normal de se sentir aussi blessée.



A lire aussi :

Vénus Erotica d'Anaïs Nin.
Inceste d'Anaïs Nin. Le livre. Les citations.
Sexus de Henry Miller.

Henry et June, le film tiré des Cahiers secrets d'Anaïs Nin.

A venir, Henry et June, tome 2.
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P
Je viens à l'instant de refermer le livre henry et june et j'ai lu avec beaucoup d'intérets vos commentaires et votre analyse sur cette femme, Anaïs June" à la personalité si complexe et troublante! Malgré le regard qu'elle porte dans son journal sur elle-même et sur les relations qu'elle entretient avec les hommes qui l'entourent, auxquels vient s'ajouter June, elle me semble très fragile et perdue dans ses sentiments et ses relations! Que recherche-t-elle ainsi? Aspire-t-elle au bonheur? Que dissimule ce besoin extrème de sensualité et de sexualité? Une lecture qui me trouble et me laisse perplexe tant cette femme soulève de questions dans ce qui nous lie aux autres...
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C
<br /> je vous conseille vivement de lire Inceste car dans ce livre qui est la suite en quelque sorte de Henry et June,<br /> dont pour l'instant je n'ai lu que le tome I, elle nous donne beaucoup de clé.<br /> <br /> oui Anais est un être fragile, et sa relation au père l'a rendu fragile dans sa chair de femme. Allez lire Inceste, vous aurez certaines cles sur<br /> cette femme incroyable.<br /> <br /> <br /> <br />
J
J'écris souvent : « le changement nécessaire ». Pourquoi nécessaire ? Inévitable, oui ; supportable, aussi ; dangereux, sans doute ; mortel parfois, sûrement. Mais nécessaire, Pourquoi l'amour ne serait-il pas comme on dit, « éternel », c'est-à-dire non soumis aux aléas du temps, hors histoire, placé définitivement dans un bonheur stable et intemporel. Bref, pourquoi changer quand on est heureux comme poisson dans l'eau, comme coq en pâte, comme enfant dans le giron de sa mère. Précisément voilà le « hic » d'un amour qui serait sans changement. Il installerait les amants dans une béatitude sans pensées ni désirs avoués, comme il en est du marmot blotti dans les jupes de sa mère. J'ai dit les mérites de l'intimité pour protéger les hardiesses sexuelles et plus encore cet acte étrange, incongru où les amants se « donnent ce qu'ils n'ont pas ». Mais cette intimité fondée sur une mythologie commune peut aussi tendre à une confusion, un méli-mélo incestueux avec les effets de violence et d'aveuglement qu'Oedipe a expérimentés pour son plus grand malheur. Plus simplement : si celle que j'aime est toujours à la même place et moi au même lieu, comment se pourrait-il que ce soit « toujours la première fois que sa robe en passant me touche ». Il n'y a que la mère qui soit supposée se tenir dans cette stabilité rassurante.Yves Prigent, L'existence amoureuse, Editions Desclée de Brouwer, 1990, ISBN : 2220031063, page 95.
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C
<br /> merci Jean Yves pour l'éclaircissement par cet extrait.<br /> et j'en conclus qu'on en revient toujours au même, la communication. ne pas s'effacer devant l'autre, mais bien s'accompagner dans les changements, en acceptant que tout le monde ne va pas au même<br /> rythme ...<br /> <br /> bisous<br /> <br /> <br />
M
bisous :0010:
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C
<br /> bisous Michka :0010:<br /> <br /> <br />
J
L'humain peut aimer plusieurs personnes."Peut" et "doit".PS : Over-Blog et sa nouvelle version, c'est une calamité : impossible de faire des copier/coller...
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C
<br /> oui la nouvelle version, c'est chaud chaud, mais tu as vu il y a la fonction html ?<br /> <br /> c'est difficile d'admettre qu'on peut aimer amoureusement plusieurs personnes ... difficile d'admettre que l'on peut ne pas être l'unique ...<br /> <br /> difficile ... et parfois impossible<br /> <br /> <br /> <br />
F
Il doit-être bien agréable à lire ce livre, à mettre dans mes prochains achatsJ'en ai une série plutôt abominable lolBisous ma CatAmitiés, Flo
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C
<br /> anais nin écrit très bien, il est intéressant de ne pas lire qu'un bout de son journal, mais d'en lire plusieurs et on se rend mieux compte de son évolution<br /> personnelle, de ses découvertes sur la vie, sur elle-même.<br /> j'ai aussi une bonne pile je te rassure ;)<br /> <br /> bisous FLo<br /> <br /> <br />