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Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai Sijie



Le livre :

1971. Le narrateur et son ami, Luo sont envoyés dans la montagne du Phoenix pour faire leur rééducation, comme le veut la loi chinoise Maoïste. Arrivés dans le village, ils doivent faire face aux villageois et à leur chef. Ils n'échapperont à certaines corvées que par leur ingéniosité. Etant les seuls à posséder un réveil, ils en avancent ou reculent l'aiguille selon leurs envies, au point de ne plus savoir réellement l'heure. Le talent de conteur de Luo leur offre des échappatoires réguliers. Ils se rendent à la ville voisine pour y voir des films autorisés qu'ils viennent ensuite raconter aux villageois, récit qui doit avoir la durée exacte du film. Ils font la connaissance d'u tailleur réputé qui va de village en village pour habiller les paysans. Celui-ci a une fille d'une grande beauté, dont Luo tombe amoureux. Ce dernier voit en elle surtout une paysanne qu'il faut cultiver, il décide de lui lire les livres interdits qu'ils ont réussi à voler, et notamment Balzac. Le désir le plus grand de Luo étant que ces livres soient un tournant dans la vie de la jeune fille.

Ce que j'en ai pensé :

Petit rappel historique. Nous sommes encore sous l'ère de Maô, même si en 1971, il n'intervient plus concrêtement. (
Rappel de l'arrivée au pouvoir de Maô ICI). La Révolution culturelle a normalement pris fin en 1968, avec un Zhou Enlai revenu en force. Pourtant, des jeunes continuent à être envoyés dans les campagnes pour être rééduqués. Les livres sont interdits, hormis Le Petit Livre Rouge de Maô, et la propagande du Parti. Les intellectuels sont brimés, comme ceux qui sont considérés comme des révisionnistes.

Le narrateur et son ami, Luo, se retrouvent donc confrontés à un monde dont ils ignorent tout. Ils sont habitués à la ville, ont appris la musique, la littérature, ils ont une certaine culture. Ce qui les sauvent, c'est leur ingéniosité et leur vivacité d'esprit. L'un et l'autre se complètent, et donc se soutiennent pour traverser cette épreuve. Le narrateur souligne à plusieurs reprises que leur retour en ville est proche de zéro, qu'ils ont peu de chance d'être un jour considérés comme rééduqués. Cependant le narrateur, tout comme Luo ont chacun un don. Le premier joue du violon, il prétend que les musiques sont des hommages à Maô, alors que c'est du Mozart ; Luo a son don de conteur. Ils s'adaptent à cette réalité chinoise à laquelle ils ne peuvent échapper, tout en continuant à vivre comme les gens de leur âge. Pour Luo, cela se concrétise par l'amour qu'il va développer pour la Petite Tailleuse. Il est beau, charmant, intelligent. Il lui lit du Balzac.

Luo tombe dans l'erreur de beaucoup de personne, changer l'autre ; il veut faire de la Petite Taileuse une personne cultivée, persuadé que de lui donner accès  à la littérature va changer la vie de cette dernière. Et il ne croit pas si bien dire, il ignore le feu qu'il fera naître chez la Petite Tailleuse.
Ils vont vivre leur histoire d'amour, avec comme chapperon le narrateur. Celui-ci est sans doute aussi amoureux de la jeune femme, mais il ne se sent pas à la hauteur et choisit d'être l'ami, le protecteur ; il sera bien plus. Les deux jeunes gens vivent leur amour dans l'insouciance. Cependant, un jour, Luo doit retourner en ville, et au même moment, la Petite Tailleuse se rend compte qu'elle est enceinte. Ce qui, dans la conjoncture de la Chine de l'époque, est absolument impossible. Elle n'a que 18 ans, n'est pas mariée. La loi veut que l'on ne peut se marier avant 25 ans, et être mère en dehors du mariage est un délit. Le narrateur va donc aider la Petite Tailleuse du mieux qu'il peut. Il va se démener pour trouver un gynécologue. Par chance, le médecin qu'il trouve a connu ses parents, et n'hésite pas à aider le jeune homme. Il procédera à l'avortement de la Petite Tailleuse. Pendant que l'opération aura lieu dans la maison de celle-ci, le narrateur, pour couvrir les cris de cette dernière, jouera du violon.

La vie des deux jeunes gens, au début, est loin d'être une cinécure. Ils doivent subir des travaux forcés peu ragoutants, comme la corvée d'emporter les déchets humains dans les champs pour servir d'engrais, le travail à la mine de cuivre, etc.
Le chef du village qui les accueille est loin d'être un tendre, il se méfie de ces gens des villes. Cependant, Luo a apporté avec lui un réveil, dont le coq se dandeline au moment de la sonnerie, et cela fascine le chef.
Le talent de conteur de Luo les aide aussi. De même, que plus tard, d'avoir vu son propre père travailler à son cabinet de dentiste, l'aidera à sauver le narrateur surpris entrain de raconter au père de la Petite Tailleuse l'histoire du Comte de Montecristo.

Car, plus que la vie des deux jeunes gens dans leur rééducation dans cette montagne aux apparences hostiles, plus que l'histoire d'amour entre Luo et la Petite Tailleuse, le véritable sujet de ce livre, c'est l'accès à la littérature et la façon dont elle provoque des changements chez les gens en leur donnant accès à autre chose que ce qu'ils connaissent. C'est bien pour cela que les livres sont dangereux !

Le tailleur, à force d'entendre le narrateur lui raconter les livres qu'il lit, se met à inventer un nouveau style, dans lequel on retrouve beaucoup d'habits marin. La Petite Tailleuse aussi. Elle créé le premier soutien gorge du village, se coupe les cheveux et décide de partir en ville.

Luo a réussi, il a fait de la Petite Tailleuse une autre femme, une femme qui lui échappe. Alors qu'il essaiera de la retenir, elle lui dira que "Balzac lui a fait comprendre une chose : la beauté d'une femme est un trésor qui n'a pas de prix." (le livre s'achève sur ces mots)

Les deux jeunes gens reviendront en ville. Le narrateur aura une carrière de musicien en occident. Luo se mariera, mais aucun des deux n'oubliera la Petite Tailleuse et l'effet que les livres auront eu sur ceux qui ont lu les livres, sur ceux à qui ils ont lu les livres. (le film s'achève quand le narrateur, alors à Paris, voit aux infos que la montagne dans laquelle il a fait sa rééducation va être innondée pour la nécessité de construire un barrage. Il retourne alors dans la région, avant que ce ne soit plus possible. Personne n'a jamais revu la Petite Tailleuse. Il retrouve alors Luo à Pékin, avant de retourner à Paris)

Luo et le narrateur ont eu accès à une valise de livres possédée par le Binoclard, dont les parents étaient écrivains. Ils lui ont volé sa valise avec l'aide de la Petite Tailleuse, quand ce dernier a été autorisé à retourner en ville, sa rééducation étant achevée.

Mon amie, Véro, m'a toujours dit de me méfier des livres, qu'ils avaient un pouvoir que l'on ne pouvait pas soupçonner. Car dans les livres, s'il y a une part de vérité, il y a aussi une part de fantasme. Car dans les livres, nous voyons ce que nous voulons voir aussi.

Citations :

      - Comme nous regrettions de lui avoir rendu le livre. "On aurait dû le garder, répétait souvent Luo. Je l'aurais lu, page par page, à la Petite Tailleuse. Cela l'aurait rendue plus raffinée, plus cultivée, j'en suis convaincue."
        A l'en croire, c'était la lecture de l'extrait copié sur la peau de ma veste qui lui avait donné cette idée. Un jour de repos, Luo, avec lequel j'échangeais fréquemment mes vêtements, emprunta ma veste de peau pour aller retrouver la Petite Tailleuse sur le lieu de leurs rendez-vous, le ginkgo de la vallée de l'amour. "Après que je lui ai lu le texte de Balzac mot à mot, me raconta-t-il, elle a pris ta veste, et l'a relu toute seule, en silence. On n'entendait que les feuilles grelotter au-dessus de nous, et un torrent lointain couler quelque part. il faisait beau, le ciel était bleu, un bleu d'azur paradisiaque. A la fin de sa lecture, elle est restée la bouche ouverte, immobile, ta veste au creux des mains, à la manière de ces croyants qui portent un objet saré entre leurs paumes.
       "Ce vieux Balzac, continua-t-il, est un véritable sorcier qui a posé une main invisible sur la tête de cette fille ; elle était métamorphosée, rêveuse, a mis quelques instants avant de revenir à elle, les pieds sur terre. Elle a fini par mettre ta foutue veste, ça ne lui allait pas mal d'ailleurs, et elle m'a dit que le contact des mots de Balzac sur sa peau lui apporterait bonheur et intelligence ..."

      - Nous attribuâmes la confection du soutien-gorge à la coquetterie innocente d'une jeune fille, mais je ne sais comment nous avons pu négliger les deux autres nouveautés de sa garde-robe, qui ni l'une ni l'autre ne pouvaient lui servir dans cette montagne. D'abord, elle avait repris ma veste Maô bleue, avec les trois petits boutons dorés sur les manches, que j'avais portée une seule fois, lors de notre visite au vieux meunier. Elle l'avait retouchée, raccourcie, et s'en était fait une veste de femme, qui gardait néanmoins un style masculin, avec ses quatre poches et son petit col. Un ouvrage ravissant mais qui, en ce temps-là, ne pouvait être porté que par une femme vivant dans la grande ville. Ensuite, elle avait demandé à son père de lui acheter au magasin de Yong Jing une paire de tennis blanche, d'un blanc immaculé. Une couleur incapable de résister plus de trois jours à la boue omniprésente de la montagne. [...]L'aboutissement de cette transformation , de cette rééducation balzacienne, sonnait déjà insconsciemment dans la phrase de Luo, mais elle ne nous mit pas en garde. L'autosuffisance nous endormait-elle ? Surestimait-on les vertus de l'amour ? Ou, tout simplement, n'avions-nous pas saisi l'essentiel des romans qu'on lui avait lus ?






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J'ai adoré ce film, même si la fin n'est pas franchement réjuoissante. À la lecture de ton article, il me semble très fidèle au livre.J'avais consacré un article à un autre film de Dai Sijie, les Filles du botaniste ;-)
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C
<br /> merchi pour le lien vers ton article :D<br /> <br /> c'est assez fidèle. quelques scènes ont été rajoutées dans le film et qui n'existent pas dans le livre, mais c'est assez fidèle !!<br /> <br /> bisous bisous<br /> <br /> <br />
I
tu m'as donné une forte envie de lire ce livre ... plein de bisous ma Cat !
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C
<br /> si tu peux voir le film aussi, il est pas mal ;)<br /> bisous ma belle isis<br /> <br /> <br />
S
Le titre me disait quelque chose, j'ai dû voir passer ça un jour dans un journal... Pas eu l'occasion de le lire par contre...Bécots ma cat et bonne fin de semaine
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C
<br /> il est passé sur arte il n'y a pas très longtemps<br /> <br /> pleins de bisous et merci pour ta fidélité ;)<br /> <br /> <br />
J
Je devine que le choix de Balzac - avec sa Comédie Humaine -  n'est pas innocent...
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C
<br /> j'ignore les motivations de de l'auteur,<br /> parce que d'autres livres sont évoqués comme les jean christophe de romain rolland, dumas aussi etc<br /> non je pense que c'est parce que l'écriture de balzac, ce qu'il dit dans son livre, cela a touché la petite tailleuse, c'est pour ça qu'elle ne voulait entendre que du balzac ;)<br /> parce que la phrase finale du livre ;)<br /> <br /> <br />