"Les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils prirent pour femmes toutes celles qu'il leur plut. Et le Seigneur dit : "Mon esprit ne demeurera pas toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair et sa vie ne sera que de cent vingt ans. Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, et même après, quand les fils de Dieu s'unissaient aux filles des hommes, et qu'elles leur donnaient des enfants, ce sont les héros du temps jadis, ces hommes fameux."
Ursula était émue par cela comme un appel lointain. En ces temps-là, les fils de Dieu ne l'auraient-ils pas trouvée belle et n'aurait-elle pas été prise pour femme par un des fils de Dieu ? C'était un rêve qui l'effrayait, car elle ne pouvait le comprendre.
Qui étaient les fils de Dieu ? Jésus n'était-il pas le seul Fils né de Lui ? Adam n'était-il pas le seul homme créé par Dieu ? Cependant, il y avait eu des hommes qui n'avaient pas été engendrés par Adam. Qui étaient-ils et d'où venaient-ils ? Eux aussi devaient descendre de Dieu. Dieu avait-il une nombreuse progéniture en dehors d'Adam et en dehors de Jésus, des enfants dont les enfants d'Adam ne pouvaient reconnaître l'origine ? Et peut-être que ces enfants-là n'avaient connu ni l'expulsion ni l'ignominie de la chute.
Ceux-ci étaient venus librement vers les filles des hommes et, voyant qu'elles étaient belles, les avaient prises pour femme, de sorte que les femmes avaient conçu et mis au monde des hommes fameux. Voilà une réelle destinée. Ursula évoluait dans les temps essentiels, où les fils de Dieu étaient venus vers les filles des hommes.
Aucune légende ne pouvait détruire, en comparaison, sa passion de la connaissance. Zeus s'était transformé en taureau ou en homme, afin de pouvoir aimer une mortelle. Il avait engendré en elle un géant, un héros.
Très bien, c'était vrai en Grèce. Quant à elle, elle n'était pas grecque. Ni Zeus, ni Pan, ni aucun de ces dieux, ni même Bacchus ou Appolon ne pouvaient s'approcher d'elle. Mais les fils de Dieu qui avaient pris pour femmes les filles des hommes, ceux-là devaient la prendre pour femme.
Elle garda l'espoir secret, l'aspiration. Elle vivait une vie double : celle où les faits quotidiens, innombrables, contenaient tout, et celle où les faits quotidiens cédaient la place à l'éternelle vérité. Elle désirait si complètement que les fils de Dieu vinssent vers les filles des hommes ! Et elle croyait davantage à son désir et à sa réalisation qu'aux faits évidents de l'existence. Le fait qu'un homme était un homme n'impliquait pas qu'il descende d'Adam, n'excluait pas qu'il pût être aussi un de ces inexplicables fils de Dieu, dont on ignorait l'histoire. Jusqu'à présent, ses idées étaient confuses, mais non démenties."
Femmes amoureuses, tome I "L'Arc-en-Ciel", de D.H. Lawrence.