Je tourne une page pour en écrire une autre ...
Le film :
Nous sommes à la fin des années 70 à Haïti. Dans un petit hôtel bordant l'océan, du côté de Port-au-Prince, des femmes ayant dépassé la quarantaine s'offrent les services d'hommes noirs pour assouvir leurs pulsions sexuelles. Ellen passe tout l'été dans ce lieu se nourissant du corps de Legba. Quand Brenda arrive, elle se sent en danger. Elle ignore que trois ans plutôt, Brenda a défloré Legba, et que ni l'un ni l'autre n'a oublié ce moment.
Ce que j'en ai pensé :
Sur fond de tourisme sexuel, Laurent Cantet nous fait une peinture de la femme mature à la recherche de la satisfaction sexuelle, loin du monde occidental qu'elle n'intéresse plus.
Le tourisme sexuel n'est pas une chose nouvelle. On savait que les exclavagistes se soulageaient avec leurs exclaves, que les nobles et bien nés le faisaient avec les soubrettes. Autre temps autre moeurs. Les gens en mal d'amour physique partent en vacances. L'Asie, les îles. Lieux de villégiature privilégiés.
J'avais évoqué ce thème dans le cadre de ma chronique sur Plateforme de Michel Houellebecq ou encore La Mauvaise Vie de Frédéric Mitterrand.
Le tourisme sexuel en Haiti n'est plus un secret pour personne. Evoquer le tourisme sexuel féminin me semble nouveau. La sexualité féminine reste un tabou malgré mai 68, malgré tout ce que l'on prétend. Aujourd'hui encore, un homme à conquête est un Don Juan, une femme est une salope. La femme n'est pas l'égal de l'homme et sûrement pas dans sa manière d'assumer sa sexualité. Pourtant, timidement, certains artistes commencent à évoquer ce besoin des femmes : l'amour physique.
Ces femmes nord américaines viennent donc se donner du bon temps en Haiti. Elles se retrouvent dans le même hôtel où sur les plages, elles sont entourées d'hommes noirs, virils, musclés, attirants. Ils deviennent des objets sexuels pour des repas, des cadeaux ou de l'argent. Chacune voit ce qu'elle offre, donne en échange d'une nuit.
Ce qui attise ces femmes, c'est l'animalité qui se dégage de ces peaux, et puis, l'absence de quotidien, de prises de tête. Elles sont dans un cocoon, elles sont le point de mire de ces hommes. Elles choisissent, ils donnent ce qu'ils ont, leur sexe.
Le véritable sujet du film est : les femmes mûres.
Chacune va raconter son histoire.
Ellen a 55 ans, professeur dans une université réputée, elle n'a pas de vie sexuelle au quotidien. Elle n'existe plus en temps que femme sexuelle dans le monde, car elle est trop vieille. Ellen est cynique, aigrie. Elle est possessive, jalouse et désespérée. Elle a beau prendre des airs, se montrer méchante à travers son sarcasme douteux, elle n'en est pas moins une femme qui souffre de la solitude des sens.
Brenda a 48 ans. Elle est seule, divorcée. Elle est venue la première fois à Port-au-Prince, trois ans auparavant. C'est à ce moment là qu'elle a rencontré Legba. Il avait 15 ans, il était seul. Le garçon avait été "adopté' par le couple qu'elle formait avec son mari. Un après midi où Legba et elle étaient allés se baigner, elle a commencé à le caresser, et s'est "jetée" sur lui. Elle avoue qu'avec lui, elle a eu son premier orgasme sexuel ... elle avait 45 ans.
Sue est canadienne. Elle aussi a dépassé la quarantaine. Elle explique qu'à Montréal, les hommes sont méfiants. On peut discuter avec eux, coucher aussi. Mais ils prennent peur. Le moindre bien être leur fait imaginer qu'ils vont avoir la corde au cou, alors qu'il ne s'agit souvent que de partager un besoin mutuel sans s'impliquer plus en avant. Sue s'offre donc du temps au soleil, et du sexe auprès d'un homme qu'elle paye, à qui elle fait des cadeaux, avec qui rien n'est compliqué. Elle vit l'instant, et le reste n'importe pas. C'est sans doute celle qui souffre le moins de sa solitude sexuelle, peut-être parce qu'elle a accepté que les choses étaient ainsi et que le plaisir qu'elle prend durant ces vacances suffisent à la rendre heureuse.
Sue est le lien entre Ellen qui appartient au paysage de l'île et Brenda la nouvelle. Ces dernières se disputent les faveur de Legba, un jeune haîtien beau, musclé, superbe. Lui n'a pas oublié Brenda, bien que le temps a passé, bien que les femmes se sont succédées. Ellen le croit acquis à elle, elle se trompe. Commence alors le drame de, non pas la séduction, mais de la jalousie. Si Brenda ne joue pas sur le terrain d'Ellen, c'est elle qui gagne Legba. Elle est sincère et nature. Elle vit dans le souvenir d'un émoi physique, de la beauté d'un jeune homme. Elle vit le sexe et le plaisir proccuré comme un cadeau de la vie et non un dû.
Brenda est plus forte qu'Ellen, et pourtant, elle est plus fragile. Ces deux femmes n'ont pas le même sens de la vie. La première vit, la second joue à vivre. Au début du film, une vieille femme évoque le jeu des masques, que certains sont attirants mais cachent le pire, parmi les véritables masques attirants, mais que quoi qu'il arrive, tout le monde porte un masque.
Ellen joue les fières, les grandes, les méprisantes, alors qu'elle se meurent intérieurement de ne pas être une femme aimée et adulée. Brenda est fragile d'apparence, et pourtant, elle choisit la vie envers et contre tout.
Le retour de Brenda sur l'île d'Haïti n'était qu'une étape. Elle le dit, pourquoi rester là, alors qu'il y a d'autres îles, d'autres hommes.
Un film sur la détresse féminine.