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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 05:44


Le livre :

Le narrateur a connu les foyers pour enfant abandonné, les familles d'accueil. Il a connu l'évaluation du quotien intellectuel, et ce que cela a changé pour lui, surtout pour les autres de découvrir qu'il était intelligent. Cela lui a ouvert des portes, des perspectives, cela lui a donné l'impression qu'il pouvait être aimé pour cela, pour son intelligence. Jusqu'au jour où il a compris qu'être aimé pour son intelligence, ce n'était pas être aimé pour soi-même. A partir de là, il abandonne tout, et part dans une quête intérieur du soi, et de l'amour véritable.

Ce que j'en ai pensé :

Ce que j'ai aimé avant tout dans ce livre, c'est le style, la manière dont l'auteur nous entraine dans cette histoire. J'ai beaucoup pensé à Autobiographie d'une courgette en le lisant. J'ai aimé la fraicheur de l'écriture, la naïveté enfantine de parler des choses. Une manière pure de dire, sans calculer, d'expliquer les choses avec une âme d'enfant. Parfois, le narrateur est dans l'indulgence, comme s'il fallait toujours excuser les autres de ce qu'ils pensent, font, disent, comme s'ils n'avaient pas toujours les clés des choses, et que celui qui les a, doit se montrer plus clément.

Le narrateur avait un ami au foyer qui s'appelle Tom. Tous les deux  subissaient les assauts de M. Franck, l'éducateur, des assauts honteux, sexuels et condamnables. A la fin du roman, nous découvrons que Tom n'était que le compagnon imaginaire du narrateur, celui qui lui permettait de supporter ces choses-là, un compagnon de fortune pour pouvoir survivre.

Le narrateur découvre le monde, les gens, leur façon de penser, leur façon d'être aussi. C'est un roman d'apprentissage de l'humain. Il classe les gens par catégorie sans pour autant mettre des étiquettes sur ces derniers. Il constate, fait le bilan, il essaye surtout de comprendre comment ça fonctionne, les gens.

La révélation de son Q.I. lui ouvre des perspectives d'avenir. Le narrateur constate combien, d'un seul coup, les autres s'intéressent à lui, combien ils l'aiment, car c'est ça qui compte pour lui, qu'on l'aime. Aussi, naïvement, quand il réussit les examens, il découvre qu'on l'aime, que la réussite donne de l'amour. Mais au fur et à mesure de ses réussites, le narrateur découvre aussi que cette manière d'aimer n'est que superficielle et relative. Il prend conscience que cet amour là n'est pas celui qu'il cherche.

C'est alors que tout son monde s'effondre, puisque durant des années, il a fondé sa necessité de réussir sur son désir d'être aimé. Il garde en mémoire une jeune femme Julia, qui est venu à lui sans savoir qui il était, qui lui a parlé, c'est intéressé à lui, sans connaître ses réussites.

Pourtant, il choisit de tout plaquer alors qu'il se trouve en médecine, qu'il comprend qu'il ne fait pas ça pour lui, parce que c'est son propre désir, mais qu'il fait cela pour les autres, parce que ce sont les autres qui ont envie qu'il soit un grand médecin, chirurgien, chercheur. Le déclic se produit en lui lorsqu'il assiste à une opération. Il prend conscience qu'il n'a pas les mêmes valeurs que les gens qui l'entourent, je parle de valeurs humaines. Il prend conscience qu'il ne peut plus continuer à jouer à être pour le seul plaisir des autres.

Il part s'installer dans un petit hôtel, passe ses journées dans un bar, où la patronne s'occupe de lui affectueusement. Il se fait des amis, voit le monde autrement que celui qu'il a connu. Il ouvre alors les yeux sur la vie et comprend que l'amour n'est pas dans la réussite, que c'est une chose qui n'a rien à voir avec le prestige, les apparences, qui a tout à voir avec quelque chose qui ne s'explique pas.

Le narrateur se cherche dans cette ambiance bigarrée où il ne juge personne.

Un jour, quelqu'un ramène une affiche avec le visage du narrateur dessus. Julia le cherche. La vie va de nouveau basculer pour lui, parce qu'il se rend compte qu'une fois dans sa vie, il a manqué à quelqu'un, et que c'est peut-être ça l'amour. Il ose l'appeler, il ose l'embrasser. Il ose vivre ce qu'il ressent pour elle, avec elle.

C'est alors que le narrateur peut enfin commencer à avancer sur son propre chemin, en faisant un pelerinage vers la méditerranée, pour en finir avec Tom, et M. Franck.

La vie est faite de rencontres, c'est ça qui nous permet d'avancer. Les bonnes comme les mauvaises. Mais cela demande d'avoir un esprit suffisamment ouvert pour accepter de rencontrer un autre réellement. Mais cela demande aussi d'avoir suffisamment d'humilité pour se remettre en cause, et accepter que, parfois, on peut se tromper, que, parfois, l'on peut être dans le vrai.

Un joli premier roman, simple et efficace, rempli d'humour acide.

Citations :

- Après avoir longuement étudié la situation, j'avais fini par comprendre que je m'étais trompé sur toute la ligne parce que j'avais confondu les sentiments. J'avais pris pour de l'amour ce qui n'en était pas.
Prenons les parents d'élèves, le jour de la cérémonie au Pensionnat. Ce n'était pas de l'amour qu'ils ressentaient, mais une sorte de pitié diluée dans du réconfort. On pourrait peut-être appeler ça la Pitié réconfortante. C'est ce qu'on ressent quand on est face  quelqu'un d'inférieur, parce qu'il un handicap quelconque, et qu'il réussit à obtenir quelque chose qu'on voulait. Prenez par exemple le type que Madame le Professeur a amputé de la moitié de son corps, imaginez qu'il participe un jour à une tombola et qu'il gagne le premier prix, les autres participants se diront : Tant mieux que ce soit lui après tout, pauv'gars, au moins moi j'ai mes deux jambes. Ils auront pitié de lui et, en même temps, ils seront réconfortés d'avoir les deux moitiés de leur corps. C'est ça la Pitié réconfortante.

- Il y avait d'abord ceux qui voulaient être vus en ma compagnie ou dire qu'ils me connaissaient parce que j'étais devenu une célébrité. C'est l'erreur que font beaucoup de célébrités en pensant que certaines personnes les aiment alors qu'elles désirent juste être vues en leur compagnie ou prétendre qu'elles les connaissent. Parce que ces personnes pensent que si les gens les voient avec quelqu'un d'important, ils penseront qu'elles sont forcément "importantes" elles aussi ; on pourrait peut-être appeler ce sentiment le Désir d'importance.

- Le jour où je lui ai dit que j'avais arrêté mes études parce que j'avais découvert qu'il existe des gens qui vous détestent quand vous réussissez, elle m'a expliqué que quoi qu'on fasse, il y a toujours des gens pour vous détester. Elle m'a dit que c'était impossible d'être aimé par tout le monde.

- "j'suis sûre que tu ferais un bon médecin", elle m'avait dit.
De ça, je ne doutais pas, techniquement je veux dire. A cause de cette histoire de saut d'intelligence, j'aurais sûrement fait un bon n'importe quoi, pourvu que ce n'importe quoi demande des études. Mais pour le moment, j'avais juste décidé d'être un bon à rien.


- Les Travailleurs Pauvres font ce qu'on appelle des Métiers Ingrats, c'est-à-dire des métiers que personne ne veut faire, comme par exemple se lever à l'aube pour aller changer des rouleaux de papier toilettes, ou encore décoller les chewing-gums sous les tables.
Dans les hôpitaux, ce sont les Travailleurs Pauvres qui essuient le sang projeté par une artère sectionnée. Le jour du réveillon du nouvel an, une centaine de personnes viennent vomir aux urgences ; là encore, ce sont les Travailleurs Pauvres qui s'occupent du vomi. Si une femme ne va pas à la selle avant d'accouchr, elle chiera sur la table d'accouchement pendant qu'elle éjectera son nouveau-né ; la première odeur que sentent les bébés en venant au monde est souvent celle de la merde, laquelle sera nettoyée par un Travailleur Pauvre.

- Quand quelqu'un Tombe Amoureux de vous et qu'il vous fait ce cadeau, vous pouvez lui faire le même cadeau en échange, mais c'est pas obligé.

 

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commentaires

Dal 30/12/2008 13:09

J'ai prit plaisir en lisant ce livre moi aussi !Super ta critique (j'aimerai bien en faire moi aussi mais j'ai pas la patience lol) Je trouve seulement dommage les paragraphes sur les perssonages Tom et Julia, si je les avais lu avant le livre ça m'aurai gaché la surprise et je t'en aurait voulu juska la fin de tes jours!!! En tous cas c'est bien de voir les differents point de vues des autres lecteurs! @ +Dal

Catgirl 30/12/2008 17:46


et oui c'est le problème d'une critique d'un bouquin, elle révèle certaines choses, mais comment faire autrement pour une analyse ...

bonne soirée


Jean-Yves 27/12/2008 12:50

Ce qui m'a attiré dans ce court roman, c'est le "MAINTENANT"... qui pose mille problématiques. Un livre que j'aurais aimé fouiller avec des élèves de lycée, si j'avais été professeur de lettres. J'apprécie la lecture que tu as faite. Merci de ce retour.

Catgirl 27/12/2008 18:38


j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire.

Les mauvais anges, c'est une autre façon aussi de dire Aimez moi maintenant.

et finalement, l'amour, n'est ce pas cela, s'aimer maintenant ...

bisous mon Jean Yves


Little Cat 27/12/2008 10:36

Il a l'air super ce livre... J'en ai tellement à lire mais je rajouterais bien celui-ci à la liste!!

Catgirl 27/12/2008 18:37


je te rassure, la pile de mes livres est pas mal dans le genre lol
et le temps ... enfin ...

bonne soirée


qing et rene 27/12/2008 01:52

beau recit qui remet beaucoup de fausse idee a leur place
Bon début de WE amitiés de canton
Qing et rene
A bientôt sur: http://belgique-chine.over-blog.com
La Chine hors des sentiers battus, par le tourisme.

Catgirl 27/12/2008 06:37


Le week end ne sera que ce soir pour moi ;)
pleins de bisous


Ariel 26/12/2008 20:50

bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzLionel

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