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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 17:37
Alan-Bennett---La-reine-des-lectrices


Le livre :

La Reine d'Angleterre est regardé à travers le monde, une référence en de nombreuses matières, représentant à elle seule toute une société passéïste, presqu'un monde d'extraterrestres à nos yeux de citoyens à la vie moyenne. Mais qu'est-ce qui intéresse la Reine ? Rien, elle ne doit avoir aucune passion, trop dangereux les passions, car elles enferment les gens, imposent des choix, à soi-même, aux autres.

Pourtant, par un heureux hasard, la Reine va tomber sur le bibliobus de la petite ville de Windsor. Elle emprunte un premier livre, sans grande conviction, sans passion, et rencontre en même temps, un de ses employés de cuisine, grand lecteur.

Puis, la Reine va emprunter un autre livre, demander les conseils du jeune Norman, gay, dont les lectures sont dirigés par ses propres intérêts.

De fil en aiguille, ou plutôt de lectures en lectures, la Reine va se constituer une solide opinion, s'interroger sur elle-même, sur ses semblables, sur le monde.

Si au départ, la lecture l'isole de ses devoirs, de ses missions de reine, par rapport à sa famille et à son personnel, elle va se montrer plus indulgente.

Puis, la lecture devient une interrogation, une libération de sa pensée, de ses actes.



Ce que j'en ai pensé :

Niveau du style, je regrette la littérature de Zola ou bien celle de Balzac, qui fait de moi une lectrice "rapide" car happée par l'écriture, le soucis du détail truculent. Mais le livre se laisse lire avec plaisir, rien à redire, de l'humour, du pince-sans rire. Pas de fioriture.


J'ai trouvé intéressant cette réflexion sur la lecture. La lecture est dangereuse, car elle isole des autres, il est facile de se perdre dans ce monde d'histoire, de personnages, d'opinions tout prêts. Mais la lecture est aussi un bon moyen de favoriser, d'enrichir son imaginaire, sa mémoire visuelle, de se créer ses propres images des mots, des histoires. La lecture ouvre aussi sur les autres. Elle rassure également, le lecteur retrouve ses opinions, mieux, un autre aura sû dire mieux que lui, ce qu'il n'arrivait à exprimer.

Alan Bennett, par ce petit livre, a sû montrer la démarche du lecteur, ce qui va l'attirer, le dévorer, puis le laisser repartir, maitriser sa lecture, pour mieux maitriser sa vie. Continuer à lire, mais ne pas oublier de vivre.

Il ne faut pas non plus oublier que la lecture relève d'une démarche intime, chacun y cherche quelque chose, y trouve ce dont il a besoin. Il n'y a pas une bonne façon de lire, il n'y a pas une seule démarche de lecture. Et puis l'important, c'est de lire.

Au-delà de la réflexion sur la lecture, le lecteur, Alan Bennett nous entraîne aussi de l'autre côté du miroir, il suppose la conscience d'une reine, contrainte depuis l'enfance à un carcan, des protocoles, qui l'oblige à laisser de côté ce qu'elle est, qui elle est, pour n'être que dans le paraître, accomplir ce que l'on attend d'elle. A partir du moment où la Reine s'intéresse à la lecture, et devient une lectrice assidue, que cela modifie le protocole, modifie ses habitudes mêmes, l'entourage "administratif" de la Reine voit cette activité d'un mauvais oeil. On n'aime guère que les choses changent. Pour que le monde marche tout doit rester à sa place. Et pourtant, ce qui fait avancer le monde, ce sont bien les gens qui bousculent les protocoles, qui bousculent les habitudes, qui osent provoquer des changements.


A lire pour s'ouvrir sur le monde des dévoreurs de livres !



Citations :


  - Tout hobby implique une préférence ; et les préférences devaient être évitées, car elles excluent trop de gens.

  - Je conçois, reprit-il, que Votre Majesté ait besoin d'un passe-temps.
  - Un passe-temps ? dit la Reine. Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d'autres vies, d'autres mondes.

  - Lire, c'est se retirer, dit sir Kevin. Se rendre indisponible. La chose serait peut-être moins préoccupante si cette recherche relevait d'une démarche moins ... égoïste.
  - Egoïste ?
  - Peut-être aurais-je dû parler de solupsisme.
  - Peut-être auriez-vous dû, en effet.

  - La famille royale, pour sa part, était plutôt soulagée. Elle les avait toujours fait marcher au doigt et à l'oeil et l'âge ne l'avait pas rendue plus indulgente - alors que la lecture avait sur elle un effet bénéfique. Elle laissait plus volontiers ses proches se débrouiller sans elle, elle n'était plus sans arrêt derrière eux et l'ambiance générale y avait considérablement gagné.

  - Au début, il est vrai, elle lisait avec émotion mais non sans un certain malaise. La perspective infinie des livres la déconcertait et elle ne savait pas comment la surmonter. Il n'y avait aucun système dans sa manière de lire, un ouvrage en amenait un autre et elle en lisait souvent deux ou trois en même temps. Elle avait franchi l'étape suivante en se mettant à prendre des notes.

  - Pourtant, même si sa lecture l'absorbait, la reine n'avait pas prévu que cette passion allait peu à peu lui ôter le goût de ses autres activités.

  - Voyez-vous, Gerald, lorsque les gens s'agenouillent devant vous, vous disposez d'une vue imprenable sur le sommet de leur crâne : et sous cet angle, même les êtres les plus antipathiques finissent par avoir quelque chose de touchant, en serait-ce qu'en raison d'une calvitie naissante ou d'une coupe de cheveux hasardeuse. On éprouve alors une sorte d'indulgence quasi maternelle à leur endroit.
    L'officier du palais, à qui elle n'avait jamais fait une confidence de cette nature et qui dû se senitr flatté, éprouvait au contraire un malaise mêlé d'embarras. Il était pour le coup confronté à un aspect véritablement humain de la souveraine dont il n'avait jamais eu conscience jusqu'alors et qui - à l'inverse de ces versions contrefaites - ne lui plaisait qu'à moitié. La reine estimait sans doute que des sentiments de cet ordre découlaient de sa pratique de la lecture, mais le jeune homme les voyait plutôt comme un signe de vieillissement. Ainsi, ce qui marquait l'éveil d'une sensibilité passait-il pour le début de la sénilité.

  - Elle constata néanmoins que chaque fois qu'elle inscrivait quelque chose dans son carnet, ne serait-ce qu'une simple apostille, elle éprouvait autant de bonheur qu'autrefois après plusieurs heures de lecture. Et elle comprit une fois de plus que son rêve n'avait jamais été d'etre une simple lectrice. Un lecteur n'est au fond qu'un spectateur, alors qu'en écrivant elle agissait : et l'action était depuis toujours son domaine, autant que son devoir.

Les dernières pages de ce livre, je préfère vous les laisser découvrir. Ils reflètent une réflexion sur ce que peuvent vivre les "grands" de ce monde, entre leurs consciences, leurs valeurs, et ce qu'ils sont obligés de faire.

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commentaires

:0095: Maitre Po, devin 28/01/2010 01:53


C'est solipsisme, pas solupsisme ;-)


Catgirl 28/01/2010 06:25


erreur de frappe ^^
les touches sont l'une à côté de l'autre ;)


:0010: Lili Flore :0091: 19/01/2010 22:27


c'est vrai que perso, j'avais tendance quand je lisais de me couepor du monde réel pour être en apné avec les protagonistes de l'histoire. Et dernièrement j'ai lu un livre et le même phénomène
s'est déclanché. Bonne soirée et merci de ton passage pendant ma pause médicale. Bigs bisous Ce fut presque moa mais je me soigne LOL


Catgirl 20/01/2010 06:15


et oui, comme pour le net, il ne faut pas oublier qu'il y a une vie à côté et que c'est cette vie là, le plus important !

bisous Lili et remets toi bien !


DID 17/01/2010 21:11


Un gros bisous pour que la semaine à venir soit douce.


Catgirl 18/01/2010 09:38


merci mon Did, bonne semaine à toi aussi :0010:


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